‹ Œuvres philosophiques de Maine de BiranChapitre 14 sur 26 · IMPRESSIONS GÉNÉRALES AFFECTIVES DU TACT EXTKRNI.K · texte numérisé non relu

IMPRESSIONS GÉNÉRALES AFFECTIVES DU TACT EXTKRNI.K

Les impressions de cet ordre, qui se rapportent au tact extérieur, sont celles du chaud ou du froid, du sec, de l'humide, du poli ou du rude, et de plusieurs autres qualités sensibles, non aperçues ou non exprimées , qui tiennent au contact de corpuscules ou de fluides invisibles, qui agissent d'une manière insensible sur la surface extérieure des corps vivants. En faisant abstraction de l'effort musculaire, déployé parle sens du toucher proprement dit, dont nous parlerons plus tard, et de la résis^ tance proportionnelle des objets solides, ces impres* sions seraient par elles-mêmes dénuées de tout caractère de perception , et se borneraient à affecter généralement l'organisation vivante ou le principe sensitif, sans informer le moi de l'existence d'aucune cause ou objet étranger.

En considérant cet organe général du tact extérieur, sous le rapport spécial des impressions affectives immédiates dont il est le siège, nous trouvons que les affections qui tiennent à cette source sont bien plus nombreuses et plus variées qu'on ne peut le penser, et surtout que les ressources de nos langues, si pauvres en ce genre, ne permettent de l'exprimer.

C'est à elle qu'il faut rapporter une multitude

PSYCHOLOGIQUES ET PHYSIOLOGIQUES. ll\?>

d'influences sympathiques exercées par les corps ambiants sur les pores absorbants de la peau, et par celle-ci sur divers organes internes dont les fonctions, tantôt avivées, tantôt altérées, portent dans tout le corps animé un sentiment immédiat de bienêtre ou de gène, et une foule d'affections variables, non moins obscures en elles-mêmes que dans les causes ou agents externes à qui elles peuvent se rattacher.

De là, en partie, les variations successives que nous éprouvons dans le sentiment immédiat de l'existence, par les changements d'habitation, de climats, de saisons , de température. De là aussi l'effet subit qu'a, sur toute notre sensibilité, l'action de certains miasmes contagieux, principes cachés d'une foule de maladies, tantôt communiquées par le contact immédiat, tantôt transportées d'un lieu à un autre par l'entremise de ces fluides invisibles, qui établissent quelquefois une solidarité funeste entre les habitants des régions du globe les plus éloignées.

C'est peut-être aussi en partie dans des impressions obscures de cette espèce qu'il faut chercher la source de cette sympathie ou antipathie secrète exercée entre des individus qui s'attirent ou se repoussent au premier abord, suivant, peut-être, que leurs atmosphères vitales se trouvent en rapport ou en opposition dans leur contact réciproque.

a44 DIVISION DIS FAITS

N'est- il pas probable, en effet, et plusieurs phénomènes extraordinaires de ce genre ne tendraientils pas à faire croire qu'il existe , dans chaque organisation vivante, une puissance plus ou moins marquée d'agir au loin, ou d'influer hors d'elle dans une certaine sphère d'activité , semblable à ces atmosphères qui entourent les planètes ?

Sans insister plus longtemps sur ces phénomènes trop peu étudiés, et qui peuvent encore offrir à l'observation tant cle détails curieux et intéressants à recueillir, je ferai remarquer seulement, ici, que c'est à la physiologie, aidée en cela par la physique et la chimie perfectionnées, qu'il appartient directement d'enrichir ou d'étendre une branche de faits qui se rattache à la science des phénomènes de l'esprit et peut, jusqu'à un certain point, en éclairer ou compléter l'analyse.

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