‹ Œuvres philosophiques de Maine de BiranChapitre 15 sur 26 · AFFECTIONS DE L'ODORAT ET DU GOUT · texte numérisé non relu

AFFECTIONS DE L'ODORAT ET DU GOUT

Chaque sens externe se trouvant immédiatement subordonné, quant à l'ordre d'affections ou d'impressions immédiates dont nous parlons, au contact immédiat de l'objet ou du fluide avec lequel il est naturellement en rapport , on a pu , sous ce point de vue, très-partiel à la vérité, assimiler avec quelque fondement tous les sens externes à celui du toucher.

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En effet, cette espèce de tact passif, qu'il faut bien distinguer du toucher actif, se trouvant modifié d'une manière spéciale dans chaque organe particulier, devient d'abord le siège propre de la partie affective qui, n'étant qu'un élément ou un signe de la perception intellectuelle , peut constituer la sensation animale tout entière.

C'est ainsi que les sensations de l'odorat conservent toujours, même dans l'homme, le caractère affectif prédominant qu'elles ont dans leur source.

Les molécules odorantes ou sapides agissent , en effet, sur leurs organes respectifs par un véritable contact immédiat; elles semblent venir les chercher ou s'y appliquer en vertu d'une sorte de sympathie instinctive ou d'affinité de choix.

Bien différents des sens propres de la perception, qui sont mis en jeu , d'une part , par la volonté et excités de l'autre par des fluides interposés entre eux et les objets perçus, l'odorat et le goût reçoivent immédiatement l'impression des corpuscules matériels avec qui ils sont en rapport et qui leur parviennent dans cet état de division extrême , seul favorable aux combinaisons d'une sorte de chimie animale bien transcendante.

C'est par là aussi que les sensations de l'odorat et du goût ont pu surtout être considérées, avec raison , comme des modifications particulières du tact général de la peau, à qui les membranes mu-

llfi DIVISION DES FAITS

queusessont analogues. Ces trois organes sont liés, en effet, par le rapport commun des affections sympathiques dont ils sont respectivement les sièges.

On a déjà remarqué la sympathie intime qui lie l'odorat au sixième sens, et l'effet singulier d'excitation qu'ont, sur tout le système et par suite sur le sentiment général agréable ou pénible de l'existence, diverses impressions de cet organe. C'est par elle que s'exerce, dans la plupart des animaux, cette sympathie remarquable qui attache les mères à leurs petits, comme les petits à leur mère, qui fait que, dans la saison des amours , deux sexes différents se cherchent, se reconnaissent au loin et se précipitent l'un vers l'autre. Ici on ne saurait douter qu'il n'y ait un caractère spécial qui distingue les émanations animales, soit dans l'espèce, soit dans l'individu, caractère auquel ne se trompent jamais les animaux dont l'odorat est le plus fin. Il paraît même que cette atmosphère animale, dont nous parlions tout à l'heure, se trouvant modifiée suivant les passions particulières qu'éprouve l'être dont elle émane, l'instinct seul apprend aux animaux à reconnaître, par l'odorat, l'espèce de ces passions et à y approprier leurs actes.

Quant au sens du goût, on n'ignore point les sympathies directes qui le lient aux fonctions de tous les organes intérieurs et de l'estomac en particulier, dont il suit toutes les vicissitudes, tous les caprices. Les impressions intérieures de ce viscère, qui ap-

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pelle ou rebute les aliments, suivant qu'il en éprouve une affection générale de bien ou mal-être, se mêlent toujours plus ou moins aux sensations propres du goût, les altèrent, les dénaturent et contribuent à leur donner ce caractère d'impressions confuses inhérent à la multiplicité des éléments dont elles se composent.

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