‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 100 sur 154 · CHAPITRE II, AT · texte numérisé non relu

CHAPITRE II, AT

paraisse très-inégale et très-peu conforme aux règles de l'équité, nous ne connaissons pourtant pas assez les attributs de Dieu pour pouvoir conelure de là la certitude d’une vie à venir. Mais cette opinion, non plus que les autres, n’a aucun principe.fixe ni aucun fondement solide. Car si la justice et la bonté ! ne sont pas en Dieu ce qu’elles sont dans nos idées, ce ne sont donc que des mots vides de sens que nous prononçons quand nous disons que Dieu est nécessairement bon et juste. Par la même raison, ne pourra-t-on pas dire que quand nous parlons de la connaissance de Dieu et de sa sagesse, nous n'avons aucune idée de ce que nous disons? Ainsi on renverse par là tous les fondements sur lesquels il est possible de s'assurer de quelque chose que ce soit, Ce qui fait voir qu’encore que ces gens-là fassent semblant de reconnaître les attributs moraux de la Divinité, ils les anéantissent en effet, et non-seulement les attributs moraux, mais aussi les attributs naturels qu’on peut facilement renverser en suivant la même méthode; de sorte qu’en raisonnant conséquemment, il se trouvera que cette troisième opinion, aussi bien que les autres, n’est au fond qu’un pur athéisme. |

4, Il y a enfin une autre espèce de déistes qui, supposé qu’ils croient réellement ce qu'ils disent, ont à tous égards des idées saines et justes de Dieu et de tous ses attributs. Ils font profession de croire l'existence d’un Être unique, éternel, infini, intelligent, tout-puissant et tout-sage, créateur, conservateur et- monarque souverain de l’univers. Ils confessent que cette cause suprême est un Être infiniment juste, bon et véritable, en un mot, un Être revêtu de toutes les autres perfections, tant morales que naturelles. Ils avouent qu'il a créé le monde en vue de manifester sa puissance et sa sagesse, et pour avoir lieu de faire part à ses

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créatures de sa bonté et de sa félicité : qu’il le conserve continuellement par sa sage providence, et qu’il le gouverne suivant les règles éternelles de la bonté, de la justice, de l'équité, de la miséricorde et de la vérité. Ils reconnaissent que, comme toutes les créatures raisonnables dépendent à tout moment de lui, elles sont obligées à cause de cela de l'adorer, de le servir et de lui obéir, de lui rendre grâces pour les biens dont il leur a donné la jouissance, et de lui présenter leurs supplications pour obtenir de lui les choses qui leur manquent. Ils conviennent que toutes les créatures doivent travailler, chacune à proportion des facultés que Dieu lui a données, à procurer le bien commun et la prospérité des lieux où la Providence les a placées, en suivant l'exemple et le modèle de la bonté divine, qui s'occupe in— cessamment à procurer le bien général de l'univers. Ils enseignent que l’homme en particulier est obligé de contribuer, autant qu’il est en lui, à la félicité de tout le genre humain, et que, dans cette vue, il doit agir envers les autres de la même manière qu'il souhaite que les autres agissent avec : lui en pareilles circonstances. Suivant cette règle, ils conviennent que l’homme doit obéir à ses supérieurs, et se soumettre à eux en tout ce qu’ils ordonnent de juste et de raisonnable, puisque de là dépend la conservation de la société, la paix et la félicité publique : qu’il doit être juste, honnête et sincère dans le commerce qu’il a avec ses égaux, observer autant qu'il est en lui les règles éternelles de la justice, et faire régner parmi les hommes une confiance, une amitié et une tendresse mutuelle; qu’il doit être doux, honnête, civil, charitable, affable à ses inférieurs, prompt à les assister dans leurs nécessités, et n’oublier rien pour entretenir la bienveillance et l’amour mutuel parmi les hommes, à l’imitation de Dieu lui-même, dont la bonté se répand sur toutes ses créatures, qu’il conserve toutes et à qui il fait continuellement du bien. Que pour ce qui le regarde lui-même personnellement, il doit faire son possible pour conserver l'être

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