III
les caractériser à part le moi ou la personne humaine.
En écartant cette inexactitude de langage qui annonce un premier défaut d'analyse, l'auteur me semble entrer dans le véritable principe de la distinction des sens internes, en déniant aux animaux l'esprit, l'entendement, et la mémoire ou la réminiscence, qui supposent nécessairement le moi. Nous verrons plus tard combien sa doctrine est fondée.
Sur ces points essentiels de doctrine et particulièrement sur ce qui a trait à la mémoire considérée comme le caractère essentiel de l'intelligence humaine, je ne pourrais exposer les idées de Buffon, et m'en déclarer le défenseur qu'en exposant et défendant mes propres idées ; il y a analogie complète. On aura assez d'occasions plus tard de vérifier l'analogie.
Quant à ce qui concerne l'homme double de Buffon , il est présent à chaque page de mes ouvrages, comme il ne peut cesser de l'être à la conscience.
« L'homme intérieur est double, il est composé de deux principes différents par leur nature, et contraires par leur action. L'âme, ce principe spirituel, ce principe de toute connaissance , est toujours en opposition avec cet autre principe animal et purement matériel : le premier est une lumière pure
qu'accompagnent le câline et la sérénité, une source salutaire dont émanent la science , la raison , la sasagesse ; l'autre est une fausse lueur qui ne brille que par la tempête et dans l'obscurité , un torrent impétueux qui roule et entraîne à sa suite les passions et les erreurs. »
Cette partie du Discours sur la nature des animaux me semble plus éloquente encore que philosophique, plus riche de couleurs que d'idées vraies et positives sur les principes de notre nature morale. Pour y entrer plus profondément , passons maintenant à une source plus haute ; interrogeons un philosophe qui apprend à l'homme comment il conçoit Dieu et lui-même; demandons-lui ce que l'homme doit penser de cette nature animale qui fait partie de la sienne, et qui ne la constitue pas ; car si elle la constituait, l'homme ne connaîtrait pas, ne jugerait pas l'animal.
Dans son Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même, ouvrage trop peu connu , et trop peu médité par ceux qui s'occupent des matières philosophiques, notre grand Bossuet a considéré de la hauteur de son génie, cette question des facultés animales.
Il a cherché à l'éclairer de cette lumière qui seule luit dans les ténèbres , et que les ténèbres ne sauraient comprendre.
Le dernier chapitre de l'ouvrage a pour titre : De la différence entre T homme et la bête.
2^6 DIVISION DES FATTS
Bossuet y examine pourquoi les hommes veulent donner du raisonnement aux animaux; il montre qxie les animaux n'apprennent rien véritablement de l'homme qui les dresse et les façonne.
Il résulte clairement de tout ce chapitre qu'on peut raisonnablement attribuer aux animaux les facultés sensitives , les passions qui sont en nous , comme tenant au corps, sans leur attribuer la pensée, l'intelligence et l'activité constitutives d'une nature plus haute.
« L'âme attachée à la vie sensuelle par où elle « commence , est par là captive du corps et des ob- « jets corporels, d'où lui viennent les voluptés et « les douleurs. — Elle croit n'avoir à chercher ni à « éviter que les corps, elle ne pense, pour ainsi dire, « que corps, et se mêlant tout à fait avec ce corps ce qu'elle anime, à la fin elle a peine à s'en distin- « guer. Enfin , elle s'oublie et se méconnaît elle- « même.
« Cette ressemblance des actions des bêtes aux « actions humaines, trompe les hommes ; ils veulent « à quelque prix que ce soit que les animaux rai- « sonnent, et tout ce qu'ils peuvent accorder à la « nature humaine , c'est d'avoir peut-être un peu « plus de raisonnement.
« Encore y en a-t-il qui trouvent que ce que nous « en avons de plus , ne sert qu'à nous inquiéter et « qu'à nous rendre plus malheureux. Ils s'estime-
PSYCHOLOGIQUES ET PPIYSIOLOGfQUES. 277
« raient plus tranquilles et plus heureux s'ils étaient « comme les bëtes. »
« C'est qu'en effet les hommes mettent ordinairement leur félicité dans les choses qui flattent leurs sens, et cela même les lie au corps, d'où dépendent les sensations. Ils voudraient se persuader qu'ils ne sont que corps, et ils envient la condition des bètes, qui n'ont que leur corps à soigner. Enfin , ils semblent vouloir élever les animaux jusqu'à euxmêmes , afin d'avoir droit de s'abaisser jusqu'aux animaux et de pouvoir vivre comme eux.
« Tous les raisonnements qu'on fait en faveur des animaux se réduisent à deux dont le premier, est : les animaux font toutes choses convenablement, aussi bien que l'homme; donc, ils raisonnent comme l'homme. Le second est : les animaux sont semblables aux hommes à l'extérieur, tant dans leurs organes que dans la plupart de leurs actions; donc, ils agissent par le même principe intérieur,et ils ont du raisonnement. »
« Le premier argument a un défaut manifeste. C'est autre chose de faire tout convenablement, autre chose de connaître la convenance. L'un convient non seulement aux animaux, mais à tout ce qui est dans l'univers; l'autre est le véritable effet du raisonnement et de l'intelligence.
« Il y a une raison qui subordonne les causes les unes aux autres, et cette raison fait que le plus
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grand poids emporte le moindre, qu'une pierre enfonce dans l'eau plutôt que du bois; qu'un arbre croît en un lieu plutôt qu'en un autre, et que chaque arbre tire de la terre, parmi une infinité de sucs , celui qui est propre pour le nourrir. Mais cette raison n'est pas dans toutes ces choses, elle est en celui qui les a faites et qui les a ordonnées. »
« Ceux qui trouvent que les animaux ont de la raison parce qu'ils prennent pour se nourrir et se bien porter les moyens convenables, devraient dire aussi que c'est par raisonnement que se fait la digestion : qu'il y a un principe de discernement qui sépare les excréments d'avec la bonne nourriture, et qui fait que l'estomac rejette souvent les viandes qui lui répugnent, pendant qu'il retient les autres pour les digérer.
« En un mot, toute la nature est pleine de convenanceset de disconvenances, de proportions et de disproportions , selon lesquelles les choses ou s'ajustent ensemble ou se repoussent l'une l'autre. Ce qui montre en effet que tout est fait par intelligence, mais non pas que tout soit intelligent. »
« Nous voyons les animaux émus comme nous par certains objets, où ils se portent, non moins que les hommes, par les moyens les plus convenables. C'est donc mal à propos que l'on compare leurs actions avec celles des plantes et des autres corps qui n'agissent point comme touchés de cer-
tains objets, mais comme des simples causes naturelles, dont l'effet ne dépend pas de la connaissance. »
« Mais il faudrait considérer que ces objets sont eux-mêmes des causes naturelles, qui, comme toutes les autres , font leurs effets par les moyens les plus convenables. »
« Car, qu'est-ce que les objets, si ce n'est les corps qui nous environnent, à qui la nature a préparé dans les animaux certains organes délicats, capables de recevoir et de porter au dedans du cerveau les moindres agitations du dehors? Nous avons vu que l'air agité agit sur l'oreille , les vapeurs des corps odoriférants sur les narines, les rayons du soleil sur les yeux, et ainsi du reste, aussi naturellement que le feu agit sur l'eau , et par une impression aussi réelle. »
« Et pour montrer combien il y a loin entre agir par l'impression des objets et agir par raisonnement , il ne faut que considérer ce qui se passe en nous-mêmes. »
« Cette considération nous fera remarquer dans les objets, premièrement, l'impression qu'ils font sur nos organes corporels; secondement, les sensations qui suivent immédiatement ces impressions; troisièmement, le raisonnement que nous faisons sur ces objets , et le choix que nous faisons de l'un plutôt que de l'autre. »
« Les deux premières choses se font en nous, avant que nous ayons fait la troisième, c'est-à-dire de raisonner. Notre chair a été percée et nous avons senti de la douleur avant que nous ayons réfléchi et raisonné sur ce qui nous vient d'arriver. Il en est de même de tous les autres objets. Mais quoique notre raison ne se mêle pas dans ces deux choses , c'est-à-dire, dans l'altération corporelle de l'organe, et dans la sensation qui s'excite immédiatement après , ces deux choses ne laissent pas de se faire convenablement, par la raison supérieure qui gouverne tout. »
« Qu'ainsi ne soit, nous n'avons qu'à considérer ce que la lumière fait dans notre œil , ce que l'air agité fait sur notre oreille, en un mot de quelle sorte le mouvement se communique depuis le dehors jusqu'au dedans, nous verrons qu'il n'y a rien de plus convenable ni de plus suivi. »
« Nous avons même observé que les objets disposent le corps de la manière qu'il faut, pour le mettre en état de les poursuivre ou de les fuir selon le besoin. »
« De là vient que nous devenons plus robustes dans la colère et plus vites dans la crainte, chose qui certainement a sa raison , mais une raison qui n'est point en nous. »
« En général , quand notre corps se situe de la manière la plus convenable à se soutenir ; quand ,
en tombant, nous éloignons naturellement la tête, et que nous parons le coup avec la main; quand, sans y penser, nous nous ajustons avec ces corps qui nous environnent de la manière la plus commode pour nous empêcher d'en être blessés, tout cela se fait convenablement, et ne se fait pas sans raison; mais nous avons vu que cette raison n'est pas la nôtre. »
« Il faut donc penser que les actions qui dépendent des objets et de la distribution des organes , s'achèveraient en nous naturellement comme d'ellesmêmes, s'il n'avait plu à Dieu de nous donner quelque chose de supérieur au corps et qui devait présider à ses mouvements. »
« Il a fallu pour cela que cette partie raisonnable pût contenir dans certaines bornes les mouvements corporels, et aussi les laisser aller quand il faudrait. »
« C'est ainsi que, dans une colère violente, la raison retient le corps, tout disposé à frapper par le rapide mouvement des esprits et prêt à lâcher le coup. »
« Otez le raisonnement, c'est-à-dire ôtez l'obstacle, l'objet nous entraînera et nous déterminera à frapper. »
« Il en serait de même de tous les autres mouvements , si la partie raisonnable ne se servait pas du pouvoir qu'elle a d'arrêter le corps. »
« Ainsi , loin que la raison fasse l'action , il ne faut que la retirer pour faire que l'objet l'emporte et achève le mouvement. »
« Je ne nie pas que la raison ne fasse souvent mouvoir le corps plus industrieusement qu'il ne ferait de lui-même ; mais il y a aussi des mouvements prompts, qui pour cela n'en sont pas moins justes et où la réflexion deviendrait embarrassante. »
« Ce sont de tels mouvements qu'il faut donner aux animaux, et ce qui fait, qu'en beaucoup de choses, ils agissent plus sûrement, ils adressent plus juste que nous, c'est qu'ils ne raisonnent pas ; c'est-à-dire, qu'ils n'agissent pas par une raison particulière, tardive et trompeuse , mais par la raison universelle , dont le coup est sûr. »
« Ainsi, pour montrer qu'ils raisonnent, il ne s'agit pas de prouver qu'ils se meuvent raisonnablement par rapport à certains objets, puisqu'on trouve cette convenance dans les mouvements les plus brusques 5 il faut prouver qu'ils entendent cette convenance et qu'ils la choisissent. »
« L'âme, élevée par la réflexion au-dessus du corps et au-dessus des objets, n'est point entraînée par leurs impressions et demeure libre et maîtresse des objets et d'elle-même. Ainsi, elle s'attache à ce qui lui plaît, et considère ce qu'elle veut pour s'en servir selon les fins qu'elle se propose. »
« Cette liberté va si loin , que l'âme s'y abandon-
nant sort quelquefois des limites que la raison lui prescrit, et ainsi parmi les mouvements qui diversifient en tant de manières la vie humaine , il faut compter les égarements et les fautes. »
« De là sont nées mille inventions. Les lois, les instructions, les récompenses, les châtiments et les autres moyens qu'on a inventés pour contenir ou pour redresser la liberté égarée. »
« Les animaux ne s'égarent pas en cette sorte; c'est pourquoi on ne les blâme jamais. On les frappe bien de nouveau, par la même raison qui fait qu'on retouche souvent à la corde qu'on veut monter sur un certain ton. Mais les blâmer ou se fâcher contre eux c'est comme quand, de colère, on rompt sa plume qui ne marque pas, ou qu'on jette à terre un couteau qui refuse de couper.
« Ainsi la nature humaine a une étendue en bien et en mal, qu'on ne trouve point dans la nature animale ; et c'est pourquoi les passions , dans les animaux, ont un effet plus simple et plus certain. Car les nôtres se compliquent par nos réflexions, et s'embarrassent mutuellement. Trop de vues , par exemple, mêleront la crainte avec la colère, ou la tristesse avec la joie; mais comme les animaux, qui n'ont point de réflexion , n'ont que les objets naturels, leurs mouvements sont moins détournés.
« Joint que l'âme, par sa liberté, est capable de s'opposer aux passions avec une telle force qu'elle
en empéehe l'effet. Ce qui étant une marque de raison dans l'homme, le contraire est une marque que les animaux n'ont point de raison. Car partout où la passion domine sans résistance, le corps et ses mouvements y font et peuvent tout, et ainsi la raison n'y peut pas être.
« Mais le grand pouvoir de la volonté sur le corps consiste dans ce prodigieux effet que nous avons remarqué, que l'homme est tellement maître de son corps qu'il peut même le sacrifier à un plus grand bien qu'il se propose. Se jeter au milieu des coups , et s'enfoncer dans les traits par une impétuosité aveugle, comme il arrive aux animaux, ne marque rien au-dessus du corps : car un verre se brise bien en tombant d'en haut de son propre poids; mais se déterminer à mourir avec connaissance et par raison , malgré toute la disposition du corps qui s'oppose à ce dessein, marque un principe supérieur au corps, et parmi tous les animaux l'homme est le seul où se trouve ce principe.
« La pensée d'Aristote est belle ici , que l'homme seul a la raison, parce que seul il peut vaincre et la nature et la coutume.
« C'est une méchante preuve de raisonnement que celle qu'on tire des organes, puisque nous avons vu si clairement combien il est impossible que le raisonnement y soit attaché et assujetti de lui-même.
« Ce qui fait raisonner l'homme n'est pas l'arrangement des organes, c'est un rayon et une image de l'esprit divin , c'est une impression non point des objets mais des vérités éternelles qui résident en Dieu comme dans leur source : de sorte que de vouloir voir les marques du raisonnement dans les organes , c'est chercher à mettre tout l'esprit dans le corps.
« Et il n'y a rien assurément de plus mauvais sens que de conclure, qu'à cause que Dieu nous a donné un corps semblable aux animaux, il ne nous a rien donné de meilleur qu'à eux. Car, sous les mêmes apparences, il a pu cacher divers trésors, et ainsi il en faut croire autre chose que les apparences.
« Ce n'est pas, en effet, par la nature ou par l'arrangement de nos organes que nous connaissons notre raisonnement. Nous le connaissons par expérience , en ce que nous nous sentons capables de réflexion; nous connaissons un pareil talent dans les hommes, nos semblables, parce que nous voyons, par mille preuves, et surtout par le langage, qu'ils 'pensent et qu'ils réfléchissent comme nous; et comme nous n'apercevons dans les animaux aucune marque de réflexion, nous devons conclure qu'il n'y a en eux aucune étincelle de raisonnement
« Après avoir prouvé que les. bêtes n'agissent point par raisonnement, examinons par quel principe on doit croire qu'elles agissent. Car il faut bien
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que Dieu ait mis quelque chose en elles pour les faire agir convenablement comme elles font et pour les pousser aux fins auxquelles il les a destinées. Cela s'appelle ordinairement instinct; mais comme il n'est pas bon de s'accoutumer à dire des mots qu'on n'entend pas, il faut voir ce qu'on peut entendre par celui-ci.
« Le mot d'instinct, en général, signifie impulsion. Il est opposé à choix, et on a raison de dire que les animaux agissent par impulsion plutôt que par choix.
« Mais qu'est-ce que cette impulsion et cet instinct? Il y a sur cela deux opinions qu'il est bon de rapporter en peu de paroles.
« La première veut que l'instinct des animaux soit un sentiment; la seconde n'y reconnaît autre chose qu'un mouvement semblable à celui des horloges et autres machines. Ce dernier sentiment est presque né dans nos jours. Car, quoique Diogène le cynique eût dit, au rapport de Plutarque, que les bêtes ne sentaient pas à cause de la grossièreté de leurs organes, il n'avait point eu de sectateurs. Du* temps de nos pères , un médecin espagnol a enseigné la même doctrine au siècle passé, sans être suivi, à ce qu'il parait, de qui que ce soit. Mais, depuis peu , M. Descartes a donné un peu plus de vogue à cette opinion, qu'il a aussi expliquée par de meilleurs principes que tous les autres.
« La première opinion qui donne le sentiment pour instinct remarque : i° que notre âme a deux parties, la sensitive et la raisonnable; elle remarque , 20 que puisque ces deux parties ont en nous des opérations si distinctes on peut les séparer entièrement, c'est-à-dire, que comme on comprend qu'il y a des substances purement intelligentes, comme sont les anges, il y en aura de purement sensitives, comme sont les bètes.
« Ils y mettent donc tout ce qu'il y a en nous qui ne raisonne pas, c'est-à-dire non seulement le corps et les organes mais encore les sensations , les imaginations, les passions, enfin tout ce qui suit les dispositions corporelles et qui est dominé par les objets.
« Mais , comme nos imaginations et nos passions ont souvent beaucoup de raisonnement mêlé, ils retranchent tout, cela aux bètes, et, en un mot, ils n'y mettent que ce qui se peut faire sans réflexion.
« Il est maintenant aisé de déterminer ce qui s'appelle instinct dans cette opinion; car en donnant aux bètes tout ce qu'il y a en nous de sensitif on leur donne par conséquent le plaisir et la douleur, les appétits ou les aversions qui les suivent; car tout cela ne dépend point du raisonnement.
« L'instinct des animaux ne sera donc autre chose que le plaisir et la douleur que la nature aura atta-
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chés en eux comme en nous, à certains objets et aux impressions qu'ils font dans le corps.
« Et il semble que le poète ait voulu expliquer cela lorsque, parlant des abeilles, il dit qu'elles ont soin de leurs petits, touchées par une certaine douceur.
« Ce sera donc par le plaisir et la douleur que Dieu poussera et incitera les animaux aux fins qu'il s'est préposées, car à ces deux sensations sont joints naturellement les appétits convenables.
« A ces appétits seront jointes par un ordre de la nature les actions extérieures, comme s'approcher ou s'éloigner; et c'est ainsi, disent-ils, que poussés par le sentiment d'une douleur violente, nous retirons promptement, et avant toute réflexion, notre main du feu.
« Et si la nature a pu attacher les mouvements extérieurs du corps à la volonté raisonnable, elle a pu aussi les attacher à ces appétits brutaux , dont nous venons de parler.
« Telle est la première opinion touchant l'instinct. Elle paraît d'autant plus vraisemblable qu'en donnant aux animaux le sentiment et ses suites, elle ne leur donne rien dont nous n'ayons l'expérience en nous-mêmes, et que d'ailleurs elle sauve parfaitement la dignité de la nature humaine en lui réservant le raisonnement.
« Saint Thomas et les autres docteurs de l'école
ne croient pas que l'âme soit spirituelle précisément pour être distincte du corps, ou pour être indivisible.
«Pour cela, il faut entendre ce qu'on appelle proprement spirituel.
« Spirituel, c'est immatériel ; et saint Thomas appelle immatériel ce qui, non seulement n'est pas matière, mais qui, de soi, est indépendant de la matière.
«Cela même, selon lui, est intellectuel; il n'y a que l'intelligence qui d'elle-même soit indépendante de la matière, et qui ne tienne à aucun organe corporel.
« Il n'y a donc proprement en nous d'opération spirituelle que l'opération intellectuelle. Les opérations sensitives ne s'appellent point de ce nom , parce qu'en effet nous les avons vues tout à fait assujetties à la matière et au corps. Elles servent la partie spirituelle, mais elles ne sont pas spirituelles, et aucun auteur, que je sache, ne leur a donné ce nom.
« Tous les philosophes, même les païens, ont distingué en l'homme deux parties , l'une raisonnable qu'ils appellent voG;, mens, en notre langue, esprit, intelligence; l'autre qu'ils appellent sensitive et irraisonnable,
« Ce que les philosophes païens ont appelé vouç, mens, partie raisonnable et intelligente, c'est à quoi