‹ Œuvres philosophiques de Maine de BiranChapitre 10 sur 26 · CARACTÈRES ET SIGNES DES SENSATIONS · texte numérisé non relu

CARACTÈRES ET SIGNES DES SENSATIONS

Il faut louer Gondillac d'avoir cherché à fonder la philosophie de l'esprit humain, non plus sur une notion simple, métaphysique et abstraite, mais sur un fait primitif, et véritablement simple, l'âme humaine comme elle est , comme elle commence à exister au titre de moi.

L'âme de la statue se trouve à la vérité posée de prime-abord dans un monde d'êtres, dont il y aurait lieu de demander d'abord s'il existe réellement, ce qu'il est à part la sensation ou avant elle; mais, l'hypothèse admise, la première sensation créée dans l'âme par l'objet extérieur est bien le fait d'existence sensible le plus simple que l'analyse puisse saisir. Seulement Gondillac a eu le tort d'aller chercher ce

simple fait bien loin et de feindre une hypothèse, pour expliquer l'organe même du fait ou de la sensation elle-même. Il lui suffisait de prendre le premier être vivant, même organisé d'une manière plus simple que ne le suppose la première sensation d'odeur de la statue, réduite encore à ce sens unique.

En considérant que la vie la plus simple ne peut avoir lieu sans quelque impression, sans quelque degré de plaisir ou de douleur ; à cet égard l'état du fœtus qui vit et se meut avant de voir, et a reçu une impression du dehors, ne peut différer de l'état sensitif où la première impression d'odeur de rose met l'âme de la statue. Des deux côtés c'est une sensation complète, parfaitement simple ou sans mélange d'idée de conscience du moi qui la compliquerait nécessairement de quelque élément d'un autre ordre.

Ce sens vital est le vrai primitif simple, il est même la condition première et nécessaire de toutes nos sensations externes , qui n'en sont que des modes qui s'y ajoutent successivement, et forment une suite du composé objectif, sans constituer véritablement la pluralité dans l'unité subjective (i).

(1) Leibnitz confond sans cesse ces deux sortes de composés ; c'est ainsi qu'il trouve une grande multiplicité d'éléments dans ces premières idées de sensation, que Locke regarde comme simples; mais c'est que Locke n'avait égard qu'à l'état subjectif de l'âme, tandis que Leibnitz ne considérait que ce qui est.

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