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Ce point de vue du simple, considéré dans le passif de l'âme sensitive (identifiée avec sa première modification), qui a échappé a l'auteur du Traite des sensations , a été saisi tellement par les physiologistes qui ont cherché à remonter, à l'aide de l'observation ou de l'induction, des faits de la nature vivante jusqu'aux premiers principes de la sensibilité, qu'ils leur ont paru s'identifier avec ceux de la vie même.
Je citerai , comme exemple le mieux approprié à mon but actuel, le passage où le célèbre physiologiste allemand, Reil, caractérise de la manière la plus remarquable les modes vraiment simples de ce sens immédiat qui est aussi, selon lui , le fait propre du plaisir ou de la douleur, inséparable de tout ce qui vit.
Reil donne à ce sens le nom expressif de cœnesthèse, ce qui veut dire sentiment d'ensemble, mode composé de toutes les impressions vitales inhérentes à chaque partie de l'organisation.
Quelques autres auteurs d'anthropologie ont aussi distingué un ou plusieurs sens internes attachés aux changements ou aux fonctions des parties les plus grossières de notre organisation matérielle. Ils ont soupçonné l'existence de la cœnesthèse, mais, faute d'une connaissance du corps humain ou d'une analyse assez approfondie, ils ont confondu les limites qui séparent la cœnesthèse des sensations externes
ou des fonctions particulières de l'organisation ayant bien plus égard aux perceptions du moi qu'aux changements ou modifications mêmes de la sensibilité propre au corps vivant ; c'est ainsi qu'ils ont mêlé aux affections immédiates de cœnesthèse celles qui tiennent à des habitudes sensitives, au froid, au chaud, à la faim ou à la soif, les odeurs, saveurs, etc.
« Les nerfs disséminés dans tout le corps ont pour « fin principale de transmettre à toutes les parties « les forces vitales et la capacité de remplir les « fonctions qui leur sont propres , et de les unir « entre elles par le lien d'une même et commune « sympathie.
« Mais les nerfs ne sont pas seulement les moyens « ou instruments de la vie sensitive ; ils en sont ence core les agents propres et immédiats, par la faculté « qu'ils ont de réagir sur eux-mêmes et par là de « constituer un sens fondamental et continu de la « présence et de l'état du corps propre.
« Les extrémités nerveuses, enveloppées dans une « sorte de pulpe , éprouvent une sorte de pression « continuelle des parties qui les contiennent ; c'est « au moyen de cette pression ou de cette sorte de « contact que l'on a, à chaque instant, l'idée de son « corps présent et de chacune de ses parties.
ce De là le nom de cœnesthèse, sentiment d'un « ensemble qui tient à une action que l'âme seule
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« commence en déployant sa force sur le corps « mobile. »
« La réaction nerveuse, de quelque manière qu'on « l'entende, ne peut se lier qu'à des impressions vi- « taies et aux sensations sans moi. *
« Tous les mouvements répandus dans le corps, « de quelque espèce qu'ils soient, leur état régulier « ou anormal , leur suspension ou leur cessation , « tous leurs degrés de lenteur ou de vitesse , sont « continuellement représentés à l'âme parla ccenes- « thèse.
« Sans elle , sans ce sens vital intérieur, tout in- « time, nous n'aurions aucune idée de l'application « ni de l'intensité variable de nos forces physiques, « dans la respiration, l'excrétion, la contraction mus- « culaire, etc. » (excepté celle qui est l'effet d'une résistance extérieure).
« Mais ce sens de la présence immédiate et des « fonctions du corps est confus par sa nature, et « l'âme n'y distingue aucun des éléments essentiels « et nombreux qui concourent à chaque instant à le « former.
« Les organes des sens externes représentent, il est « vrai, à l'âme son propre corps, et quelques philo- « sophes ont prétendu réduire à cette représenta- « tion extérieure la conscience et la connaissance « que l'âme acquiert de ce qui se passe dans les di- « verses parties de l'organisation, à laquelle elle est
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« unie; comme si les sens externes étaient les vrais « juges compétents de ce qui touche l'âme ou son « objet immédiat.
« Les sens externes ne représentent en ce cas que « cette surface de notre corps qui, respectivement à « eux, ne peut être considérée que comme une par- « tie du monde. Ainsi , ce corps propre en qui ou « par qui l'âme est immédiatement affectée de plai- « sir ou de douleur , se représente extérieurement « comme objet étranger sans aucune de ces affec- « tions intimes, inséparables du sens même.
« Ainsi , la lumière réfléchie de la surface de « notre propre corps nous manifeste sa forme , sa « figure comme celle de tout autre objet; nos « propres émanations affectent l'odorat comme les « odeurs étrangères; lorsque la main s'applique à « une autre partie de notre corps , les deux sensa- « tions tactiles simultanées nous apprennent par « l'expérience répétée à reconnaître que c'est notre « propre corps, et non un corps étranger que nous « touchons.
« Mais le sens spécial de la douleur, par exemple, « nous fait reconnaître d'une manière autrement « immédiate, ce corps qui esta nous. La cœnesthèse « est avant le toucher ; l'une pénètre là où l'autre ne <c saurait atteindre.
« C'est elle qui nous avertit sans cesse des chan- « gements ou états successifs des parties du corps,
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« et cela uniquement par quelque mode du plaisir ou « de la douleur inhérent à ce sens de la manière la « plus immédiate , sans aucune sorte de réflexion , « j'ajouterai , sans aucune conscience du moi , qui « tînt de l'affection même. »
Dans l'engourdissement d'un membre, par exemple, occasionné par la pression des nerfs, la suspension totale de cœnesthèse nous rend cette partie aussi étrangère que si elle appartenait à un autre individu, quoique nous continuions à la voir et à la toucher. Et l'on a divers exemples d'hommes privés de toute espèce de tact qui avaient , au moyen de la cœnesthèse restée entière, le même sentiment que nous avons de la présence du corps.
Si l'on pouvait trouver un animal qui fût privé de tout organe de sens externe, il aurait encore, au moyen de la cœnesthèse , quelque sentiment plus ou moins obscur de l'existence du corps vivant, dont le sens ne peut absolument se séparer.
Reil part de là pour examiner avec plus de détail le phénomène de la cœnesthèse relativement à l'état de santé et de maladie.
« Dans la bonne santé , dit-il , toutes les parties « du corps organisé (les membranes, les muscles, « les vaisseaux, les viscères, etc.), exerçant une pres- « sion immédiate modérée et régulière sur les ex- « trémités nerveuses qui leur sont inhérentes , y « excitent des impressions, qui, simultanément pro-
« pagées à l'àine , s'unissent en un seul sentiment, « celui de la présence du corps propre, de son état « actuel, de son degré d'énergie ou de force vitale.
« Ce sentiment, il est vrai, est confus et obscur à » tel point, que l'âme ne peut distinguer aucune « des parties ou impressions élémentaires qui con- « courent à le former, ni aucun des mouvements « vitaux que ces impressions excitent.
« La ccenesthèse est faible et peu prononcée dans « l'état de bonne santé , autrement nous serions « troublés par la multitude de ses impressions.
« Elle est au contraire forte, et marquée dans « l'état de maladie; afin, qu'avertis du péril, nous « puissions recourir aux remèdes. Mais l'exercice « des sens externes tempère toujours assez la force « de ces impressions de la ccenesthèse.
« Nous avons (par ccenesthèse) le sentiment im- « médiat de nos forces corporelles , et du degré de « leur application.
« Nous sommes avertis par la fatigue et la dou- « leur des limites de nos forces, qu'il serait nuisible « de dépasser.
« Le poids relatif de notre corps est compris dans « le sentiment immédiat de ses forces mêmes.
« Dans l'état sain , la présence du corps est « agréable par elle-même ; elle est toujours pénible « et douloureuse, ou déterminée dans toute altéra- « tion ou dérangement d'équilibre organique.
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« L'homme qui a la conscience de l'état le plus « parfait possible de son organisation , en qui toutes « les fonctions naturelles, vitales et animales, s'exerce cent facilement et dans un ordre harmonique, « jouit ainsi du libre exercice de ses forces et de « ses facultés. Il éprouve une volupté, une joie ani- « maie, qui n'est autre que le sens immédiat de cet « état du corps organisé, accompagné de tous les ce signes propres annonçant une vie durable, tenace ce dans son principe.
e Lorsqu'au contraire le libre exercice de la force ce vitale du corps organisé rencontre divers obstacles s dans le développement de ses propres organes , ce que les parties malades excitent dans les nerfs ce diverses impressions animales , l'âme est péniblece ment affectée de la présence de son corps , où le ce sentiment immédiat de ce désordre organique ce comprend tous les degrés de douleur , comme le ce genre renferme les espèces ; de là aussi, tous les ce sinistres présages d'une fin prochaine.
ce Le sentiment agréable qui accompagne (ou qui ce constitue plutôt par lui-même) la bonne santé du « corps, ne se réfère à aucun organe déterminé , ce n'étant lui-même que le produit formé de ces sens <e obscurs , qui portent à l'âme les impressions de ee toutes les parties du corps organisé , jusqu'aux ce moindres molécules vivantes. »
Reil traite à part la ccenesthèse dans les mala-
dies, il considère la sensibilité propre et spécifique de chaque partie du système nerveux, la nature des stimulus qui sont propres à y exciter des impressions affectives, enfin la sensibilité propre de l'organe de l'âme , capable de modifier ces impressions douloureuses.
De là, différentes espèces de douleurs que l'expérience nous fait reconnaître, et qui toutes s'accordent en ce point, que ce sont des effets de la cœnesthèse , représentant, à Vaine un état du corps extraordinaire et contre nature. Ce qui suffit pour comprendre sous un seul genre toutes les espèces d'affections douloureuses dont il s'agit.
Reil s'attache à distinguer ces différentes espèces d'impressions sensitives purement internes , la faim, la soif, la fatigue, les sensations de nausée, de vomissement, d'excrétion , de froid, de la fièvre, etc.; les appétits ou aversions de l'instinct animal, l'antipathie, la nostalgie, etc.
Cette énumération aurait pu être bien plus étendue et n'embrasse encore que la moindre partie de ces affections obscures pour qui nos langues n'ont pas même de nom , et qu'on ne saurait comment exprimer.
Reil n'a certainement pas mérité le reproche qu'il adressait à quelques auteurs d'anthropologie , celui de n'avoir pas suffisamment étudié les diverses parties de l'organisation humaine; mais on peut
croire aussi qu'eu étudiant l'homme p.ir le côté le plus accessible ;i l'observation physiologique, il n'a pas eu lui-même assez d'expérience et a trop négligé l'espèce d'analyse qui peut seule le mettre en lumière.
Il résulte clairement de ces observations sur la cœnesthèse, que partout où est la vie là est aussi quelque degré de sensation affective de plaisir ou de douleur; mais partout où est l'affection, doit-on admettre qu'il y ait aussi perception ou conscience indivisible ?
Cette question valait la peine d'être examinée ; on a mieux aimé la supposer résolue affirmativement sans l'examiner. Au moyen de la cœnesthèse, par les impressions immédiates du sens vital, l'âme, dit-on , a le sentiment de la présence de son corps; et l'état sensitif de l'homme, de ses parties comme de l'ensemble, est constitué.
En posant ainsi une âme ayant la faculté d'apercevoir ou même l'aperception innée de ce qui est en elle ou hors d'elle, on prend le moi, la personne constituée, pour point de départ, sans demander comment ou en quoi , par quel moyen, sous quelle condition , cette personne est constituée ou existe par elle-même; ce n'est certainement pas la cœnesthèse qui constitue la personne. En reconnaissant un animal qui serait réduit à ce mode de vie sensitive plus ou moins obscure , on ne suppose pas qu'il
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eut par cela seul la conscience , la pensée ou la perception de son existence. Cette perception a donc une autre source. En disant qu'elle est inhérente à l'âme humaine ou à la substance pensante, on attribue à celle-ci l'idée innée et peut-être même anticipée de son union avec le corps ; on tranche la question , et l'analyse n'a plus rien à y voir.
Mais aussi tout est confondu : les termes pensée, perception, idée, ne sont plus employés à leur titre ; on les sépare de la conscience , on les met où le moi n'est pas.
On s'accorde mieux, il me semble, avec les faits d'expérience intérieure, en admettant, même comme hypothèse explicative, cette distinction nécessaire entre deux ordres de facultés attribuées à la même âme, soit identique et une, soit composée de deux âmes sensitives communes à l'homme et à l'animal , ayant la même manière d'exister, de fonctionner, d'agir et de sentir à part la forme intelligente et libre. On entend mieux alors ce que c'est que cœnesthèse ou les affections immédiates du sens vital séparées de toute participation de conscience de moi et d'activité.
On peut dire que l'âme, en tant que sensitive, représente , par des affections , des appétits , des tendances qui sont en elle à son insu ou dans l'absence totale de la personne , tout ce qui est dans le corps vivant et ne peut être qu'en lui, comme les mou-
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vements de circulation des fluides et tant d'autres.
Observez pourtant que ce n'est que par une sorte de métaphore qu'on dit que les affections de l'âme sensitive, ses états de peine , de plaisir, de tristesse ou d'hilarfté , représentent les états physiques correspondants de la machine organisée. En qui et pour qui cette représentation a-t-elle lieu ? quel en est le sujet ? Il faut que vous supposiez quelque part un être intelligent qui perçoive ainsi par représentation ce qui se passe dans le corps; il faut, de plus , qu'il lui soit présent , qu'il le sente ou l'aperçoive intérieurement comme son objet immédiat.
Le corps propre se rend présent, en effet, à l'âme ; même la force active, intelligente, a la représentation de son objet immédiat; mais avant cette représentation, et indépendamment d'elle, l'objet existe, le corps organisé vit, l'animal sent, et l'analyse physiologique qui s'attache à ses éléments sensitifs séparés de toute perception, saisit quelque chose de plus que de purs abstraits , et aussi plus que de simples mouvements mécaniques.
C'est ce qui résulte même des exemples rapportés par le profond physiologiste dont nous parlons , quoiqu'il suppose toujours implicitement la présence de l'âme dans la cœnesthèse et qu'il semble éviter de considérer les phénomènes sensitifs en euxmêmes, à part toute intervention de conscience. Il suffit de reconnaître que ces impressions de
cœnesthèse sont confuses par leur nature, qu'elles échappent habituellement à la conscience de lame ou du moi, quoiqu'elles n'en soient pas moins inhérentes au corps vivant et toujours affectives pour l'animal , pour conclure qu'elles subsisteraient également quand il n'y aurait pas d'âme ou de moi.
Mais , en admettant une âme réduite à la pure réceptivité passive d'impressions internes ou externes, et douée, de plus, de la faculté de percevoir ces impressions ou de les distinguer d'elle-même en tant que moi, la cœnesthèse , comme l'entend Reil , suffirait-elle pour donner à l'âme l'idée de la présence de son corps et des différentes parties de ce corps aux quelles les affections sensitives se rapportent en tant que perçues par le moi? C'est cette supposition surtout qui accuse à nos yeux un défaut essentiel d'analyse psychologique; ce n'est point en tant que le corps commencerait et continuerait à agir sur une âme passive ou à lui faire subir diverses modifications affectives que la présence même de ce corps en lui-même , pourrait se manifester à l'âme comme substance distinguée d'elle ; mais c'est en agissant sur le corps propre, en tant qu'inerte et mobile sous son effort, que l'âme commence à se manifester à elle-même clans son union avec le corps, par suite, à avoir un sentiment plus ou moins obscur de la présence ou de la coexistence de ce corps. Or , l'union dont il s'agit n'est pas aperçue
ta* division des faits
ou sentie sous le rapport de la substance au mode , mais bien sous celui de la cause à l'effet.
Pour que la cœnesthèse, comme l'entend Reil, puisse renfermer en elle le sentiment immédiat de la présence du corps , il faut donc avoir égard aux impressions propres spécialement aux organes musculaires , non seulement en tant qu'ils vivent et que leurs impressions concourent à la cœnesthèse générale, mais de plus en tant qu'ils sont mis en jeu par la force active du vouloir dont la force et l'énergie se proportionnent naturellement aux dispositions propres des parties animales à qui elles s'appliquent.
Otez les impressions musculaires (sui generis) ou la cœnesthèse spéciale de motilité, on peut s'assurer qu'aucune affection ou combinaison d'impressions vitales spontanées, ou provoquées par des stimulants externes, ne saurait informer l'âme ou le moi ( supposé préexistant) du siège corporel qu'elles affectent, et encore moins d'une cause quelconque capable de les produire.
Ce n'est point ici une conjecture vague, une pure hypothèse , mais un fait que l'expérience peut vérifier.
Un ancien médecin , M. Régis , en a rapporté un exemple fort curieux dans son livre, intitulé : Histoire naturelle de Vâme. Ce médecin philosophe, appelé auprès d'un hémiplégique complètement paralysé quant à ses facultés de mouvoir, s'assura par
des expériences répétées que le malade sentait vivement toutes les impressions exclusives faites immédiatement sur les parties paralysées , mais quand on lui cachait l'objet ou la cause (par exemple en piquant ou pinçant une partie du corps sous la couverture du lit), le paralytique n'avait aucune perception du siège de la douleur, quoiqu'il en fût affecté comme d'une impression interne générale et très-pénible.
Ce ne fut qu'après que la faculté de mouvement eut été recouvrée par l'usage de remèdes appropriés, que le malade apprit de nouveau à localiser ses impressions extérieures ou à en juger le siège et la cause hors de lui : phénomène très-remarquable d'où peuvent se déduire plusieurs conséquences psychologiques.
L'enfant à sa naissance, et l'homme dans le sommeil, dans l'ivresse, dans la défaillance, et dans tous les états où l'action de la volonté sur le corps est entièrement suspendue , sont dans le cas du paralytique de M. Régis.
Tel est tout homme, même dans l'état de conscium et de compos sut, pour toutes les impressions intérieures qui, ayant leur siège dans des organes absolument étrangers à l'effort , ne se circonscrivent dans aucun siège particulier et demeurent aussi toujours vagues, générales et inaperçues.
D'où nous pourrions conclure déjà que toute
aa4 pivision dus faits
affection, rapportée à une partie ou à un lieu du corps organique, doit être considérée comme un composé du premier ordre, et alors seulement comme perception ou idée de sensation ; que ces premiers composés admettent un élément commun, ou, si l'on veut, une même forme qui est unie à une matière qui varie dans chaque espèce de sensation ; enfin , que cette forme n'est point inhérente, comme on dit, à la sensibilité passive et commune à toutes les impressions, mais qu'elle se réfère au sens spécial ou individuel de l'effort, et a même étendue, mêmes limites, mêmes conditions originelles.
Nous sommes dans le cas du paralytique de M. Régis, lorsque, plongés dans un demi-sommeil, les organes de la vie passive, le tact, l'odorat, veillent encore, les sens de la perception étant endormis. Tels nous sommes toujours et dans tous les cas pour cet ordre d'impressions affectives tout intérieures qui, se succédant, se combinant ou se mêlant sans cesse et entre elles , et avec les sensations du dehors, ne portent jamais le cachet net du siège qu'elles occupent, encore moins de la cause qui les produit, ne sont jamais non plus dans la conscience proprement dite, ne restent point dans le souvenir, et, étrangères aux produits de la pensée et de la volonté , n'en exercent pas moins sur la direction de nos idées et de nos penchants une influence constante, un ascendant d'autant plus difficile à sur-
monter qu'il est plus méconnu dans sa source indépendante.
S'il était possible de remonter jusqu'aux premiers principes de la vie sensitive du fœtus et de déterminer les lois de la formation et du développement des principaux organes qui prennent dès l'origine de la vie une prédominance plus ou moins marquée sur toutes les parties du système vivant; si l'on pouvait aussi assigner les conditions et les caractères des déterminations primordiales de la sensibilité, de ces premières impressions affectives, agréables ou pénibles, calmes ou agitées, vives ou languissantes, qui constituent, avec la vie du fœtus humain , des habitudes de tempérament , on verrait écrit, pour ainsi dire, à l'avance, le destin heureux ou funeste réservé à cet enfant, le moment où il paraîtrait sur la terre, jusqu'à celui où il rentrerait dans son sein.
Je dis le destin , en ne considérant que le fatum du corps soumis aux lois de la sensibilité physique, aveugle et nécessaire, dont l'activité du vouloir et la prévoyance de l'esprit ne sauraient rompre l'enchaînement.
Chaque homme porte vraiment en lui-même, ou dans le fond passif de son être ou dans cet ordre d'impressions ou de déterminations qui constituent la vie sensitive, commencent et finissent avec elle; chaque homme, dis-je , porte en lui la source de tous