DE L'OPINION DU PÈRE MALLEBRANCHE
QUE NOUS rOYONS TOUTES CHOSES EN DIEV{i),
I. Ij'iirGÉNiEUx çt profond auteur de la jRecherche de la Vérité y entre beaucoup de belles pensées, de raisonnements judicieux et de réflexions peu communes, a présenté, dans t^ traité , la notion que nous voyons toutes choses en Dieu, comme le meilleur moyen d'expliquer la nature des idées dans notre entendement , et leur mode d'eidstence. Le désir de me délivrer d'une ignorance que je reconnais sincèrement en moi, m'a imposé l'obligation . de voir si cette hypothèse , quand on l'examine , et qu'on en rapproche les parties, peut être regardée comme un remède à notre ignorance, ou si elle est intelligible et satisfaisante, pour qui ne veut pas se faire illusion à soi-même , prendre des mots
(i) Traduit par Téditeur.
1x36 EXAMEN DE l'oPINION
assuEément pas s'unir à uotre ame de la manière qui serait nécessaire pour qu'elle pût les percevoir, parce qu'elles sont étendues, tandis que l'ame ne l'est pas, en sorte qu'il n'y a point de proportion entreelles.
■ 4- Telle e&t, eu somme, la doctrine contenue dans le chapitre premier du troisième livre , autant du moins que je puis la comprendre) et j'avoue qu'il y a plusieurs expressions qui, ne portant point d'idées claires à mon esprit, ne sont que bien peu propres à dissiper mon i^orance. Parexemple, qu'est-ce. qu'are intimement uni à l'ame? Qu'est-ce pour deux ameâ ou deux esprits qu'être intimement unis l'un à l'autre? Car l'union intime étant une idée prise des corps , Ifirsque les parties de l'un pénètrent la surface et touchent les parties intérieures de l'autre, quelle idée faut-il que je me fasse de l'intime union de deux êtres qui n'ont, ni l'un ni l'autre ^ ni surface ni étendue? Et, si l'on n'expliqué pa» cela, de manière à me donner une idée claire de cette union , on ne me fera guère mieux comprendre la nature des idées dans mon esprit, en médisant que je les vois. en Dieu qui, étant intimement uni à mon ame , les lui présente , que lorsqu'on se contente de dire qu'elles sont produites dans l'esprit, en vertu d'une détermination de Dieu,
par certains mouvements de nos corps, auxquefs
DU PÈRE MALLEBRANGHE. 237
nos ames soat unies. Cette manière d^xpliquer la question, toute imparfaite qu'elle est, sera encore aussi bonne que toute autre, qui ne dissipe pas, par des idées claires, l'ignorance où je suis de la manière dont je perçois les objets.
5. Mais il soutient que « certainement les objets a matériels ne peuvent pas s'unir à nos ames. » Nos corps sont unis à nos ames; d'accord : <c mais, « dit-il , ce Vest pas de la manière qui est né* <c cessaire pour que notre ame puisse les perce- « voir.» Expliquez donc ce mode d'union; montrez en quoi consiste la différence entre l'union nécessaire à la perception , et celle qui n'y est pas nécessaire, et alors j'avouerai que 'la difficulté est résolue.^
I^a raison qu'il donne , pour nier que les corps matériels puissent être unis à nos ames, de la manière qui est nécessaire pour que l'âme les perçoive, c'est que les choses matérielles étant étendues, et l'ame ne l'étant pas, il n'y a pas de proportion entre elles. Ce raisonnement, s'il prouve quelque chose , prouve seulement qu'une ame et ifti corps ne peuvent être unis , parce que Tun a une surface par laquelle il peut s'unir, et l'autre n'en a pas. Mais il ne fait pas voir pourquoi l'ame, unie à un corps tel que le nôtre , ne saurait avoir l'idée d'un triangle , excitée en elle par ce corps aussi bien que par son union avec Dieu ( entre
i38 BiLAMEir DE l'opinion
lequel er l'ame il y a aussi peu de proportion , qu'entre quelque créature matérielle bu immatérielle que ce soit, et Famé): elle peut voir en Dieu l'idée d'un triangle qui y est^ puisqu'il nous est impossible de concevoir un triangle sans éteù** due, soit que nous le voyions dans la matière, soit que nous le contemplions en Dieu.
6. Il prétend ce qu'il n'y a de substance pure « metit intelligible que celle de Di^ ». Ici en^ core je dob avouer que je me trouve dans les ténèbres , n'ayant absolumetit aucune notion de ia substance de Dieu y et ne pouvant en aucune Êiçon comprendre comment elle serait plus intelligible que toute autre substance.
7. Il y a encore une chose qui, je l'avoue, m'arrête, et qui sert précisément de fondemeift à cette hypothèse, c'est ceci; « Nous- ne pouvons percevoir que ce qui est intimement uni à Vernie. » La raison pour laquelle certaines choses ( savoir les choses matérielles) ne peuvent être intimement unies à Vamey c'est qu'i7 njr a aucune propor^ iion entre Tame et eUes. Si cette raison est bonne, il s'ensuit que plus est grande la proportidn qu'il y a entre l'ame et un autre être, plus ils pçuvent être intimement unis. Alors donc je demande, s'il y a une plus grande proportion entre Dieu ( être infini ) et l'ame , ou entre des esprits finis et créés , et l'ame ? Et cependant l'auteur
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DU pèaï: MALLESRAircHE. aSg
prétend « quV/ i^ existe de substance purement intelligible que celle de Dieu y et que nous ne pou%>ons entièrement connaître les esprits créés dans notre état actuel, » Mais prouvez cela d'à- ^prèd vos principes diuniçn et de proportion^ et ils seront alors de quelque utilité pour éclaiipcir votre hypothèse. Autrement, union intiment proportion ne paraîtront que des mots vidtes de sens, propres à nous amuser, et non à tious instruire.
8. A la fin de ce chapitre, l'auteur fait l'énumé'- ' ration des diverses manières par lesquelles seules il pense que nous parvenons à avoir des idées , et il les compare chacune avec sa propre hypothèse, se proposant de faire voir, dans les cha-^ pitres suivants, combien celle-ci est plus intelligible que toutes les autres. Mais, avant d'en venir à cet examen , j'observerai qu'il semble y avoir bien de la témérité à décider que nous ne saurions voir lès objets par aucun autre moyen que ceux que l'auteur a indiqués. Une semblable assertion ne peut être fondée que sur l'opinion (un peu trop favorable à notre capacité) que Dieu ne peut faire agir les créatures que par des moyens possibles à concevoir pour nous. C'est une vérité incontestable , que nous ne pouvons parler et raisonner sur ces moyens qu'autant que nous pouvons les " concevoir ; et il serait sage de ne pas essayer d'aller plus loin ,
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a4o EXAMEN DE l'oPIMIOH
mais de recona^tre ingéniuuent la faiblesse de notre vue , quand nous cessqns de distinguer les objets. Dire qu'il ne saurait y avoir d'autres moyens, parce qu'il nous est impossible d'en concevoir d'autres, me semble, je l'avoue, très-* peu propre à nous instruire. Et si je disais qu'il est possible que Dieu ait formé nos âmes, et qu'il les ait unies à nos corps de telle manière, qu'à l'occasion de certains mouvements produits dans ceux-ci par les objets extérieurs, Tame pût avoir telles ou telles perceptions ou idées , quoique nous ne puissions deviner comment , cette proposition semblerait peut-être aussi vraie et aussi instructive que ce qui est si positivement énoncé par l'auteur.
9. Quoique la. doctrine péripatétique des esp€ces{i) ne me satisfasse pas complètement, je crois cependant qu'il ne serait pas malaisé de faire voir que les difficultés que notre auteur lui reproche ne sont pas plus embarrassantes à expliquer que celles qui se présentent dans sa propre hypothèse. Mais , comme ce n'est point mon dessein de défendre ce que je n'entends pas, ni de préférer le jargon scientifique des écoles à ce qui est encore inintelligible pour moi
(1) Recherches de Inventé, liv. III, p. a, c. i
DU PÈ&E MALLEBRAirCHE. 2/^1
dans le père Mallebranche , je ne m'occoperai de ses objections qu'autant qu'elles ont rapport à ce quej'e crois être la vérité. Quoique je ne pense point que des espèces matérielles, portant la ressemblance des choses et émanant par un flux continuel des corps que nous apercevons, en donnent ainsi la perception à nos sens, je trouve cependant que la perception que nous avons des corps éloignés du nôtre peut s'expliquer (autant que nous sommes capables de la compi;*endre ) par 'le mouvement de particules de matière venant de ces corps , et faisant impression sur nos organes. Dans les sensations du toucher et du goût, il y a contact immédiat. Le son est assez intelligiblement expliqué par un mouvement de vibration communiqué au fluide intermédiaire, et les effluves des corps odorants sont une explication passablemenir satis< faisante des sensations de l'odorat. Ainsi donc, le père Mallebranche dirige principalement ses objections contre les espèces visibles y comme les plus difficiles à expliquer par des causes maternelles, et elles le sont en effet. Mais, si l'on admet une extrême petitesse dans les particules de la lumière , avec une excessive vitesse, daiis leur mouvement , jointes à la graiide porosité qu'il faut accorder aux corps , en comparant Tor , qui a aussi la sienne avec l'air ou le milieu par 7 i6
2^2 EXAHEir PE L'oPINIOlf
lequel les rayons lumineux arrivent à nos yeux ; et si l'on considère que, sur un million de rayons qui sont réfléchis de la surface visiblç de cha"* que corps, la millième ou la dix millième partie suffira peut-être, en arrivant à l'œil, pour ébran* 1er la rétine, et causer la sensation dans Tes* prit ; on trouvera facile de repousser les objec* tions fûtes sur Vimpéfiétrabitité de la matière et sur « ces rayons , se froissant et se brisant l'un « l'autre dans le milieu qu'ils remplissent ». Quant à ce qu'on dit encore que d'un point unique nous pouvons voir un grand nombre d'objets^ cela ne me paraît pas une objection contre les espèces où apparences visibles des corps, portées dans l'œil par les rayons de lumière. Car le fond de l'oeil ou la rétine qui , à l'égard de ces rayons , est le lieu de la vision , est loin d'être un point. H n'est pas vrai non plus , quand l'œil resterait en une même place , que la vue. ait lieu sur un seul point, c'est-à-dire, que les rayons apportant les espèces visibles se rencontrent tous en un même point : car ils causent des sensations distinctes de la' rétine, comnie l'optique le Eût voir clairement; et la figure peinte par ces rayons doit avoir une certaine grandeur, puisqu'elle preiid sur la rétine une aire dont le diamètre a au moins trente secondes d'un cercle, dont la circonférence est sur la rétine, et le centre quel*-
DU PÈRE MAI.X£BRÂNCH£. ^ a£^'i
que part dans le crisftallin. 'Cela paraîtra évident à ceux qui auront la moindre connaissance en optique, et qui réfléchiront que l'œil ne peut généralemeiit apercevoir aucun objet d'une grandeur au-dessous de trente minutes d'un cercle dont l'œil est le centre. Si fan se rappelle cette singulière expérience, qui £Mt voir sur trois mor^ ceaux de papier, attachés à un mur à un demipied ou un pied les uns des autres, seulement les deux extrêmes^ tandis que l'on ne voit point du Jout' celui du milieu (tant queJ'œil reste ûicé dans la même position), on avouera que la vision ne se fait pas sur un point, puisqu'il est évident qu'en regardant avec un œil, il se trouve ton* jours entre les extrémités de l'aire que nous voyons, une partie qui n'est point vue en même temps que ces extrémités ; mais , en regardant avec les deux yeux y ou en tournant rapidement l'axe de l'œil vers la partie que l'on désire voir distinctement, il est di£Bcile de s'apercevoir de cet effet.
lo. Ce que je viens de dire me semble S]al^ fisant pour expliquifer comment des rayons de lumière matérielle peuvent apporter k l'œil les espèces visibles, et pour combattre les objeC'tions du P« M. contre les causes matérielles , autant dû moins qu'elles concernent mon hypothèse. Mais , après que par ces moyens une image
a44« EXA^MEN DE l'oPINION
est formée sur la rétine, je ne conçois pas plus comment nous voyons cette image, que je ne le conçois, quand on me dit que je la vois eti Dieu. J'avoue que , dans l'une et l'autre explication , je rie comprends pas comment nous la voyons; seulement , il me paraît plus difficile de concevoir une image visible distincte , dans l'uniforme et invariable essence de Dieu, que dans la matière susceptible de modifications infinies. Toutefois, la manière dont je vois l'image échappe également à mou entendement , dans chacune des deux hypothèses. Je crois Comprendre les impres^ons faites sur la rétine par les rayons lumineux ; et l'on peut concevoir aussi, d'après ces impressions, des mouvements continués jusqu'au cerveau, lesquels produisent des idées dans l'esprit; mais, comment tout cela se fait-il? C'est ce qui reste incompréhensible pour moi. Je ne puis résoudre ce point que par la volonté de Dieu , dont les voies sont au-dessus de mon intelligence; et je crois entendre aussi bien ces effets, quand on suppose les idées produites dans l'esprit* par le mouvement des esprits aniiAaux , d'après une loi établie par le créateur, que quand on suppose que je V vois les idées en Dieu. J'ai des idées , voilà ce dont je suis certain; et, de l'une ou de l'autre manière , Dieu est la cause première de
■ UJiil •■^^■"-«M^ Ui«i«^HBP«9?^V*iMViM"«V9i^PW
DU PÈRE MALLEBRANGRE. ^4^
ces idées; mais comment aiTfvent-elles en moi? comment puts^je les apercetrob? J'avoue que je ne lie comprends pas. Je vois clairement que le mouvement est nécessaire pour les produire^ et que le mouvement modifié de 42elle manière est destiné à être leur cause en nous ^ puisqu'il pa-^ raît , par la structure admîràhie de l'œil , adaptée à toutes les lois de la ré&action et* de la dioptriquCy que les objets visibles peuvent ainsi se peindre avec autant d'exactitude que de •régularité dans lé fond de cet. organe/
II I. Le ch^mgement de dimension dans les idées dés c^jets visibles , picoduit par l'éloigxiement ou par les verrez optiques , sur lequel le P. Malles branche fonde sa seconde objection contre lès e^^oes visibles y . ne petit être cité à leur détri^ meçit que si on ..les cohsidèisè à la manière dés péiipatéticîens. IVIais, eii/^caminânt la chose die plus près, ce même fait doit condinre à penser que nous voyons Ie&fig|iref et Jes grandeurs xles objets . plutôt dans le ùmà de «notre <oeil qu'en Dieu, puisque l'idée que. nous nous fermons de$, objets et de leur grandeur esï tpiijôurs fH^opor^* tionnée à la dimension de l'aire^qii'ils t>ccfipent sur le fond de l'œil, affecté par les rayons qui y peignent l'image. L'on peut dire, çq me. semble, que nous voyons la peintiu*e formée dans La né*
!à46 KXAMEir DE l'oPIUION
tixie , comme nous âei]tf)ons de la douleur dans aotre doi^ quand il reçoit une ptqàre (i).
13, Il prétend ensuite que, « lorsque nous re« « gardons un cube^ nous voyons tous ses côtés « égaui;. » Je Crois qu'en cela il est dans l'erreur; et j'ai £iit Toir ailleurs comment l'idée que nous avons d'un solide, régulier n'est pas la véritable idée de ce solide^ mais une idée qui, par l'efFeC de l'habitude (cpmihe le peut feire également le nom de l'c^jet), sert à exciter notre jugement à former une telle idée. '^
i3* Ce que dit l!aiuteur de la possibilité de voir un objet à plusieurs.miliions de tieue$; à l'instant où il se découvre, est, je crois, une erreur def fait très*facile à démontrer ; car on a décou-^ vçrt$ par des observations^ £»f ea ' sur les satel« lites de Jupiter^ (fue la lumière se propajge- eue** eessivement, et meteoviroQ^iiiL ininotes à arrivef du soleil à xious.
f 4t II me semble que,,d'après ce que je viens de^é, on peut ^oiiifxrendre comment des ob<* jets éloignés peuvent procfciire sur nos'^seps, par desr cai^ea matéricâles, des mouvements qui peu* vent*étre à leurtotu* les causes de nos idées t
(i) Cette assièrtion'est évidemment inexacte; la vision des objets extérieurs ne nous donne absolument aucune perception des images tra^cées sur la rétine.
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DD PÈRE UilLLEBRANCHE. ^47
malgré tout ce qui est objecté par le P. M., dans son second chapitre contre les e^èces matérielies. J'avoue que ces objections me paraissent corn* battre assez victorieusement les espèces^ telles que les entendent les péripatéticiens ; mais , comme on a prétendu que mes principes avaient de la con«» formité avec ceux d'Aristote^, j'ai tâché de dé<* truire ce qu'on a objecté contre ces derniers, du moins autant que ma propre doctrine y est in-» téressée.
1 5. Dans le tmisièine chapitre, l'autenr r^te « rtopinion de ceux qui croient que nos âmes ont « la puissance de produire les idées des choses « auxquelles elles veulent penser, et qu'elles sont «c excitées à les produire par les impressions que «c les'objets font sur le ^ corps ». Celui qui pense que les idées ne sont que des perceptions de l'esprit annexées à certains mouvements du corps par la volonté de Dien, qui a ordonné que telles perceptions accompagneraient tivi^ours tels mouvements, quoique nous ne connaissions pas com^ ment ils sont produits; celui-là, dîs^je, conçoit en efïet ces idées ou perceptions comme de sim* pies passions de l'esprit, quand riles y naissent par l'application des objets extérieurs, sans le con-^ cours de la volonté ; mais il les conçoit comme un mélange d'action et de passion, quand l'esprit y donne son attention ou les ravive dans la
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mémoire. Nous aurons peut-être occasion d'examiner, dans la suite , si lame a une puissance semblable; et cette puissance; Fauteur ne la nie pas, puisque, dans ce même chapitre, il dit : c< Quand « nous concevons un carré par pure inteliection , « nous pouvons encore l'irfii^iner, c'est-à-dire, l'a- « percevoir, en nous traçant une image dans le « cerveau. » Ici donc il accorde à l'âme le pouvoir de tracer des images dans le cerveau, et de les • percevoir. Mais ceci me jptte dans des perplexités encore plus grandes à l'égard de son hypothèse; car, si l'ame est assez étroitement unie au cerveau pour y tracer des images et les percevoir, je ne vois pas'comment cela peut se concilier avec ce passage du premier chapitre,, où il est dit que « les choses matérielles ne penVent « certainement s'snir à notre ame de la façon qui ff est nécessaire , afin qu'elle les aperçoive. »
i6. Ce qu'il dit sur les objets qur excitent des idées en nous par le mouvement, et sur le pouvoir que nous avons de rappeler celles que nous avons déjà eues, n'expliqué pas complètement, selon moi, la manière dont tout cela se fait. J'a* voue franchement mon ignorance sur ce point, et je serais heureux de trouver chez l'auteur quelque moyen de m'éclairer; mais lés explications qu'il donne me présentent des difficultés qui me paraissent insurmontables.
ou PÈRE HALLEBRAVGHE. ^49
I7« Suivant l'auteur, notre esprit ne peut prodnire des idées, parce que les idées sont des êtres réels spirituels, c'est-à-dire, des substances ": cm il termine ainsi le paragraphe où il déclare absurde l'opinion que les idées sont anéanties, quand elles ne sont pas présentes à l'esprit; et il ne pouvait vouloir dire autre chose en cet endroit, ou son argument n'aurait aucune force ; cependant je ne me rappelle pas qu'il ait parlé de la sorte nuUe part ailleurs, ni qu'il donne directement le nom de substance aux idées#
i8. Ici, je ferai observer au lecteur combien il paraît inconcevable qu'une substance spirituelle, c'est-à-dire, sans étendue, puisse représenter à l'esprit une fi^re étendue, telle, par exemple, qu'un triangle dont les cotés sont inégaux, ou deux triangles de différentes grandeurs. D'ailleurs, quand je pourrais concevoir qu'une substance non étendue put représenter une figure ou être l'idée d'une figure , il resterait toujours à comprendre comment c'est mon ame qui voit cette figure. Et, quand cet être substantiel serait aussi certain, et la peinture qu'il présente aussi claire que possible, cela n'expliquerait pas encore de quelle manière celle-ci est vue. ^up- - posons l'union intime de deux substances sans étendue aussi intelligible pour nous que l'union de deux corps, cette union sera encore très-éloi-
aaO EXAMEH DE LOPIHIOW
gnée de la perception, qui est quelque chose de plus. Cependant l'auteur convient un peu plus loin qu'une idée riest pas une substance, tout en affirmant que c'est une chose spiritieslle : or, celte chose spirituelle ne peut être qu'une substance spirituelle, ou un mode d'une subàtance spirituelle, ou relation; car, au-delà de ces trois espèces, je ne puis rien concevoir. Si l'idée est un mode, ce doit être un mode de la substance de Dieu; et,'sans compter combien il paraît étrange de supposer des modes dans la simple essence de Dieu, proposer d'expliquer par eux la nature des idées, c'est proposer d'expliquer ce que l'on ne comprend pas par quelque chose d'également incompréhensible. On ne nous apprend véritablement rten, ep introduisant cette nouvelle phrase dans les raisonnements. Ainsi donc, en supposant que les idées soient des choses spirituelles réelles, si l'on veut en même t^mps qu'elles ne soient ai substances ni modes, qu'elles soient tout ce qu'on voudra, leur nature ne me sera pas mieux connue que lorsqu'on me dit qu'elles sont des perceptions. C'est au lecteur à juger si une doctrine, fondée sur des êtres réels qui ne sont ni substances ni modes, mérite d'être préférée comme plus facile à comprendre.
19. Dans le quatrième chapitre, l'auteur veut prouver que flous ne voyons pas les objets par
DÛ PÈRE M ALLEBRANCHE. Îl5l
des idées créées avec nous , parce que les idées que nous avons même de la plus* simple figure (par exemple, un triangle) ne sont pas infinies, quoiquHl puisse exister des triangUes à Tinfini. Je n'examinerai pas maintenant ce que cela prouve; mais, comme la raison qu'il en donne est fondée sur son hypothèse , je ne saurais la passer sous silence, et la voici : « Si on ne comprend pas l'in- « fini, ce n'est pas faute d'idées, ou que l'infini ne « nous soit présent; mais c'est seulement faute de « capacité et d'étendue d'esprit. » N'avoir qu'une étendue limitée, c'eçt avoir quelque étendue; et cela s'accorde mal avec ce qui est dît pkis haut, « que les âmes n'ont point d'étendue. » Dans ce passage et autres semblables, Fauteur semblerait faire entendre que l'ame , n'ayant qu'une étendue limitée, ne peut recevoir en même tetnps toutes les idées que l'on peut concevoir dans un espace infini^ parce qu'il n*y aurait qu'une petite partie de cet espace qui pût s'appliquer à l'ame en une fois. Mais une telle notion sur la ttiaiiière de recevoir des idées, par l'union intime dé l'es* prit avec un être infini , est presque auisi gi^ossière que celle qu'une villageoise pourrait se faire d'un moule à beurre infini , sur lequel seraient gravées des figures de touteis les sortes et dimensions, et dont les diverses parties, appliquées sur son morceau de beurre, y laisse-
Sl54 £XAM£K DE L'oPIinOir
quand on .affirme que u les choses matérielles « sont en Dieu , parce que leurs idées sont en « Dieu , et que ces idées qu'il en a eue$ avant la «création du monde ne sont point différentes « de Itd-meme , » on est assez près de dire , nonseulement qu'il y a de la variété en Dieu , puisqu'il y en a dans ce qui n'est nullement différent de lui; mais même que les choses matérielles sont Dieu, ou sont une partie de Dieu. Sans doute l'auteur n'a pas eu le dessein d'énoncer une telle opinion ; mais voilà pourtant ce qu'est obligé de dire un homm^e qui croit connaître l'intelligence de Dieu mieux que la sienne propre, au point d'employer la première pour expliquer la dernière.
!)4* Dans le sixième chapitre, il entre dans des explications plus particulières sur sa 'doctrine, et dit en premier lieu : u Les idées de tous les êtres a sont en Dieu. » £n supposant que cela soit ainsi, Dieu a l'idée d'un triangle, d'u« cheval, d'une rivière , précisément comme nous l'avons nous* mêmes; car jusqu'ici c'est ce que cela signifie, puisque nous voyons les idées comme elles existent en lui, et par conséquent les idées, qui sont en Dieu, sont les mêmes que nous percevons.
Au fond, c'est dire qu'il eûste des idées, re que l'on savait auparavant , et que personne , j e pense , ne songeait à nier; mais on ne nous dit point ce que c'est que ces, idées.
DU PÈRE MALLKBfiAKCHE. a55
a5. Ayant une fois établi que les idées sont en Dieu, l'auteur ajoute que « nous pouvons les ■ voir en Dieu. » Et, pour démontrer que notre aine peut les voir en Dieu, il dit que « Dieu est « très-étroiteinent uni avec elle par sa présence ; , « de sorte que l'on peut dire qu'il est le lieu des « esprits, de même que les espaces sont le lieu des • corps. » Dans tout cela j'avoue que je ne comprends pas un mot; car,premièrement,en quel sens peut-il dire que les espaces sont le lieu des corps, puisqu'il prétend que espace et corps, ou étenduç, sont une même chose? De sorte que je ne comr prends pas plus ce qu'il veut dire par ces exprèssions, les espaces sont le lieu des corps, que s'il disait que les corps sont le lieu des ccops. Mais, quand cette comparaison est appliquée à Dieu et aux esprits, on est obligé d'entendre cette phrase , a Dieu est le lieu des esprits , » ou dans un sens purement métaphorique, et alors elle ne signifie réellement rien; ou bien, si on la prend dans le sens littéral, elle nous ferait concevoir les esprits mus de haut en bas, et ayant leurs distances, leurs intervalles en Dieu, comme les corps dans l'espace. Quand on m'aura dit auquel de ces deux sens je dois prendre cettfe proposition, alors je pourrai voir jusqu'à quel point elle sert à expliquer la nature des idées. D'ailleurs, Dieu ii'es.t-il pas aussi étroitemeut uni aux corps qu'il
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Test aux esprits? Car il est également présent où ils sont, et cependant ils ne voient point les idées en lui. L'auteur dit à cet égard que « l'esprit peut voir en Dieu les ouvrages de Dieu, supposé que Dieu veuille bien lui découvrir ce qu'il y a dans lui qui les représente, savoir : les idées qui existent en lui. » L'union avec Dieu n'est donc pas la cause de cette vue ou perception des idées, puisque l'ame peut.être unie à Dieu, et ne point %oir les idées qui sont en lui, s'il ne veut pas les lui découvrir; de sorte qu'après tout, je nié retrouve hu même point d'où je suis parti. J'ai des^ idées, cela je. le sais; mais je désire savoir ce qu'elles sont, et là^dessus on me répond seulement « que je les vois en Dieu, » Mais comment cette vision s'opère-t-elle? Par mon union intime avec lui; car il est présent partout. Mais, si cela suffisait, les corps sont aussi étroitement unis avec Dieu , à cause de son omni- présence; et, de plus, je pourrais voir toutes les idées qui scyit en Dieu. Non, dites-vous, mais seulement celles qu'il lui plaît de découvrir. Expliquez-moi donc en quoi cette découverte consiste, outre l'effet de me faire voir les idées, et vous aurez alors expliqué la manière dont j'ai les idées; autrement tout ce que vous avez dit se réduit à ceci : J'ai les idées qu'il plaît à Dieu que j'aie, mais par des voies qui me sont inconnues. Or, c'est là ce que je pensais auparavant ; je n'ai pas fait un pas de plus.
DU. PJ^RE MALLEBRÀNCHE. ' aS^
516. Dans le paragraphe s\^ivant , les idées sont appelées des êtres y des ç\rp représentatifs. Mais on ne dit point si ces êt^s sont des substances , des modes ou des relations. Ainsi ^ en me disant que les idées sont des êtres spirituels , on m'apprend seulement qu'elles sont quelque chose que je ne puis comprendre, et c'est ce que je savais déjà,
a7. Pour mieux faire comprendre cela, l'auteur ajoute : « Mais il faut bien remarquer qu'on ne « peut pas conclure que les esprits voient l'es- « sence de Dieu, de ce qu'ils voient toutes choses «en lui de cette manière; parce que ce qu'ils « voient est très-imparfait, et Dieu est très-parfait. « Ils voient de la matière divisible , et en Dieu ff il n'y a rien de divisible ou figuré. Car Dieu « est tout être , parce qu'il est infini , et qu'il com- « prend tout; mais il n'est aucun être en parlicu- « lier. Cependant, ce que nous voyons n'est qu'un «ou plusieurs êtres, et nous ne comprenons a point cette parfaite simplicité de Dieu qHi ren- « ferme tous les êtres. Outre qu'on peut dire « qu'on ne voit pas tarit les idées des choses que « les choses mêmes que les idées représentent ; « car, lorsqu'on voit un carré , par exemple , on « ne dit pas que l'on voit l'idée de ce carré, qui <c est unie à l'esprit, mais seulement le carré qui « est au-dehors. » Je ne cherche pas, ce me semble,
2i58 exâi(iew'de l^opitwow
k iri'Uvbtr^lër à {ilâisir, faiai^ si je ne ^ùi^ {ias ^lus sllïpidfe que le commun dieà hohimeà, ce pàtagrâjihe ne rhè faifc pas du tout comprendre ce que Jioùs vôybiis ten Dieu, iii cotameht taoUs le Vd^onfe, et i! tee paraît tjue le P. M. hé Ife cbmprerid pas beaucoup ^îué. Il dit expressément, dans lé chapitre IV , <c qii'il est riéfeè'ésàirë IJti'én tous tfènips, «nous puissions avoir actuellement en nousi mêmes lëS idées de toutes choses ».^t , aanà. ce îUêmè tchapitre; un peu plus bas, îl dît à que « tbtis lés êtrfes sont présfehts à faotrë éspHt, et que & hmk âVôri^ des idées géHérAles qtii bnt pirôéédé ft lés idées JJâifticulièi'es. ». Et ; tha^itrè VIII , que ft hbus kie îômnlèè jaiilafe sdhs l'Mée généhilé de «l'iétré. » Cepéttdànt, éh ce même iîéu, il dit À ij[tie fc^fest bh bii jiluàiéui*s (êtres fen pàrticiilîer «t^iiè ribiiè vb^ëris. jJ Ehfin, après âroii* pris Bëatiicbu^ dé "peVùè |Jbiîr JirbuHret qiife noué ne {JtidVôiîfe -ibrt léh choses éh eilefe- mêmes, mais sWtlèftl«hl Ifeitfs idées, tl vi^rit âitv. : ce TXm^ ne « Vby bhà pàé tarit lëè idééè df s choses , que ie$ a chostèfe tiimés. » Ati ftiîlréû dfe céfe incettiliidés , je '^uîs feic'usàbre si je ne voi^ ^as jilus fclali'tjtie VMkirt ÎÙi-ttériife Hâhfe stJfa hypothèse.
a6: tl iiôùs ait ertcbte , dans ce àixîèrtfe fchaj^ithe , et tfvîé nôtis ^bybriè toiis lêè êtres , parce àifhè î&îèu Véiit qiie ce qui est éh lui, qtii lèsrè- « pVésehté , rioiis Sôtt dédoùVért. » Et Cela sigrtîfie
DU PÈRE MAILEBRANCÊE. aSg )
simplement qu'il y a en Dieu les idées des dioses, ^
et que tious les voyous, quand il lui plaît de les * j
découvrir. Mais qu'est-ce que cela apprend sur la .|
nature des idées, ou , ce qui est la même chose, sur la manière dont hous les découvrons , de plus que celui qui dit, sans prétendre connaître ce qu'elles \
sont, ou coniment elles sont produites, qu'elles ]
naissent dans l'esprit , quand Dieu veut qu'elles y baissent , par des mouvements qu'il a destinés à le^ exciter ? L'argument qui suit ( toujours pour monttei* que hoiis voyohà toutes choses en Dieu ) est ainsi conçu : « Mais la plus forte de « toutes les raisons, c'est la manière dont l'esprit « aperçoit toutes choses. Il est constant , et tout «c le monde le sait par expérience, que, lorsque « nous voulons penser à quelque chose en parce ticulier, nous jetons d'abord la vue sur tous « les êtres , et nous nous appliquons ensuite à « la considération de l'objet auquel nous souhai- <r tons de penser. » Pour moi, cet argument n'a pas d'autre effet que de me faii^ douter encore plm de la vérité de la doctrine : premièrement , parce que ce qu'il appelle la plus forte de toutes les reusons j est fondé sur un fait dont je ne puis reconnaître la réalité en moi-même. Je n'ai jamais observé que, lorsque je veux penser à un triangle, je sois obligé de penser auparavant à tous les êtres j soit que Ton entende ces mots
a6o £XAMEN DE L OPINION
dans leur sens propre , ou dans le sens très-impropre de Vêtre en général. Je ne crois .pas non plus que les fermiers, mes voisin^, jorsqu^en s éveillant le matin , ils veulent penser à un cheval boiteux qu'ils ont dans leur écurie, ou à leur blé gâté par la nielle, soient forcés pour cela de repasser dans leur esprit tous les étrçs existants, et de choisir au. milieu d'eux leur objet, ou bien qu'il leur faille réfléchir sur l'être en général , c'est-à-dire, l'être abstrait.de toutes ses esoèces inférieures, avant que d'en venir à penser à la clavelée de leurs moutons, ou à l'ivraie de leur blé.
J'ai toujours pensé, quant à moi, que la plupart des hommes: songent rarement , s'ils y songent jamais, à Têtre pris en général, abstraction faitq de toutes ses «spèces inférieures et de tous les individus. Mais, supposé que cela soit, et qu'un charretier qui voudrait inventer un remède pour sou cheval malade, ou un laquais qui aurait à chercher une excuse pour quelque faute commise, seraient l'un et l'autre obligea de porter leurs regards sur toutes choses , avant d'arriver à penser à celle qui les intéresserait ; en quoi cela mène-t-il à conclure que , <c pouvant désirer « de voir tous les êtres , il est certain que tous a les êtres sont présents à notre esprit:? » Ce. root présent s\^\&!à que nous les voyons, ou bien il
BU PEh'e M'AL'LEBRAiSréèE. ^6\
ne signifie rien du totit/'llsf sont tous actuelle-' ^
ment et'toufours vUs biiï nous ; oi^, chacun peut
juger à quel point eda efet ' vrai; ' * • ' = ' ;
29. IL poursuit SbH raisoliMieniènt en ces ter^ mes : tf Or, il est- îndiiMtabk -que noiî^ ne sau- « rions désirer de voi^'Hin objet' parficùlid* que «nous ne le voyions xlëja, quoique eàjhfiisêtùeiit « et ert général i'de sotte que, pduVant désirei^ « voir: tous* lés étiSes , tàiitô^ ISiti -, tantôt l^atïtrë V il #
« est certain que touë lés- êtises feont présentai *à ce hbtté esprit, et' il seitible tfiie tolis les? êtresf lie « puissent être présents à notre esprit, que pai'ce « que Dîeu hii est présent, cfefet-à-dire, celiii qui « renfèWaè toutes cho'sed dàiis la-sitnpiicité ée-sb^i « éti'e..» lié féctetir jugera sic'est moi- qui ai iùrt\ quand je tt*ôuve impoisiBlede suivre Fénirfhâînement de ce raisonnemeht ; môii^ îl me seiiiirle qu'ëût*ori cherché exprès Tobsciurité, dri'h'àiïràït pu mieux réussir , principalement ici i ce Nous pouce vous désirer voir toù^ les êtres , tahUè t rûh ;'*a Ace tôt Fàùtre : donc noiis voyions déjà toutes chc^ses^ icpairce que nous ne plouTons' désîrér voir'aùclm « objet particulier, à rafoiîis ^tjèi n<îïù4lo^ô1e^ôyiiyiià ce déjà confusément et èii gériérri; >i'Il ebt qiiëfction ici des iiJéias qu'il préttettd être>dé^ lÉo^ès réelles, et que tièils^ vdyote^^ Dreii.'Bti'diiéff chant dotic ce que peut prolivei^ icè rai^dritfWn'ërtt en faveur de l'opinioh^ de l'afôtfetir, il nfté'sfertiM^
qq'il faMdr^if ëntemji'c sÛDsi <;e3 expressions. ^ c< Noua poijyons désirer avpijr tpu^e^ Içs idéçs, iine
f fois Funeyune aut|::§ /qîs F^jiMije; 4Qnc fiop^ ^YPP?
d^J4 toiutesles idée^^ ^p^cç qm nops ne pouvons désirer avoir auci^ni^.îdfée. particulièf*e gue nous i^e rayons déj^ cofiffusément et er^ générai. «Afais <|i;i'efitroe qu'on e^tead p{^ at^oir une idée ç^nfu- Upf^nf, ef en gé^ér^l? J>youe qufSj jç i^e pijis Jç
^^^ fpnc^ympy à ipoins qtie ç<5 li^ ^f i^p^ capacité
en ooua d'avpir 4ç? idée?; et en pfepant Xaif-r giJtment dans ce §en^, ;il signifie sea|ppien( que iK>u;i savons tou(e$ Je^ i^é^s ^ parce : que nous ^ippoes càpa)>lies dfi l^ lavoir toutes. Mais alpf^ pela ipie prouveiait pas qu^ nous lf§ ^K^H^. ?f' ti^^Ueinç^t, p93o pp^re ]an;ion avec Dieif qui l^s cpjpitieQl tOïiites 49ps )a sipip^cité dp spn étrp. Et je ne vois p^s q^'il soif .P9s?iW^ d'pxpfiquer autrement, cette phr^se^ c^r ce que pp^s désirons voir n'étant que c|5 qji^e nous Ypyops 4#J2^» fit çe,qcte ^pu;^ 4ésirpps voir é|;ant, çpk^I»^ pu nqiis le dit^ quelquiç çlxps^ de partic^j^j: ^ ffmtÛ^m^Wpy fo^tôt ^n^g^p^e; ce que nqps yçyonç 4oitjêtve au^qi;ielque piipse 46 partiçuliep. JVf^is 4q Kj|[uelie, inan&ère une chpsf particulière pf Italie être vue en géQéra) , ^^^X^f^ qui pas§^ ip^ <<9™p^Q^iension. Cf iç^ei^t un ay^ûgle-né a-t-il l'idée p^l'it^iS^lière de )a ppuleur écarlate cof^j^ément p» en g^éral ^ qH«|t| î^ a? Ta en eÇet^^'aHfiune
DU PÈltE MALLËBtl^NÇflE. «63
fjçqii? To^tf^Qisjfi ne dqutep^ plifs gu'i| i^p prisse déçù-pr £(yoir cette i(|^e, gue je pe dpute qup je îfe pui58ç désirer (Tipj-ipêtae yo\r le^ choçeç hei^pif^es que pie» r^serye à çeu^ qui l'^f^çnt , <r quoiqu'pilps spiepf tpMeç que |'œ||, q'a j^ipaj? rije^ T^l , tii ('orpiUe ri^fj pntendff fjs *prob|*llle , ef qi4'i}iie ^it pardonné ^|'esprit(^e rhopune de |^s ç^çf yjQif ^i> tel)es pf^fi^i que je fl'en aiactpeilentei}^ aucuBf idée- iV^uréjpçpi fjeiiii qi^j spjfh^tç p^Rïjj^îtfe iep JQJe^ des éj^s, oi^ l^ pr^ture^ .iqui l)»h)tçnf j^ pifipète ijf! fupiJSf , <^<ii.t suppfljpf *» DiSM » B'PP-^ (1WS'<H» '"SpfiiW P9Hf /ffM» W IV'we»*! M we J» plappffi (ie ,4)H>'<Pf «^^'M?.- ^éei^aiî'Si ç'esîiV^vpir ri4éçpartipi4/ipF^(|e «* elmses, msçg pojic (Ijre qu'op .|sf yoif d<jp, !*>FS ij ,i;V jj^a pem9pjis quiigoflre flt(pi qHftff ^' W «flHdSr fieljMi fti)i fmrasu.vaç ffro^f t*"- -Ç» "ii.toHties e^ses; fW ''\ fff^.WivS ,4 \Wf
«éventa %si^'ffl)s <*9je. T<mt (^^ pç^pni^
»e s«^ goijsit B(m)i ip|l if^cjn.yfiinçrÈ' qijp jipus yPïffl». W <¥«? r?i?on. tdBW fil)9P^S'«W ]?
silWl»fiitP')e l'fi5SeB<»,fie S'Wiîf'Mî.'i9HIPF«n<' WWtflP- *iM-, S, Jss jdfiçf ,qHP jp yRJs ffiflt , pijiwftp ta dit nsl)R(!,iplflnr, »tHil(A'S?W.if^fiJs **,#- (ipptj eo pipp, gt fi BpifS.Içs.yqj,opf ^i%pjfflt W.'Wi.Hfl"» fleyiW N^ffli! »|1<S W'e(l<if ï spii^- (Ifif ol)9WS )iis)JBç»e3,,pjr(ifl))ièresi pjH cfng^- W»t,.jiç(US»e {«"CKfW les yp»: Ç9nM»én|S"f ■«'
264 EXAMEN DE l'oPINIOIT
en général. Quant à ce terme de voir une idée, une chose quelconque (peu importe le nom qu*on lui donne ) , confusément, Je ne Tentends point du tout. Ce que je vois, je le vois, et Fidée que je Vois est distincte de toutes les autres qui ne sont pas èemblables : ajoutez à cela que Ton veut que je voie les idées en làieu, et comme 11 me lès montre. Sont-elles alors confusément en Dieu? ou bien, me lès montré-t-il confusément?
''' 3o. Secondement, cette assertion « que nous pouvons voir toutes choses , » parce que « nous pouvons désirer voir toutes choses ,' » assertion par laquelle on veut prouver « qu'elles sont toutes présentes à notre esprit , et qu'elles ' ne peuveût l'être que par la présence de Dieu qui les renferme toutes dans la simplicité de son être , » me paraît signifier en substànôé, que hoiis voyon* toutes choses parce qu'elles sont présentés à l'esprit, Dieu en'qiii elles existent y étant lui-même présent. Mais, quoiqu'H Semble que ce soit là le fond sur lequel l'auteur appuie ses arguments , on pourrait y faire une objection très-naturelle, qui est que nous pourrions alors voir toutes choses actuelleniéiit et en tout ' terii^S , * en les voyant en Dieu qui est toujours présent à l'esprit. On a tâché d'obvier à cela, en disant 'qiie nous voyons en Dièiî sfeulemrent les idées' qu*il lui plaît de nous découvrit* , ce qui répond , eu