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| INTRODUCTION, XXII] « d'exister. C'est tout le contraire , l’existence est une «suite de la nécessité d'exister, c’est-à-dire qu'a priori «et dans l'ordre naturel la nécessité d'exister va devant «la supposition de l'existence. » Nous accordons sans peine le fond de cet argument; mais nous ne pouvons en goûter la forme. Il est très-vrai que le monde étant contingent, ne serait pas sans un être nécessaire; il est trèsvrai que nous ne percevons pas celui-là, sans concevoir aussitôt celui-ci. Mais ni d’une part, ni de l’autre, l’existence n’est séparée, soit dans la réalité , soit dans nos esprits, ici de la perception du contingent, là de la conception du nécessaire. C’est une analyse tardive, c'est une abstraction ultérieure qui distingue ces deux choses : la nécessité, considérée indépendamment de l'être nécessaire dans lequel elle est conçue, n’est rien qu’une idée abstraite que nous n’aurions pas si nous ne l’avions
prise de cet être; il en est de cela comme de la solidité, qui n’est rien sans le solide d’où nous l'avons tirée. Ces
abstractions sont assurément permises ; mais il est absurde de les employer enguite à prouver précisément l'existence des choses où nous jes avons puisées. D'abord, c’est un paralogisme; ensuite, il ne donne que l'existence abstraite, et point l'existence réelle. Tout ce qu’on a dit très-bien contre la théorie du jugement comparatif, s'applique ici av ecla plus parfaite rigueur.
Nous avons donné l'argument de Clarke sous sa forme la plus abrégée, tel qu'il le produit dans ses Lettres, c’està-dire en un temps où il était devenu maître de sa pensée, sous l'influence de ces contradictions toujours utiles aux systèmes, en ce qu’elles forcent les auteurs à s’en rendre un compte exact et à les amener au dernier point de ri-
XXI INTRODUCTION. gueur et de précision. On en trouvera le développement dans les premiers chapitres du Traité de (Existence de Dieu, et dans l’enchaïnement des propositions suivantes , qui y sont expliquées : 1°. quelque chose a existé de toute éternité, puisque quelque chose existe aujourd’hui; 2°. un Être indépendant et immuable a existé de toute éternité. Car le monde étant un assemblage de choses contingentes , Qui n’a pas en soi la raison de son existence , il faut que cette raison se trouve ailleurs, dans un être distingué de l’ensemble des choses produites, par conséquent indépendant, par conséquent immuable ; 3°. cet Être indépendant et immuable, qui a existé de toute éternité, existe aussi par lui-même. Car il ne peut être sorti du néant, et il n’a pas été produit par aucune cause externe. Si nous en jugeons bien, cette suite de théorèmes se réduit à une proposition très-simple et très-vraie : le contingent suppose le nécessaire ; le contingent existe, car nous le percevons, et nous-mêmes qui le percevons, nous avons le sentiment de notre contingence ; le nécessaire existe donc aussi. Ce n’est pas là argumenter & posteriori, mais bien « priort, ou plutôt ce n’est pas argumenter du tout, puisque ce n’est que traduire un jugement immédiat de la raison. Et, il faut le dire à son honneur, Clarke a souvent bien aperçu la simplicité du fait qu’il développait en forme de preuve : « L'idée d’un être qui existe nécessairement, dit-il, s'em- « pare de nos esprits, malgré que nous en ayons, et lors «même que nous nous efforcons de supposer qu’il n’y a «] point d’ être qui existe de cette manière... Et si on de- € mande maintenant quelle espèce d'idée c’est que celle « d’un être dont on ne saurait nier l existence sans tomber « dans une manifeste contr adiction ; je réponds que c’est
# INTRODUCTION. XXV «la première et la plus simple de toutes nos idées, une « idée qu ‘il ne nous est pas possible d’arracher de notre
« âme, et à laquelle nous ne saurions renoncer sans re-
« noncer tout à fait à la faculté de penser ‘. »
Jusqu'ici, on n’a vu dans le Traité de l'Existence de Dieu rien de bien original ni de bien profond, mais non plus rien de bien faux. C’est que nous n'avons point encore touché ce qui peut, à certains égards , être compté comme le point capital de cet écrit et de toute la philoso-
phie de Clarke : nous voulons parler de l'argument célè-
bre auquel son nom demeure attaché, qui est comme sa propriété et son titre philosophique, qui lui a particulièrement attiré les querelles de Leibniz, et par l'invention
* duquel il est surtout connu dans l’histoire; c’est l’argu-
ment tout nouveau qui conclut Dieu des idées de temps et d'espace. On peut, en prenant les dernières expressions de Clarke, l’exposer à peu près ainsi : « Nous concevons uu espace sans bornes, ainsi qu’une durée sans commencement ni fin. Or, ni la durée, ni l'espace ne sont des
substances, mais bien des propriétés , des attributs ; et
toute propriété est la propriété de quelque chose, tout attribut appartient à un sujet. Il y a donc un être réel,
nécessaire, infini, dont l’espace et le temps, nécessaires
et infinis, sont les propriétés, qui est le substratum ou le fondement de la durée et de l’espace. Cet être est Dieu *.
I s’en faut que Clarke l'ait proposé du premier coup sous cette forme ; il n'avait fait d’abord que l’insinuer en quel
que sorte, et, sans le détacher du corps de cette a
Four 5 Fr *
* Ajoutez à ces passages une ilique, selon nous trés-juste, de tar?
gument cartésien ; Traité de Tete de Dieu, ch. 4, p. 21,25. ? Voyez Lettres, p. 147, 148; 152, et passim. Es Re,
XXY) INTRODUCTION.
mentation dont la notion de nécessité fait les las, il
Ë ajoutait, comme en passant, à sa preuve pr incipale » pour ‘la fortifier et y suppléer auprès de ceux qu'elle aurait laissés incrédules, 11 avait parlé ainsi dans le quatrième chapitre du Traite de l'Existence de Dieu : « Je trouve, « quoi que je fasse, les idées de l’infinité et de l'éternité «si bien imprimées en mon âme, que je ne puis pas sup- « poser, sans tomber dans une contradiction dansles termes «mêmes, qu'il n’y a point d'êtres dans l'univers en qui « ces attributs soient nécessairement inhérents; car les « attributs ou les modes n’existent que par l'existence de « Ja substance dont ils sont les attributs et les modes. Or, « tout homme qui est capable de supposer qu'il n’y à dans « l'univers ni éternité, ni immensité, ct par conséquent € qu’il n’y a point de substance par l'existence de laquelle « ces attributs ou ces modes existent, pourra, s’il lui « plait, anéantir avec la même facilité la relation d'égalité «entre deux fois deux et quatre. » Un peu plus loin il ajoute : « Je fais voir que nous avons des idées, comme «celles de l'éternité et de l’immensité ; qu'il nous est abt solument impossible d’anéantir ou de bannir de notre
te « esprit ; idées qui doivent être, par conséquent , les at- : tributs d’un être nécessaire actuellement existant. » Assurément ces expressions sont claires; Clarke est cependant si loin encore de leur attribuer la valeur et l'autorité d’une preuve absolue , , qu'il ne se croit pas dispensé de démonrer plus loin ! l'éternité et l’immensité de Dieu, et cela, par l'idée de sa nécessité; ou plutôt, il pose ces deux notions ; celle de l'éternité et de l’immensité d’une part ;
Se
». Chap. 6.et 7,
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INTRODUCTION. XXVi]
et celle e la nécessité de Dieu de l’autre, comme contemporaines , et parce qu’elles s’impliquent mutuellement, il veut qu'on puisse aller indifféremment de celle-ci à celle-R ou de la première à la seconde, au moûis dans l’ordre d'exposition, sinon dans l’ordre de nature. « L'idée de -« J'éternité et celle de lexistence par soi-même, ont en- «tre elles une connexion si intime, que si vous posez « l'éternité d’un être mdépendant , qui n’a aucune cause
« extérieure de son existence, vous posez par le même . « moyen son existence par lui-même ; et si vous posez la
« nécessité d'un être existant par lui-même, vous établis- « sez aussi qu’il doit être nécessairement éternel, » Et plus bas : « L'idée de l'infinité ou de l’immensité, aussi bien «que celle de l’éternité , est si étroitement liée avec l’idée « de l’existence par soi-même, que qui pose lune pose « nécessairement l’autre. » Fort bien; mais l’immensité n'est point l’espace, ni l'éternité n’est pas le temps. Or, d’une part, Clarke substitue insensiblement ces derniers termes aux premiers; de l’autre, il articule avec une précision toujours plus rigoureuse , cette prétendue preuve, d’abord assez indécise , et dans son livre, et sans doute aussi dans son esprit. Il l'avait jetée là un peu au hasard;
on l'attaque sur ce point; il répond , et, dans.sa défense,
il est obligé de prendre tout à fait au sérieux ce qu'il avait dit presque à à l'aventure; le voilà dans l'alternative ou de
renier son langage, ou de donner aux termes qu'il a employés un sens et une portée qu’il n’avait pas d’abord
soupçonnés. Ajoutez que Clarke avait à cœur de soutenir
l'opinion, combattue en même temps que la sienne, de son
maître Newton , que l’espace est comme le sensortun de
Dieu. Et c’est ainsi que, lé éner gie de ME résistance se proz.
xxvii] INTRODUCTION. portionnant à la vivacité des attaques, et l'écrivain critiqué se passionnant d'autant plus pour sa doctrine qu’on la Jui conteste avec plus de force, la preuve de l'existence de Dieu par les idées de temps et d’espace devient un argument formel, une preuve de premier ordre, décisive à elle seule, le titre de Clarke, comme nous l’avons dit déjà, et un titre assez médiocrement glorieux.
Leibniz est le redoutable adversaire qui a poussé Clarke à cette extrémité, pour lui montrer ensuite le vide de son argumentation. Armé d’une dialectique impitoyable al commence par retirer à l'espace et à la durée le rang d'attributs de Dieu, puis celui d’êtres réels et distincts, indépendants des événements et du monde; il ne leur laisse enfin de place que dans nos esprits, dont il en fait une abstraction tout idéale, à peu près comme Kant en a fait plus tard une condition & priori, mais purement subjective, de l'expérience des phénomènes et des corps. I n’est pas de notre sujet d'apprécier les résultats positifs de cette critique ; mais nous en acceptons toute la partie négative, et c’est en la prenant sous notre responsabilité personnelle que nous en reproduirons ici, contre Clarke, les traits principaux *. 1e |
D'abord, ni l’espace ni la durée ne sont une propriété
de Dieu, L'espace a des parties, et Dieu est un; son unité
est l’unité parfaite, absolue , qui exclut non-seulement la
division actuelle, mais la division possible et mentale. Il
ne sert donc de rien de répondre, comme le fait Clarke, que l’espace infini n’est pas véritablement divisible ; tout
ce qu'on peut dire, c'est qu’il n’est pas divisé; c’est que
: Voyez Lelties entre Leibniz el Clarke.
: INTRODUCTION. XXIX ses parties ne sont point séparables et ne sauraient être éloignées les unes des autres par discerption. Mais séparables ou non, l’espace a des parties que l’on peut assigner, soit par le moyen des corps qui s’y trouvent, soit par les lignes ou les surfaces qu’on y peut mener. Prétendre que l’espace infini est sans parties, c’est prétendre que les espaces finis ne le composent point, et que l’espace infini pourrait subsister quand tous les espaces finis seraient réduits à rien. Voilà donc une étrange imagination que de dire que l’espace est une propriété de Dieu, c’est-à-dire qu'il entre dans l'essence de Dieu. L'espace a des parties, donc il y aurait des parties dans l’essence de Dieu; spectatum admissi, De plus, les espaces sont tantôt vides, tantôt remplis; donc il y aura dans l'essence de Dieu des parties tantôt vides, tantôt remplies , et par conséquent sujettes à un changement perpétuel. Les corps remplissant l'espace, rempliraient une partie de l’essence de Dieu, et y seraient commensurés ; et, dans la supposition du vide, une partie de l'essence de Dieu sera dans le récipient. Ce dieu à parties ressemblera fort au dieu stoïcien, qui était l’univers tout entier, considéré comme un animal divin. Et encore , limmensité de Dieu fait que Dieu est dans tous les espaces. Mais, si Dieu est dans l’espace, comment peuton dire que l’espace est en Dieu , ou qu'il est sa propriété ? On a bien oui dire que la propriété soit dans le sujet, mais on n’a jamais oui dire que le sujet soit dans sa propriété. Les mêmes choses peuvent être alléguées, et à plus forte raison contre la durée, propriété de Dieu; car non-seulement la durée est multiple, mais elle est de plus successive, et par conséquent incompatible avec limmutabilité divine ; tout ce qui existe du temps et de la dura-
> xx INTRODUCTION.
tion étant successif, périt continuellement; du temps, n'existent jamais que des instants, et l’instant n'est pas même une partie du temps.
En second lieu, l’espace et la durée ne sont point des êtres réels hors de Dieu, Car, si l’espace est une réalité absolue , bien loin d’être une propriété ou accidentalité -opposée à la substance , il sera plus subsistant que les substances. Dieu ne le saurait détruire, ni même changer en rien, Il est non-seulement immense dans le tout , mais encore immuable ct éternel en chaque partie. ILy aura donc une infinité de choses éternelles hors de D Et puis cette doctrine fait de l’espace la place de Dieu, en sorte que voilà une chose coéternelle à Dieu et indépendante de lui, et même de laquelle il dépendrait s’il a besoin de place. Il aura de même besoin du temps, s’il est dans le temps. D'ailleurs on dit que l’espace est une propriété; il vient d’être prouvé qu'il ne pouvait être la propriété de Dieu ; de quelle substance sera-t-il donc l’attribut, quand il y aura un vide borné entre deux corps? Vide, il sera un attribut sans sujet, une étendue d’aucun étendu. Enfin, mettre le monde dans un temps et dans un espace distincts du monde et indépendants de Dieu, c’est susciter cetté question à laquelle il sera toujours impossible de répondre : Pourquoi Dieu n’a-t-il pas créé l'univers plus tôt ou plus tard qu’il ne l’a fait? Pourquoi l’a-t-il placé dans tel coin de l'espace infini plutôt que dans tout autre? Si c’est sans raison, la sagesse de Dieu est en défaut, puisqu'il a choisi par un pur caprice l’époque et le lieu de la création; ct, de raison, il n’en peut avoir aucune, tous les points de cette durée et de cet espace uniformes étant indifférents et absolument indiscernables.
ne
INTRODUCTION, | ex " L'espace n’est donc ni une propriété de Dieu | ,li un.
être réel hors de Dieu; il ne peut pas être davantage une propriété des corps, puisque le même espace étant successivement occupé par plusieurs corps différents, ce serait une affection qui passerait de sujet en sujet, en sorte que les sujets quitteraient leurs accidents comme un habit, afin que d'autres s’en puissent revêtir. Il reste donc que l’espace , ainsi que la durée, soient quelque chose de purement idéal, à savoir : l’espace un ordre des coexistants, un € ï , de situation et de distance apprécié et calculé par la de ar de plusieurs coexistants à l’un d’entre eux pris comme terme commun de cette comparaison , variable d’ailleurs, et dont les changements sont encore estimés par la. variété successive des relations diverses de chacun des coexistants ou de tous à l’un d’entre eux, supposé ou reconnu fixe ; ce rapport, cette relation, cet ordre, d’abord saisis dans le concret et dans le réel , mais dégagés ensuite par P esprit, et envisagés comme l’ordre et la relation purement possibles des coexistences conçues elles-mêmes comme possibles , deviennent la notion d'espace qui n’est plus alors qu’une abstraction , savoir : la simple possibilité de mettre des corps possibles dans de certaines relations conçues ; et comme l’on conçoit la possibilité d’en mettre
ainsi sans fin et sans terme , l’espace est dit infini; au re-
oard de Dieu, il n’est, comme pour nous, qu'une pure possibilité dans les idées. Ce que l’espace est aux coexistants, la durée l’est aux successifs : elle est un ordre, une relation des successifs, relation perçue comme réelle dans la succession des événements réels, conçue comme idéale par la force de l’abstraction, et alors pure possibilité de concevoir des événements sans fin, Si donc il n’v avait point
XXXi) INTRODUCTION.
de créatures, il n’y aurait ni temps, ni lieux. C’est l’imagination qui réalise ces abstractions, c’est-à-dire ces chimères, else crée ainsi des idoles. Ce n’est pas à dire que Dieu ne soit ni éternel, ni immense; mais, dit très-bien Leibniz : « L'immensité de Dieu est indépendante de l’espace , « comme l'éternité de Dieu est indépendante du temps. « Elles portent seulement, à l'égard de ces deux ordres de « choses, que Dieu serait présent et coexistant à toutes les « choses qui existeraient, L'immensité et l'éternité de « Dieu sont quelque chose de plus éminent que la durée et « l’étendue des créatures, non-seulément par rapport à la «grandeur, mais encore par rapport à la nature de la « chose, Ces vérités ont été assez reconnues par les théo- « logiens et par les philosophes. »
Encore une fois, nous ne prétendons pas bat ni soutenir ces hardies conclusions de Leibniz; nous lui en laissons l'honneur ou la responsabilité : on ne décide pas, en quelques mots, de si épineuses questions. Encore Moins nous est-il permis de rapporter ici ce que Kant a ajouté, retranché ou modifié, soit à l'argumentation de Leibniz, soit à ses résultats théoriques. Nous affirmons seulement que cette argumentation établit, contre Clarke, décisivement et sans réplique, les propositions suivantes : 4°. autre chose est l’espace, autre chose l’immensité de Dieu ; autre chose est le temps, autre chose l'éternité divine ; 2, l’espace et le temps ne sont pas des êtres réels hors de Dieu; 3. ils ne sont pas surtout des attributs de Dieu. Dieu est immuable, donc il n’est pas dans le temps; Dieu est un, donc il n’est point dans l'espace.
À part la doctrine dont nous venons de livrer l’exposition et la critique, il n°v a rien, dans le Traité de l’Exus-
INTRODUCTION. “4 UT tence de Dieu et dans les autres écrits philosophiques de Clarke, qui ne fasse beaucoup d’honneur à sa sagesse et à son bon sens, mais rien non plus qui doive spécialement fixer notre attention. Il établit très-solidement, dans une suite de propositions bien enchaïînées, l’unité de Dieu, sa liberté, sa toute-puissance, son intelligence parfaite sa justice immuable. IF expose avec beaucoup de sens et de justesse les raisons de l’immortalité de l'âme. 11 plaide enfin, avec un incontestable succès, la cause de la liberté humaine contre Collins, se rencontrant avec Leibniz dans la réfutation de l’objection qui se tire de la prescience divine, réfutant beaucoup mieux que ce dernier la prétendue influence des motifs, montrant clairement, non-seulement la vérité du libre arbitre, mais encore Sa nécessité, et ce que l’être humain y gagne en dignité morale. Mais, sur tous ces points, 1l n’y à aucune obscurité qui appelle nos commentaires, aucune bizarrerie qui veuille être expliquée, aucune question enfin qui puisse nous suggérer des remarques de quelqüe intérêt.
Sa morale mérite peut-être cependant une mention particulière ; elle est inspirée de ce même esprit qui anime déjà sa Théochcée, et dirigée aussi contre la doctrine de Hobbes, contre cette apologie monstrueuse de l’égoïsme qui était, pour Hobbes, avec l’athéisme, une conséquence également nécessaire de ses principes métaphysiques. Clarke a parfaitement justifié le désintéressement posé comme un fait et prescrit comme un devoir ; il en pousse avec raison la défense jusqu’à dire que la loi morale serait également sacrée, également inviolable, alors même qu’il n’y aurait, pour les mauvaises et les bonnes actions, ni peines ni récompenses, ou présentes ou futures, C’est