CHAPITRE If, M
que Dieu lui a donné, autant de temps qu'il plaira à cet Être suprême qui lui a assigné son poste 1ci-bas; qu’il doit, par conséquent, régler ses passions et les tenir en bride, s’abstenir de toute débauche, et ne rien faire, en un mot, qui soit préjudiciable à sa vie, qui soit capable de troubler ses facultés et de le mettre hors d'état de s'acquitter de ses devoirs,
ou de le précipiter dans le crime et dans l’injustice. Ils tombent d’accord enfin que les hommes se rendent agréables ou désagréables à Dieu, à proportion de l’exactitude ou de la négligence qu'ils ont pour la pratique de ces devoirs, d’où ils concluent que Dieu, en sa qualité de souverain maître du monde, doit nécessairement donner aux uns et aux autres des marques de sa faveur ou de son indignation, soit dans la vie qui est à venir, et, puisque l'expérience montre que Dieu ne le fait pas dans cette vie, ils avouent qu'il faut qu’il y ait une vie future où les récompenses et les punitions soient distribuées à chacun selon ce qu’il aura fait dans le monde. Voilà, en peu de mots, quel est leur système ; mais il faut remarquer qu'ils ne font profession de croire ces vérités qu'autant qu'elles leur sont connues par les lumières naturelles, indépendamment de toute révélation divine qu'ils rejettent. Ce sont là, sans contredit, les seuls véritables déistes, et les seuls qui méritent qu’on entre en dispute avec eux pour les convaincre de la vérité de la religion chrétienne et de la conformité aux plus pures lumières de la droite
raison. Mais il y a tous les sujets du monde de croire que,
parmi les déistes modernes, il n’y en a que peu ou point de
cette dernière espèce; car la moindre attention aux consé-
quences de ses principes conduirait infailliblement des gens
tels que sont ceux que je viens de dépendre, à embrasser le christianisme. Convaincus, en effet, des devoirs de la re-
lhgion naturelle, persuadés de la certitude des peines et des récompenses de la vie à venir, et joignant à tout cela l’in-
suffisance des lumières naturelles pour Ja découverte de ces
importantes vérités, pourraient-ils s'empêcher de sentir la
nécessité d’une révélation divine ? Il est impossible que des gens ainsi faits ne souhaitent de tout leur cœur qu’il eût plu à Dieu de manifester aux hommes sa volonté d’une manière claire et proportionnée à la capacité d’un chacun. Il est impossible qu’ils ne souhaitent qu’il eût plu à Dieu de signifier aux hommes combien la repentance lui est agréable, et à quel point il est disposé à pardonner aux pécheurs qui se retournent vers lui. Il est impossible enfin qu'ils ne soupirent ‘ardemment après une connaissance plus expresse et plus claire de cette vie future que la raison leur permet d’espérer. [ls doivent donc avec ces dispositions être remplis d’une vive espérance de trouver, après un examen mûr et exact, que la révélation chrétienne tire son origine du ciel. Avant d’avoir examiné à fond si les choses qu’on débite sur le pied d’une révélation de Dieu viennent du ciel ou si elles n’en viennent point, ils doivent s’abstenir de les mépriser et de les tourner en ridicule. Ils doivent être disposés par avance à croire ce qu’on leur allègue en faveur d’une révélation qui tend à perfectionner la religion naturelle, à mettre en évi- .dence leurs grandes espérances et à certifier la vérité d’une vie à venir, où se fera la distribution des récompenses et des peines. Si cette révélation ne propose rien d’ailleurs qui ne soit digne de Dieu et qui ne soit très-compatible avec ses attributs, et si enfin elle a par devers elle des preuves raisonnables des faits sur lesquels elle s'appuie, ils doivent y ajouter foi, et reconnaître qu’elle a véritablement une origine céleste. Je pose en fait qu’un homme dont l'esprit et le cœur sont ainsi disposés, recevra sans peine la religion chrétienne, lorsqu'elle lui sera proposée dans la pureté et dans la simplicité de son origine, dégagée de toutes les corruptions et de toutes les inventions humaines. Qu'il lise les ‘discours et les exhortations du Sauveur du monde, tels qu’ils nous sont rapportés dans les Évangiles; qu'il lise les Actes des apôtres; qu'il examine avec attention leurs épitres, et qu’il dise ensuite en conscience s’il peut s’empé-
CHAPITRE IL. | 215 cher d’être frappé de l'évidence qui éclate dans la doctrine chrétienne, et s'il peut renoncer aux glorieuses espérances qu'elle lui donne d’une immortalité bienheureuse. J'avoue que ce petit nombre de philosophes païens qui ont connu les devoirs de la religion naturelle, qui en ont fait des leçons et qui les ont pris pour la règle de leur conduite, ont eu, autant que faire se pouvait, un système suivi de déisme, et ont mérité les titres glorieux de gens courageux et sages. Mais les choses sont maintenant sur un tout autre pied. Ce même système de déisme qui conduisait alors à espérer une révélation divine, n’a désormais rien de suivi, rien de lié, supposé la rejection du christianisme. Les déistes modernes, qui combattent opiniätrément la révélation qu’on leur présente et qui la rejettent, sont bien différents de Cicéron et de Socrate. Ce sont des gens qui, sous prétexte de déisme, ne cherchent visiblement qu’à répandre du ridicule sur tout ce qu'il y a de plus excellent même dans. la religion naturelle. Qu’on me donne un déiste dont l'esprit soit rempli des grandes idées de la majesté de Dieu, qui ait des idées justes et saines de tous ses attributs , qui soit vivement pénétré de la nécessité des devoirs auxquels il est.obligé envers l’auteur et le conservateur de son être. Qu'on m'en donne un qui mène une vie conforme à tous les devoirs que la religion naturelle lui prescrit, qui soit juste, sobre, tempérant, charitable, et qui donne à connaître, dans ses actions aussi bien que dans ses discours, qu’il croit fermement les récompenses et les peines de la vie à venir. Qu'on m'en donne un enfin qui cherche à s’instruire des fondements de notre croyance d’une manière sérieuse, sincère, respectueuse et sans partialité, qui examine à fond et avec un ardent désir de trouver la vérité, les preuves qui établissent la certitude de la religion chrétienne, considérée dans sa pureté. Qu'on me donne, dis-je, un déiste tel que celui que je viens de dépeindre, et je dirai hardiment de lui ce que le Seigneur
Jésus-Christ dit de l’homme de l'Évangile‘, « qu’il n’est pas loin « du royaume de Dieu, et qu’étant disposé à faire la volonté de. « Dieu, il connaïtra de sa doctrine, savoir, si elle est de Dieu.» Mais il y atout lieu de croire qu’il y a très-peu de déistes de cette trempe parmi les incrédules de nos jours, comme je l'ai déjà remarqué. Je sais bien qu’il y en a qui prétendent être dans le cas dont je viens de parler. Mais, hélas ! leurs‘chicanes triviales, qui reviennent éternellement, leur affectation de se moquer de tout et d'y chercher du ridicule avant que de l'avoir examiné, leur adresse à faire tomber le fort de leurs objections ou sur des coutumes particulières, ou sur des opinions singulières, ou sur la manière dont quelques-uns expliquent ces opinions au lieu de faire attention à l’assemblage de toutes les doctrines qui composent la religion chrétienne, comme ils devraient faire s'ils agissaient de droit pied ; leurs discours vains, sales et profanes, et surtout leur vie impure et vicieuse, tout cela, dis-je, découvre pleine ment qu’il y a dans leur fait bien plus que du simple déisme, que ce sont de purs athées, et, par conséquent, qu’ils ne peuvent être bons juges de la vérité de la religion chrétienne. Säils n'étaient que purs déistes, comme ils en font le sem— blant, leurs principes les nat à coup sûr à embrasser le christianisme, comme je l’ai déjà remarqué, et comme je le prouverai plus amplement dans la suite de ce discours. Mais avec les dispositions dans lésquelles ils se trouvent, 1ls ne peuvent pas manquer de anses dans le pur a
En un mot, je ne pense pas qu’il y ait maintenant ? aucun système de déisme qui puisse être suivi et lié. Celui des anciens philosophes païens dont je viens de parler, le seul qui
1 ue XII, 34. Jean, VII, 17.
« Jia fit, ut si ab illa: rerum summa, quan superius compréhendimus , PR omnis ratio intereat, etsad nihilum omnia revertantur, » LAGTANT., lib. VD
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CHAPITRE IL. 217 ait été tant soit peu raisonnable, ne l’est plus depuis la révélation de Notre-Seigneur Jésus-Christ, parce qu’il conduit les hommes directement à la foi chrétienne. Toutes les autres espèces de déisme vont de conséquence en conséquence se terminer, comme je l’ai fait voir, à l’athéisme tout pur. Tout homme qui refuse d’embrasser la doctrine chrétienne, et qui rejette les espérances de cette vie et de cette immortalité que le Sauveur du monde a mises en lumière par l'Évangile, ne peut désormais avoir aucune assurance certaine de l’immortalité de l'âme ni des peines et des récompenses de la vie à venir; car les difficultés et les objections qu’on peut faire contre ces premières doctrines tombent également sur les autres. Par la même raison, tout homme qui ne croit pas limmortalité de l’âme et les récompenses de la vie à venir, se trouvera court lorsqu'il s'agira de prouver les devoirs de la morale et les dogmes de la religion naturelle, quelque fondés qu'ils soient sur la religion et sur la nature même des choses. D’un autre côté, tout homme qui nie les devoirs de la morale et de la religion naturelle, ne saurait avoir aucune idée juste des attributs moraux de la Divinité, ni de la nature des choses et de leurs différences nécessaires. Enfin, ceux qui en sont venus jusque-là n’ont plus de principe fixe, et il ne leur reste aucun fondement sur lequel ils puissent appuyer la croyance de l'existence de Dieu et de ses attributs naturels; car, en niant les conséquences qui suivent de la supposition de son existence et de ses attributs naturels, ils nient en effet et ces attributs naturels et son existence. Au contraire, tout homme qui croit l’existence et les attributs naturels de Dieu, doit aussi croire nécessairement ses attributs moraux, comme je l’ai démontré dans mon premier discours. S'il reconnaît les attributs moraux de la Divinité, et s’il en a des idées saines et droites, 1l faudra aussi qu’il recon— naisse les devoirs de la toile et de la religion naturelle ; s’il reconnaît les devoirs de la morale et de la religion Sie relle, il faut nécessairement qu’il croie aussi les récompenses
et les peines de la vie à venir, pour donner du poids à ces devoirs et pour obliger efficacement les hommes à les pratiquer; s’il reconnaît enfin les devoirs de la religion naturelle et la certitude d'une autre vie où se fera la distribution des peines et des récompenses, je ne vois pas de quel droit il peut rejeter la religion chrétienne, lorsqu'elle lui est proposée dans sa pureté et sa simplicité originale. Puis donc que les arguments qui prouvent l'existence de Dieu et ses attributs ont une connexion si intime avec ceux qui prouvent la certitude de la révélation et sa conformité avec les plus pures lumières de la droite raison ; que les déistes modernes n'ayant plus ni principes fixes ni système suivi ne peuvent y opposer que de misérables chicanes, j'ai cru qu’il n’y avait point de meilleur moyen pour prévenir leurs mauvais desseins, et pour couper court à toutes leurs objections et à toutes tergiversations, que de me servir contre eux de la même méthode dont je me suis servi dans le discours précédent pour combattre les athées. Je vais donc, en Suivant cette méthode, établir la certitude de la religion chrétienne, et sa conformité avec les lumières de la droite raison. Je me servirai pour cela d’une chaîne suivie de propositions que j'espère de prouver d’une manière solide et capable de contenter et de convaincre toute personne raisonnable.