CHAPITRE II
son, ni de leur prééminence sur la plus vile de toutes les bêtes brutes. Quelquefois ils parlent magnifiquement de la sagesse de Dieu et de ses autres attributs naturels, mais, occupés perpétuellement à tourner en ridicule toutes les qualités humaines qui ont quelque ressemblance avec ces attributs, ils manifestent clairement qu’au fond ils ne croient pas qu’il v ait dans les choses aucune différence réelle, ni qu’une chose soit plus excellente que l’autre. Les railleries qu'ils font, et le ridicule qu’ils s’efforcent de répandre généralement sur tout, montrent assez que la sagesse, la bien— séance , la vertu, le mérite ne sont, dans leur idée, que des chimères. Ils ne paraissent faire aucun cas de ces facultés éminentes par lesquelles Dieu! « leur a donné plus de con- « naissance qu'aux bêtes de la terre, et les a rendus plus «entendus que les oiseaux des cieux. » En un mot ?, « toutes « les choses qui sont véritables, toutes les choses qui sont « vénérables, toutes les choses qui sont justes, toutes les « choses qui sont pures, toutes les choses qui sont aimables, « toutes les choses qui sont de bonne renommée, toutes les « choses enfin où il y a quelque vertu et quelque louange, » font le sujet perpétuel de leurs railleries. On les voit au contraire faire tous leurs efforts pour faire passer les choses les pius profanes, les plus malhonnêtes et les plus absurdes, pour des choses, ou innocentes, ou indifférentes. Ils se moquent de-ceux qui en ont honte et qui les abhorrent, et ils déploient toutes les forces de leur esprit pour en faire l'apologie. Tandis que ces gens-là, au lieu d’argumenter sérieusement, ne s’appliqueront qu'à répandre du ridicule sur tout, il n’y à pas moyen de raisonner avec eux; car il faudrait avoir bien du loisir pour s’amuser à réfuter des railleries par le raisonnement. Ce n’est pas qu'il y ait aucune force en tout cela, mais c’est qu’en joignant ensemble des images qui n’ont entre elles aucune connexion, ces faux
i Job, XXXV, 21.
2 Philip., LV, 8.
plaisants transgressent toutes les bornes du bon sens et de la religion. Par ce moyen, il n’y a rien à quoi on ne puisse donner un. air de ridicule, en le faisant paraître sous un habit déguisé. Avant d'entrer en dispute avec des gens de ce ca— ractère, il faut donc leur prouver premièrement les véritables principes de la raison. Après quoi il arrivera nécessairement de deux choses l’une, ou qu'ils se retrancheront dans le pur athéisme, ou qu’ils seront obligés de reconnaitre la justice et la nécessité des devoirs de la morale, de s’y soumettre , et de rétracter solennellement les profanations qu'ils ont vomies contre Dieu et contre la religion.
3. On trouve une troisième espèce de déistes, qui ont des idées justes et saines des attributs de Dieu et de sa providence , par laquelle il gouverne toutes choses, et qui, outre cela, ont aussi quelque connaissance de ses attributs moraux, C'est-à-dire que faisant profession de croire que Dieu est un être infiniment intelligent, infiniment puissant et infiniment sage, ils le croient aussi en un sens infiniment juste, bon et véritable. Il gouverne le monde, selon eux, d’une manière qui répond à ces perfections, et veut que toutes les créatures raisonnables lui obéissent. Mais, prévenus contre le dogme de l’immortalité des âmes humaines, ils s’imaginent qu’à la mort l’homme périt tout entier, qu’une génération succède perpétuellement à l’autre, et que celle qui une fois a quitté le monde n’y revient plus et cesse d’être, sans retour et sans espérance de renouvellement. Ils prétendent que les vertus de Dieu sont transcendantes, qu’elles ne peuvent point être renfermées dans la même catégorie que celles de l’homme, en un mot, qu’il n’y a rien d’univoque entre nos vertus et celles de Dieu, et, par conséquent, que nous ne pouvons pas juger de la bonté et de la justice de Dieu selon les idées que nous avons de ces vertus considérées dans l’homme, ni tirer des unes aux autres des conséquences certaines. De là ils concluent qu’encore que la distribution des biens et des maux de la vie présente nous