‹ Œuvres philosophiques de Maine de BiranChapitre 2 sur 26 · IO DE L APERCEPTION · texte numérisé non relu

IO DE L APERCEPTION

la chose étendue et de Ja chose colorée, 011 sonore , ou odorante, alors qu'il n'y a plus rien qui soit hors de l'esprit ou qui ait quelque type réel au dehors ?

Mais, sous ce terme, on a pu comprendre une certaine collection de qualités, c'est-à-dire de forces ou de puissances invisibles , insensibles en ellesmêmes, quoique capables, par leur réunion, de faire sur nos sens externes des impressions de différentes espèces, et ces forces restent, ou sont censées rester , après que la substance matérielle a disparu ou qu'elle est détruite ; et nous concevons que , si ces forces élémentaires pouvaient se grouper de nouveau , de manière à reconstituer la même substance cire y ce serait encore là le sujet identique des mêmes attributs ou accidents qui leur étaient auparavant rapportés, etc. Il suivrait de là que c'est dans le sujet pensant seul qu'est le type ou le fondement de tout ce qui est conçu comme réel et proprement substantiel, même dans l'objet (car la notion de force est toute objective) ; que , au contraire , l'idée de la substance empruntée du dehors, et transportée au sujet, obscurcit et confond le caractère propre individuel et réel du sujet pensant, à qui on la transporte avec tout le cortège d'idées relatives au dehors, dont les habitudes des sens et les formes mêmes du langage ne permettent jamais de la dégager ou de la purifier complètement.

Vous dites en effet , avec saint Augustin et Descartes, que ce moi, qui aperçoit et s'affirme à luimême, par un jugement réfléchi, l'unité, l'identité, conçoit peut-être sa propre substance ou s'entend comme la chose pensante.

Vous mettez un sujet de doute, d'hypothèse ou d'obscurité à la place d'un fait primitif, évident par lui-même, premier dans son ordre, étranger à tout ce qui s'aperçoit ou se réfléchit au dedans, et audelà duquel il n'y a rien à demander. La preuve, c'est qu'en substituant l'expression de la chose pensante à la place duye, vous demandez encore vousmême quelle chose vous êtes, savoir si vous n'êtes pas une chose simple, un atome, un esprit subtil, comme celui qui regarderait en dehors pour se voir passer.

En effet, je ne puis m'en tendre moi-même, sous aucun nom , comme quelque chose que je perçois ou conçois hors de moi, sans dénaturer l'idée ou de cette chose ou de moi-même, ou sans faire, nominalement du moins , une assimilation illusoire, ou sans poser l'identité verbale plus décevante encore du sujet pensant avec un être pensé indéterminément.

Vainement donc , je promène mes regards et je cherche dans la nature quelque type de comparaison , pour mieux connaître que je suis ou ce que je suis. Si ma propre aperceplion ne m'instruit pas

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