‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 115 sur 154 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

de vices entassés les uns sur les autres, ont prodigieusement corrompu leurs affections naturelles , il n’y à point dobligation dont les hommes s’acquittent avec plus de plaisir et de satisfaction !. C’est un charme pour eux que de penser qu’ils ont fait le. plus grand bien qu’ils étaient capables de faire, qu’ils se sont en quelque manière rendus semblables à Dieu par la pratique de la bienveillance: universelle; qu’ils ont répondu à la fin pour laquelle ils ont. été créés, et rempli par conséquent les plus considérables et les plus sacrés devoirs que leur nature leur dicte. La considération de la: nature de l’homme nous fournit une seconde preuve de l’obligation qui nous est imposée de nous appliquer à la pratique de ce devoir ; car, outre cet amour-propre naturel, ce soin de sa propre conservation qui se trouve nécessairement dans tous les. hommes, et qui tient chez eux la première place, ils ont tous je ne sais quelle affection naturelle pour leurs enfants, pour leur postérité et pour tous ceux qui ont avec eux quelque relation de dépendance. Ils ont un penchant qui les porte à aimer ceux. qui leur sont unis par les liens du. sang ou de l'amitié. Et la: situation des hommes sur la terre: étant telle. qu'ils: ne sauraient vivre agréablement s’ilsse trouvaient bornés et resserrés chacun dans sa famille, ils sont portés par leur pente naturelle à augmenter leur société.et le commerce qu'ils ont les uns les autres, en:multipliant leurs affinités, en cultivant leurs amitiés par les bons offices qu'ils.se rendent les uns aux autres, et en établissant des sociétés par la communication du travail et des arts. C’est ainsi que de degré en degré les affections particulières

!-«Angusta-admodum est circa nostra tantummodo commoda lætitiæ materiä:; sed eadem erit amplissima, si aliorum omnium felicitas cordi nobis sit. Quippe hæc ad illam, eandem habebit proportionem, quam babet:immensa:beatitudo Dei; totiusque humani generis, ad:eurtam illam fictæ felicitatis supellectilem, quam uni homini, eique invido et malevolo, fortunæ. bona possint suppeditare, » CGuMBERLAND, ibid, pag. 214.

passent à des familles entières, qu’elles embrassent ensuite des villes et des nations entières, et qu’elles se répandent enfin sur toute la masse du genre humain *. Le grand fondement et l’âme de la société et du commerce que les hommes sont nécessairement obligés d’avoir les uns avec les autres, c’est l’amour mutuel et cette bienveillance universelle dont je parle. Il n’y a rien au contraire dans le monde qui trouble davantage le genre humain et interrompe si fort son bonheur, que le manque d'amour des hommes les uns envers les autres ; or puisque les hommes sont si fort enlacés les uns dans les autres, que sans les secours mutuels qu'ils se donnent il n’y a point de douceur, point de bonheur à espérer pour eux dans la vie, puisqu'ils ont été faits pour vivre en société et que la société leur est absolument nécessaire , puisque le seul moyen de former cette société et de la rendre durable après qu’elle est formée, c’est de s’aimer les uns les autres , et de ne pas s’écarter de cette bienveillance qu’ils se doivent réciproquement; et puis enfin, qu'à considérer les hommes en général ils sont tous au niveau les uns des autres, qu’ils ont tous les mêmes désirs et les mêmes nécessités, qu'ils ont tous besoin de s’entre-secourir les uns les autres, qu'ils sont également capables de jouir des avantages de la société ?; il est évident qu'il n’y a point d'homme que la loi de la nature et la pente naturelle de son âme ne doivent porter à se regarder * comme membre de ce corps universel, qui est composé de toute la masse

4 «In omni horesto nibil est tam illustre, nec quod latius pateat, quam conjunctio inter homines hominum, et quasi quædam societas et Communicatio utilitatum , et ipsa charitas generis humani, quæ nata a primo sata, quo a parentibus nati diliguntur — serpit sensim foras, cognationibus primum, deinde totius complexu gentis humanæ.» Cic., de Fin., lib. V.

# «Nihil est unum uni tam simile, tam par, quam omnes inter nosmetipsos sumus.» In., de Leg., lib.T.

# « Impellimur autem natura, ut prodesse velimus quamplurimis, » 1p., de Fin., lib. UT.

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