‹ Œuvres philosophiques de Maine de BiranChapitre 13 sur 26 · DES SENSATIONS ANIMALES EN GENERAL · texte numérisé non relu

DES SENSATIONS ANIMALES EN GENERAL

L'homme commence à vivre ou à sentir avant de savoir qu'il vit, qu'il sent , avant d'apercevoir son existence individuelle, c'est-à-dire d'exister à son propre titre. On comprend sous le nom d'instinct l'ensemble de ces impressions purement affectives, ou ces déterminations ou appétits aveugles qui constituent la vie de l'animal comme de l'homme, tant qu'il est réduit à cette nature simple (simplex in vitaliiate). Mais cet instinct ne se borne point à l'état sensitif du fœtus ou de l'enfant à sa naissance; il suit l'homme dans tout son développement , s'associe à ses facultés de l'ordre le plus élevé. Celles-ci deviennent en effet, par la répétition constante, comme de nouveaux instincts également aveugles, qui feraient de l'homme un automate intellectuel, si, par-delà l'instinct, il n'y avait pas dans notre nature mixte {duplex in humanitate) une force active toujours à l'œuvre, tendant sans cesse à développer, à mettre en lumière, dans la conscience du moi, ce qui s'enveloppe et s'obscurcit dans la sensibilité animale. Cette sensibilité et la force active qui lutte contre elle ne sont certainement pas une seule et même force. Qui de nous ne sent pas au dedans de luimême qu'elles sont deux ?

« Il n'y a en nous qu'une âme , dit Descartes ,

clans son Traité des passions (première partie, article 47)? qui n'admet aucune variété de parties; la même qui est sensitive est aussi rationnelle, et tous ses appétits sont des voli lions. L'erreur qui fait mettre ici en scène comme autant de personnes diverses qui se contrarient presque toujours, tient à ce qu'on n'a pas toujours bien distingué les fonctions de l'âme de celles du corps, auquel seul il faut rapporter tout ce qui peut être observé en nous de contraire à notre raison. Il n'y a donc ici d'autre lutte, sinon que, la glande placée au milieu du cerveau pouvant recevoir alternativement l'impulsion des esprits animaux et celle immédiate de l'âme, de ces deux impulsions contraires tantôt l'une l'emporte, tantôt l'autre. »

On ne saurait étendre plus loin que ne le fait ici Descartes, les attributs propres du corps organisé; car tout ce qui est passion, imagination, étant hors de la loi de l'esprit et delà raison, et, avant tout, de l'activité du vouloir, appartiendrait au corps ou devrait y être rapporté comme à son siège ou à sa véritable source. Mais combien est vague cette sorte d'attribution au corps des modes sensitifs ou vitaux ? entend -on que ce soit le corps qui soit une cause propre, efficiente, de ces modes effectués en lui ? mais on ne le saurait dire même des plus simples mouvements mécaniques. Entend-on que ce corps organisé vivant soit la substance collective, modifiée suc-

cessivement par le principe de vie uni à elle? Il est vrai, en ce sens, que tout ce qui est passion s<; rapporte à ce corps comme à son sujet propre ou à son siège. Mais il faudrait donc reconnaître des modes sensitifs, inhérents à la substance corporelle, autres que les modes de la pensée , inhérente à la substance spirituelle proprement une; et de plus, une force vitale sensitive, propre à ce corps qui a ses lois constitutives, à part de l'âme, et les lois de l'esprit ou la force de Fâme.

Admettons l'hypothèse de la glande pinéale, ou du centre cérébral placé sous l'influence alternative des esprits animaux, à qui Descartes lui-même attribue une force motrice propre à s'opposer à celle de l'âme ; voilà dans le même homme deux forces analogues, deux séries d'effets, les uns sentis ou passifs , les autres aperçus comme actifs et produits par le moi. Gela nous suffît. Le fait de la dualité humaine est reconnu , de quelque manière et par quelque hypothèse qu'on l'explique; soit qu'on admette une âme sensitive, existant à part , ou distincte de l'âme pensante ; soit que la même âme une, soit en même temps passive et active, soumise, quant aux sensations, au jeu spontané des esprits animaux, ou maîtresse de les diriger dans les opérations de la pensée et de la raison, etc.

« Il n'est pas une seule des parties de notre corps, dit Montaigne, spectateur assidu et judicieux de

PSYCHOLOGIQUES ET PHYSIOLOGIQUES. l3l

pareilles scènes, qui souvent ne s'exerce contre notre volonté : elles ont chacune leurs passions propres, qui les éveillent ou les endorment sans notre congé. »

Nous pouvons reconnaître le caractère des affections simples , ou les résultats les plus immédiats d'une propriété sensitive, dans ces passions partielles si bien reconnues par l'auteur des Essais, dans ces appétits brusques d'un organe particulier tel que l'estomac, le sixième sens, etc., dont l'influence, croissant quelquefois par degré, finit par absorber tout sentiment du moi , et entraîner à son insu tous les mouvements ou actes devenus alors comme automatiques.

Tel est bien le caractère de ces passions animales, qui ont leur source et leurs premiers mobiles dans la vie organique ; alors même qu'elles s'allient avec les produits d'un autre ordre, on retrouve dans le mélange les caractères d'aveuglement et de nécessité qui tiennent à leur origine.

En considérant sous ce rapport l'homme livré à l'entraînement de passions qui absorbent ses plus nobles facultés dans une sorte d'instinct animal, on ne dirait plus qu'il est une intelligence servie par des organes , mais bien plutôt une organisation servie par une intelligence.

Au concours régulier et plus habituel de toutes ces impressions affectives , unies et comme fondues

ensemble, correspond ce mode fondamental que Red a distingué sous le titre de cœnesthhe , en négligeant de faire ressortir la part plus marquée qu'y prennent certains organes internes dominateurs , sièges des instincts de conservation, de nutrition, de propagation, etc.

Ce mode fondamental résulte du conscium de toutes les parties du système organique par luimême; et pendant qu'il change ou meurt incessamment , pour ne plus renaître , il y a quelque chose qui reste et qui le suit.

Les modes fugitifs d'une telle existence, tantôt heureuse, tantôt funeste, se succèdent, se poussent comme des ondes mobiles dans le torrent de l'existence : ainsi , nous devenons , au vrai sens de Condillac, sans cause étrangère à notre propre sensibilité, alternativement tristes ou enjoués, agités ou calmes , froids ou ardents , craintifs ou pleins d'espérance. Chaque âge de la vie, chaque saison de Tannée, quelquefois chacune des heures du jour, voient contraster ces modes intimes de l'être sensitif. Us ressortent pour l'observateur qui les saisit vaguement à certains signes sympathiques, qui l'attirent ou le repoussent sans qu'il sache pourquoi. Placés par leur nature et leur intimité hors du sens de la perception , ils échappent au sujet pensant par l'effort même qu'il ferait pour les fixer. Aussi la partie de nous-mêmes sur laquelle nous sommes le

plus aveuglés est-elle l'ensemble de ces impressions immédiates qui résultent du tempérament, dont ce que nous nommons le caractère est toujours la physionomie, ainsi que le dit Bichat ; cette physionomie n'a point de miroir qui la réfléchisse à ses propres yeux.

De telles dispositions affectives associant leurs produits inaperçus à l'exercice des sens et de la pensée , imprègnent toujours les choses ou les images de couleurs qui semblent leur être propres. C'est cette sorte de réfraction organique qui nous montre le monde externe ou interne, tantôt sous un aspect riant et gracieux, tantôt couvert d'un voile funèbre, qui nous fait trouver dans les mêmes objets, tantôt des motifs d'espérance et d'amour, tantôt des sujets de haïr et de craindre.

La volonté la plus énergique peut changer le cours des idées ou celui des sentiments, qui se lient à de telles affections , mais elle ne peut rien sur ce fond sensitif lui-même. Tout ce que peut l'agent moral le plus réfléchi , c'est d'étudier les variations de cette sensibilité intérieure dans ce qu'elles ont de plus saillant, de suivre leur marche jusque dans les affections et les chagrins , tantôt en se plaçant par rapport à eux-mêmes dans le point de vue d'un témoin compatissant, tantôt en envisageant de sangfroid l'ennemi intérieur , et en prenant un vol plus haut qui mette à l'abri de ses coups.

2 34 division DES PAU

DES SIGNES D'UN ÉTAT AI II CI II p&ffl da\S LE SOMMEIL.

Dans le sommeil ou l'inaction complète des sens externes, et même de l'organe central de l'imagination, les organes intérieurs prennent souvent un surcroît d'activité, qui fait prédominer les impressions immédiates dont ils sont les sièges, et convertit leurs impressions dans de véritables sensations animales. L'animal, en effet, est alors déterminé à divers actes ou mouvements très-coordonnés , qui se proportionnent nécessairement à la nature des affections qu'il éprouve, et sont, pour l'observateur étranger, des signes de ces dernières, pendant que le moi ou la personne absente ignore complètement ce que l'être sensitif seul fait ou éprouve : un tel état ne diffère guère sans doute de la simplicité native.

Lors même que le sens intime de l'imagination, excité par ces impressions qui lui parviennent durant le sommeil, entre sympathiquement en action, les images qu'il produit peuvent se succéder, se combiner de mille manières bizarres et n'en demeurent pas moins étrangères à la pensée. Le sentiment de personnalité identique, et, par suite, la forme du temps, la réminiscence, ne se joignent point à ces produits spontanés de l'affectibilité cérébrale.

C'est cette absence de sentiment personnel , et

aussi la suspension momentanée des conditions organiques particulières auxquelles il se lie, qui fait le véritable sommeil de l'être pensant ; car il n'y a de sommeil complet pour l'être sensitif que dans la mort absolue. Le principe qui entretient la vie et l'affectibilité dans les organes , veille sans cesse (active excubias agit); il parcourt ensemble ou successivement et dans un ordre déterminé par la nature ou les habitudes, toutes les parties de son domaine qui s'éveillent ainsi ou s'endorment tour à tour. Mais comme l'animal peut être assoupi dans la veille de certains organes partiels , l'animal peut s'éveiller aussi, pendant que la pensée et le moi sommeillent encore. Il ne serait peut-être pas impossible d'observer ces gradations , et , en les rapportant à leurs causes organiques , d'expliquer une partie des effets si surprenants du somnambulisme. Les phénomènes du sommeil étudiés, dans la manière successive dont ils s'enchaînent , l'engourdissement où tombent divers sens les uns après les autres, depuis l'instant où, la volonté cessant d'agir, l'aperception et la conscience cessent avec elle, jusqu'à celui où tous les organes extérieurs sont complètement endormis, et, dans un ordre inverse, depuis le réveil commencé dans chaque sens en particulier, jusqu'à ce que le moi redevienne présent à lui-même, par la plénitude des fonctions qui lui sont propres; la nature des songes qui sur-

a36 ni vision des faits

viennent dans le sommeil le plus profond ; les véritables produits de l'intelligence qui, perçant quelquefois dans ce vague obscur des images, leur impriment le caractère d'une réminiscence imparfaite (i) j tous ces phénomènes , dis-je, joints à l'observation de ce qui se passe d'une manière analogue

(1) Nous nous surprenons quelquefois , pendant la veille, dans certains états particuliers qui nous semblent se rapporter confusément à quelque mode antérieur de notre existence , quoique nous ne puissions les rallier par un acte exprès de réminiscence ; ce sont peut-être d'anciens songes reproduits dans la veille , par suite d'un état organique semblable à celui qui les détermina en premier lieu.

Toutes les fois que la force agissante du vouloir ou de la pensée n'a pris aucune part à une modification ou une image , celle-ci se trouve bien perdue à jamais pour le moi, et hors du souvenir proprement dit, quoiqu'elle puisse revivre dans le sens organique de l'imagination. En vertu de certaines lois périodiques, ce centre est souvent ramené dans le cercle des mêmes images ; et c'est ainsi que l'existence sensitive ou physique se compose d'une suite de modes transitoires ou d'états, dont l'un quelconque a sa raison suffisante dans celui qui le précède, en remontant par cette chaîne d'effets passifs jusqu'aux premiers développements du germe organisé. Mais ce sens intime nous permet-il de croire que les actes éclairés de la volonté et de l'intelligence soient toujours ainsi entraînés par ce fatum ?La volition ne saurait être entraînée dans aucune succession passive ; c'est au contraire quelque chose qui en rompt l'enchaînement (quod fati fœdera rumpit). C'est au surplus un phénomène psychologique bien remarquable que cette périodicité de certains modes affectifs; il en est que le printemps ramène infailliblement; d'autres reviennent avec l'été ; à chaque saison et peut-être à chaque heure du jour peuvent se trouver ainsi liées telles modifications ou images qui renaissent périodiquement les mêmes sans que nous puissions souvent nous en rendre compte. Grétry, dans ses Essais sur la musique , rappelle des observations assez curieuses sur ce sujet, qui a été également touché dans le Traite de l'habitude.

PSYCHOLOGIQUES ET PHYSIOLOGIQUES. 'l'a"]

dans divers états nerveux, léthargiques, cataleptiques, ou extatiques, lorsque leur invasion est aussi graduelle ou successive, me paraissent très-propres à faire ressortir le caractère simple de ces affections ou images, que Buffon appelle matérielles, et à faire pressentir un composé dans la perception, qui doit admettre un élément de plus.

AUTRES INDICES D'UN ETAT PUREMENT AFFECTIF DANS DES CAS D'ALIÉNATION MENTALE.

Quelle que soit la cause qui suspende la fonction perceptive dans ses conditions , ou son mobile propre , les impressions peuvent être reçues , l'animal peut être affecté et se mouvoir en conséquence; mais le moi n'y est pas; la conscience est enveloppée, et, tant qu'un pareil état dure, il est impossible d'y signaler aucun de ces caractères qui constituent pour nous l'être intelligent, doué d'aperception , de volonté, de pensée.

L'état d'idiotisme, par exemple, correspond à celui où le moi sommeille, pendant que les organes impressionnables ou simplement affectibles, étant éveillés, prennent même quelquefois , par la concentration de leur vie propre, un degré supérieur d'énergie.

L'étal de démence correspond encore à celui où le cerveau produit spontanément des images, tantôt

2*38 DIVISION DES IAITS

liées, PUIS souvent décousues, pendant qtu la pensée sommeille ou jette de temps en temps quelques éclairs passagers.

L'idiot vit et sent: sa vie se compose d'impressions nombreuses qu'il reçoit du dedans, du dehors et des mouvements qui se proportionnent à la nature de ces impressions; il parcourt, en un mot, le cercle entier de l'existence sensitive ; mais au-delà de ce cercle il n'y a plus rien; cet être dégénéré devient toutes ses modifications plutôt qu'il ne les perçoit; il n'y a pas de temps pour lui , la matière de la pensée existe, la forme manque.

Dans le maniaque avec délire, l'instrument principal des opérations intellectuelles se trouve complètement soustrait à cette force agissante et réflexive qui fait la personne. Les images y prennent d'elles-mêmes les divers caractères de persistance, de vivacité, de profondeur, que prennent les affections immédiates dans leurs sièges particuliers, par le seul effet des dispositions organiques. C'est là qu'on peut signaler les effets d'une correspondance sympathique, entre les organes internes et le cerveau, considéré comme siège de l'imagination passive; correspondance si clairement démontrée et si bien décrite, dans ses signes, par de grands observateurs.

Mais irons-nous chercher les signes , les caractères propres d'une division des phénomènes intel-

PSYCHOLOGIQUES ET PHYSIOLOGIQUES. 23o,

lectuels, dans un état qui exclut précisément la condition première et fondamentale de l'intelligence, je veux dire l'aperception , le conscium et compas sut (i)? Peut-on supposer l'exercice des facultés d'attention, de mémoire, de comparaison , de méditation, etc. , dans un être qui s'ignore actuellement lui-même, et qui est privé de la puissance réelle d'entendre des idées comme de vouloir des actes. Je sais bien qu'on peut transporter à l'état complet même de l'aliénation mentale , certaines facultés définies et caractérisées (en dedans de la sensation) sous les titres conventionnels d'attention , jugement, etc., comme l'a fait Condillac pour le fantome hypothétique qu'il a pris pour terme de ses analyses ; mais sont-ce bien là les opérations dont nous retrouvons le modèle intérieur et dont nous observons les idées singulières , en réfléchissant sur nous-mêmes? Est-ce à cette source que nous pouvons puiser la connaissance des faits primitifs?

SENSATIONS ANIMALES PARTICULIERES, OU PROPRES A DES ORGANES PARTICULIERS.

Les premières sensations, que Locke a mal à propos considérées comme idées simples et indécomposables, sont réellement composées de deux élé-

(1) Voyez le Traité sur l'aliénation mentale, par M. Pinel.

u/jO division DES FAITS

nients : les uns qui représentent ce qui est étranger ou extérieur au moi (à condition toutefois qu'il y ait un moi9 sujet constitué pour qui la représentation a lieu); les autres qui affectent purement la sensibilité intérieure et ne représentent rien au dehors ni au dedans.

La philosophie critique de Rant , en supposant que toute sensation se revêt primitivement et naturellement d'espace et de temps, qui sont les formes propres et inhérentes de la sensibilité, n'a fait aucune distinction entre les différentes espèces de sensations externes ou internes , ou entre les deux sortes d'éléments d'une seule sensation complète, qui se bornent tantôt à effectuer simplement sans représenter, tantôt à représenter sans effectuer, et d'autres fois à représenter et à effectuer en même temps.

On peut dire que l'espace est la forme de toute représentation externe, soit qu'il y ait un sujet de la représentation , ou que le moi n'y soit pas , comme il n'est point en effet dans la sensation purement animale, etc. Mais le temps ne peut pas être considéré comme une forme propre et inhérente à la sensation en général , ni à aucune de ses espèces particulières.

Pour pouvoir appliquer ici avec un peu de précision un terme si vaguement employé dans l'école d'Aristote, et rajeuni par le kantisme, il faudrait

UES ET PHYSIOLOGIQUES. ll\ I

st la propre forme du moi Inique le temps est la forme du son existence seule, commenit et finissant avec lui. Et vraii simple, ou sensation animale, onscience du moi individuel, la forme du temps, cisme est donc incomplète, éléments dont nous venons de >ont réunis et comme équilibrés complète , la partie purement xiène varie et disparaît bientôt î, comme les ténèbres devant la it que la perception demeure ! s'éclaircit et se perfectionne par on répétée s'obscurcit et se déane, au point de devenir insenailleurs toutes les causes géné- ;s qui peuvent modifier l'énergie le chaque partie de l'organisadifficulté de saisir et d'exprimer d'impression dont il s'agit. Tâ- ;n signaler les caractères et les *d dans les affections de chaque iculier»

l[\1 DIVISION DES FAITS

Page 1