CHAPITRE III
périeurs et des inférieurs dans leurs différentes relations ne sont pas tout à fait si sensibles, et que la proportion d'équité des uns envers les autres est un peu plus embrouillée ; cependant si l'on fait une sérieuse attention aux relations différentes que les hommes ont entre eux, l’on n'aura pas de peine à comprendre , sans autre règle que la règle générale qui porte qu'il faut faire à autrui ce que nous voudrions qui nous fût fait à nous-mêmes, ce que les supérieurs doivent à leurs inférieurs et ce que les inférieurs doivent à leurs supérieurs. Pour en avoir une idée juste il faut toujours, lorsqu'il s’agit de ce à quoi nous sommes obligés envers les autres, peser au juste et chaque circonstance de l’action , et chaque circonstance par où la personne diffère de nous ; et lorsqu'il est question des choses que nous souhaitons que les autres fassent pour nous, il faut avoir toujours devant les yeux ce que la pure raison nous dicte qu’ils nous doivent, et ne pas écouter les conseils que la passion ou l'intérêt propre nous donnent; pour éclaircir ma pensée par un exemple, l’équité demande que, lorsqu'il s’agit d’un criminel, le magistrat, sans faire attention aux mouvements que la crainte ou l’'amour-propre pourraient exciter en lui, supposé qu’il se trouvât dans le cas où est le criminel qui comparait devant lui, n’écoute que ce que la raison et le bien public demandent de lui dans la situation présente. Il n’y a qu’à observer la même méthode lorsqu'il s’agit des devoirs des pères et des enfants, des maîtres et des serviteurs, des princes et des sujets, des habitants d’un pays et des étrangers ; et l’on trouvera sans peine ce à quoi chacun est obligé par la règle de l’équité, et de quelle manière il doit se comporter suivant les différentes relations dans lesquelles il se trouve. C’est dans la pratique constante et uniforme de tous ces devoirs à quoi les hommes sont obligés les uns envers les autres, que consiste cette justice universelle qui est le comble et la perfection de la vertu. Cette justice dont les charmes sont si grands, selon Platon, que les hommes en seraient
enchantés !, s'ils pouvaient la contempler à découvert des yeux de la chair. Cette justice qui , si elle était mise exactement en pratique, ferait voir au monde la réalité des traits ingénieux dont les anciens poëtes se sont servis pour peindre l’âge d’or. Cette justice si belle et si aimable par elle-même, que ni les mouvements des corps célestes, dont la régularité et l'harmonie sont si admirables, ni la splendeur du soleil et des étoiles ne contribuent pas tant à la beauté et à l’ornement du monde visible, que la pratique universelle de cette noble vertu contribuerait sans difficulté à la gloire et au bonheur du monde intelligible et des créatures raisonnables ?, comme Aristote le dit très-élégamment. Cette justice enfin, si noble et si excellente en elle-même que les plus éclairés et les plus sages d’entre les hommes ont décidé authentiquement que ni la vie elle-même %, ni tout ce que le monde a de plus beau * et de plus ravissant , en un mot, que tous les avantages de la terre pris ensemble ne sont rien en comparaison de cet heureux penchant, de cette belle disposition de l’âme, de laquelle comme de sa source découle la pratique de la justice universelle ; au contraire l'injustice, la violence, la fraude, l’oppression, la confusion universelle du juste et de l’injuste, la négligence et le mépris des
Ÿ Astyods yäp y mapelyes ÉpoTas, EU TL TOLOÜTOY ÉXUTŸS ÉVAPYEÈS eiduw)oy mapeiyero. PLar., in Phæd.
« Quæ si oculis cerneretur, mirabiles amores, ut ait Plato, excitaret sui » Cic., de Offic., lib. I.
«Oculorum est in nobis sensus acerrimus, quibus sapientiam non cernimus ; quam illa ardentes amores excitaret sui, si videretur.» In., ibid. lib. II.
2 AT jLëy 00Y h OuxatosUyN, aperh pév cre rekstx* xai 000’ "Ecrepos 000" Ecios oùtw Oavuacréy. Eth., lib. V, cap. III.
? «Non enim mihi est vita mea utilior, quam animi talis affectio. neminem ut violem commodi mei gratia. » Cic., de Offic., lib. III.
À Kai ronapénay Êÿr, péyurroy pèy xaxdy Toy Evunäyra ypoyèy dfdyaroy dyTa, xai xerTapévoy mévra Tè eyomeva dyalà, mis durauochyns rûs rai apetñs Am %ons. PLar., de Leg., lib. TI.