‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 104 sur 154 · CHAPITRE IN · texte numérisé non relu

CHAPITRE IN

tinction sont ou arbitraires et tyranniques * , ou frivoles et inutiles. Je ne vois point d'autre moyen d'éviter cette absurdité que de dire que les législateurs sages et prudents ont fait un triage parmi les choses de leur nature absolu— ment indifférentes, et ont donné force de loi à celles qu'ils ont cru devoir contribuer davantage au bien public. Mais en parlant ainsi on tombe dans une contradiction dans les termes mêmes. Car si le bien public du genre humain dépend de la pratique de certaines choses, et si les contraires aboutissent au détriment de la société, qui ne voit que ces choses , bien loin d’être de leur nature indifférentes , ont dû être bonnes, antécédemment à la promulgation des lois ; qu’en cette qualité il a été dans l’ordre de la raison que les hommes les observassent, et que ce n’est que pour cette seule raison qu’on a pu et qu’on a dù en faire des lois? Mais il faut remarquer ici que, par le bien public, il ne faut pas entendre l'intérêt de quelque nation particulière ?, au préjudice de tout le reste du genre humain; encore moins l'intérêt d’une ville ou d’une famille par opposition au reste de leurs voisins et de leurs concitoyens. Quand je parle des choses qui contribuent au bien public, j'entends celles qui contribuent au bien de tous les hommes en général, qui sont capables de procurer leur repos et leur félicité, ou qui pour le moins n’y sont pas contraires. Voici donc ce qu'il faut penser sur cette matière, et à quoi on doit s’en tenir. C’est qu’il y a des choses qui sont de leur nature bonnes, raisonnables et bienséantes ; telles sont l'exactitude à garder la foi promise et le soin d'accomplir les contrats et les traités légitimes. Le pouvoir obligatoire de ces devoirs ne

1 «Nam stoliditas inveniri quæ inanior potest, quam mala esse nulla contendere , et tanquam malos perdere et condemnare peccantes. » ARNOB., Contra gent. lib. IT. à

? « Qui autem civium rationem dicunt habendam externorum negant ; dirimunt hi Communem generis humani societatem; qua sublata justitia funditus tollitur. » Cic., de Offic., lib. HIT.

vient d'aucune autorité ni d'aucune loi; la loi ne fait que les expliquer, les confirmer, et leur donner un plus grand poids en menaçant de punir rigoureusemeut ceux qui ont l'audace de les enfreindre. S'il y a des choses qui sont bonnes de leur nature, il y en a d’autres au contraire qui sont tout à fait mauvaises ; telles sont le manque de foi, la violation des contrats et des traités légitimes, le massacre de ceux qui n’ont donné ni directement ni indirectement aucun sujet de les traiter d’une manière si barbare, et telles autres choses semblables. Il n’y a point de loi, point d’autorité qui puisse rendre ces choses bonnes, raisonnables et innocentes. Enfin il y én a d’autres qui sont indifférentes de leur nature, et celles-ci sont de deux ordres. Les unes qui sont indifférentes dans un sens restreint et absolu, c’est-à-dire que de quelque biais qu'on les envisage , elles ne peuvent ni être utiles au public, ni lui nuire, et par conséquent ce serait se moquer des gens que de faire des lois là-dessus. Les autres qui sont indifférentes parce qu’elles ont une influence si médiocre, si éloignée et si obscure sur le bien public, que le général des hommes n’est pas capable de discerner lequel des deux partis est le meilleur à prendre. L'autorité de la loi survenant, ces choses cessent d’être indifférentes et deviennent obligatoires, encore que la plupart des hommes soient embarrassés à deviner les raisons pourquoi elles ont été enjointes. Il faut mettre dans ce rang plusieurs lois pénales qui ont lieu dans de certains pays.

Je poursuis, et je dis que la principale chose qui favorise, ce semble, l'opinion de ceux qui refusent de reconnaître la distinction éternelle et naturelle entre le bien et le mal moral, c’est, d’un côté, l'extrême difficulté que l’on rencontre quelquefois à marquer les bornes précises qui séparent la vertu du vice; de l’autre, la diversité * d'opinions qu’on

Ta dë xa)d ai Ta dix, TEpi Ov à Ilokrixn oxonsirat, rosauray yet duapopay xai mAdvny dore Joxëty uévoy vduu elyar, pÜoe Oà pA. ARISTOT., Eth., lib. I, cap. T.

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