‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 106 sur 154 · CHAPITRE ILL · texte numérisé non relu

CHAPITRE ILL

rences, ces relations ne dépendent d’aucun établissement positif; elles sont fondées sur la raison et sur la nature des choses, et tirent leur origine des différences qui se trouvent entre les choses elles-mêmes. C’est la première branche de la proposition que j'ai entrepris de prouver.

2. Je dis, en second lieu, que ces relations ou proportions éternelies et immuables, avec les convenances qui en résultent absolument et nécessairement , sont connues pour telles par tout ce qu’il y a de créatures intelligentes, à la réserve de celles qui ont des idées fausses des choses, et dont l’entendement est, ou fort imparfait ou extrêmement dépravé. C'est sur cette connaissance des relations naturelles des choses et de leurs convenances nécessaires que la volonté de tous les êtres intelligents se gouverne constamment et qu’elle se détermine à agir, à moins que quelque intérêt particulier ou quelque passion dominante venant à la traverse, ne la séduise et ne l’entraïne dans le déréglement. À quoi j'ajoute que puisque les attributs naturels de la Divinité, tels que sont sa sagesse, Sa connaissance et sa puissance infinies, ne lui permettent pas de tomber dans aucune erreur, ni de se laisser entrainer dans aucune affection déraisonnable, il est clair que sa volonté doit être toujours et nécessairement déterminée à choisir le parti qui est, à tout prendre, le meilleur et le plus convenable, et à agir constamment d’une manière conforme aux règles éternelles de la bonté, de la justice et de la vérité. Il n’est pas nécessaire que je m’étende ici là-dessus, puisque j'ai prouvé tout cela distinctement dans mon premier discours, à l'endroit où j “ai parlé des attributs moraux de la Due

3. Je poursuis, et je dis que les mêmes raisons qui déterminent la volonté de Dieu et qui la portent toujours et nécessairement à agir conformément aux règles éternelles de la justice, de la bonté et de la vérité, doivent déterminer aussi la volonté de tous les êtres raisonnables subordonnés, et les obliger de conformer toutes leurs actions à ces règles. C'est

ce qui est de la dernière évidence; car, autant qu’il est impossible que Dieu puisse être trompé ou qu’il puisse devenir la dupe d'aucune affection mauvaise, est-il autant contraire à la raison et digne de blâme de voir une créature intelligente (à qui Dieu a donné la raison et la volonté, ces facultés éminentes qui la rendent en quelque manière semblable à Dieu, et qui la mettent en état de distinguer le bien d’avec le mal, de prendre l’un et de rejeter l’autre), de la voir, disje, tomber dans l'erreur par sa négligence, appeler le mal bien et le bien mal, ou se laisser entraîner volontairement au torrent de ses passions et de ses convoitises mauvaises, jusqu’à faire des choses qu’elle sait très-bien être contraires à l’ordre et à la bienséance. Ces deux choses, je veux dire l'erreur dans laquelle on tombe par négligence, et les passions injustes auxquelles on s’abandonne volontairement, sont les seules sources des actions contraires à la raison dans lesquelles une créature raisonnable tombe. De là vient qu’elle pèche contre les règles éternelles de la vérité, de la bonté et de la justice, Sans cela, il est certain que les mêmes relations et les mêmes convenances des choses ( dont l’excellence et la beauté intérieure est si grande que le Créateur, le maître souverain de lunivers, qui exerce un empire absolu sur tout ce qui existe, et qui n’est obligé de rendre raison à personne de ce qu’il fait, ne trouve pourtant pas que ce soit faire brèche à sa puissance que de les prendre pour la règle immuable de sa conduite dans le gouvernement de l’univers), il est certain, dis-je, que ces mêmes relations et ces mêmes convenances auraient sans cela encore plus de poids sur tous les êtres finis dépendants et sujets à reddition de compte, et qu’elles les détermineraient toujours et inévitablement à les prendre pour la règle de leurs actions; car, si vous considérez les choses telles qu’elles sont dans leur origine, il est aussi naturel , aussi nécessaire, moralement parlant, que la volonté se détermine dans chaque action, conformément à la droiture et à la raison, qu'il est naturel et nécessaire, ab-

Page 1