III
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les biens ou de tous les maux qu'il est susceptible d'éprouver, dans Je cours de son existence, quelles que soient d'ailleurs les chances accidentelles et externes , ce qu'on nomme la fortune, divinité capricieuse à qui l'homme transporte une puissance; qui est plus près de lui, qui est intime à son être même.
L'homme qui porte en naissant, dans ce tempérament primitif, dont ce que nous appelons caractère moral n'est que la physionomie, le sentiment immédiat d'une existence pénible ou malheureuse, ne sera jamais heureux , quoi qu'il arrive , ou dans quelque condition que le sort le place.
Réciproquement l'homme né heureux (dans un sens autre que celui du vulgaire), n'aura jamais, quoi qu'il arrive, le sentiment d'un véritable malheur.
Le mode de sensibilité active, auquel l'imagination conforme toujours ses tableaux, comblera par là le vide de la fortune, tandis que cette fortune est toujours impuissante pour combler les vides de la sensibilité, et qu'une âme montée au ton du malheur convertit en poison ses plus riches présents.
Ce qu'il y aurait de surprenant dans cette destinée de l'homme ( si le mot de l'énigme n'était plus haut); c'est l'aveuglement profond où nous sommes tous sur ce qui constitue, primitivement et immédiatement, pour chacun de nous le bien ou le mal; toujours on s'en prend aux objets du dehors; on maudit ou on bénit le sort ; on invoque la fortune;
on la conjure comme une puissance amie ou ennemie. L'homme ignore qu'il porte en lui le fatum inexorable; heureux s'il peut dire dans ce même esprit, dont les inspirations nous ont été transmises avec les paroles du grand apôtre qui a lu le plus profondément dans la nature humaine ou dans le mélange des deux natures : Toujours mourant et vivant néanmoins ; toujours triste et toujours dans la joie; toujours pauvre et enrichissant plusieurs, ( IIe Épître aux Corinthiens, ch. VI, v. 9 et 10).
La dualité de nature ne se manifeste jamais plus sensiblement, en effet, qu'alors que le moi se réjouit intérieurement des souffrances de l'animal ou qu'il s'afflige de ses joies immodérées.
Quel homme moral et religieux n'a pas senti ce contraste , et s'il l'a senti , comment peut-il douter que la sensation de l'animal ne soit autre que le sentiment ou l'aperception de la personne humaine ? Comment ne voit-il pas que l'une existe indépendante de l'autre ou hors de sa présence? Animal simplex in vitalilate, horno duplex in humanitate, a dit un grand observateur de l'homme physique.
Je m'arrêterai en caractérisant le simple dans la vitalité, afin de montrer ce qui constitue le double dans l'humanité , avec plus d'exactitude que n'ont pu le faire Reil et tous les physiologistes, en considérant l'homme sous cette forme de l'animalité, seule accessible au point de vue de leur science.