‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 117 sur 154 · CHAPITRE Ill · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ill

« sommes à l'égard de Dieu ce qu'est un esclave à l’égard « de son maître. Et qui est-ce d’entre nous qui ne croirait « avoir raison d’être fàché, si quelqu'un de ses esclaves se « tuait lui-même pour se soustraire à son service? Qui ne se « croirait en droit de le punir pour cet attentat, s’il en avait « le pouvoir? » Cicéron tient le même ‘langage : « Dieu, dit- «il', qui est notre souverain maïtre, nous défend de sortir « de ce monde sans son ordre. Et quoiqu'il n’y ait point « d'homme sage qui ne sorte avec joie de ces ténèbres pour « entrer dans la lumière de l’autre vie, toutes les fois que « Dieu lui en fournit une occasion favorable et juste, il se «-gardera pourtant bien de rompre sa prison, puisque les « lois le lui défendent, Il attendra pour en sortir qu’il plaise « à Dieu de l’en retirer, comme un prisonnier que le magis- « tra‘ ou quelque autre puissance légitime relâche. » « Il n’est « pas permis aux vieillards, dit-il dans un autre endroit, ni « d’être trop ardemment attachés à cette petite portion de «-vie qui leur reste, ni de s’en défaire sans cause. Pythagore « défend à l’homme d'abandonner son poste sans l’ordre du « général, c’est-à-dire de sortir de ce monde sans la permis- « sion de Dieu.» Ils’explique plus fortement et plus clairement encore dans un autre ouvrage. « À moins que Dieu, dit-il 5,

‘ « Vetat enimille dominans in nobis Deus, injussu hinc nos suo demigrare. Cum vero causam justam Deus ipse dederit, ne ille medius fidius vir sapiens, lætus ex his tenebris in lucem illam excesserit. Nec tamen illa vineula carceris ruperit; leges enim vetant : sed tanquam à magistratu, aut ab aliqua potestate legitima, sic a Deo evocatus atque emissus exierit. » Cic., Tusc. quest., lib. I.

? «Illud breve vitæ reliquum nec avide appetèndum senibus, nec sine causa deserendum est. Vetatque Pythagoras, injussu imperatoris, id est, Dei , de præsidio et statione decedere. » In,, de Senect.

3 «Ni enim Deus, istis te corporis custodiis liberaverit, huc tibi aditus patere non potest. Quare tibi et piis omnibus retinendus est animus in custodia corporis, nec injussu ejus, a quo ille est nobis datus, ex hominum vita migrandum est. Ne munus humanum assignatum a Deo defugisse videamini.» Crc., Somn. Scipionis. — Comp. Joserrr., jé Bello Judaico , lib. INT.

« dont tout ce que votre vue apercçoit est le temple, ne vous « tire lui-même de la prison de votre corps, l’entfée du ciel « vous est fermée. Il faut que toutes les personnes pieuses « sachent que leur âme doit demeurer dans la prison du « corps autant de temps qu’il plaira à Dieu qui la leur a « donnée, et qu’il ne leur est pas permis de sortir de la vie « sans ses ordres. Agir autrement, c’est abandonner le poste « que Dieu nous à assigné dans le genre humain. » Enfin, voici comme parle Arrien, un des plus excellents auteurs de l'antiquité *. « Attendez, dit-il, le bon plaisir de Dieu. Lors- « qu'il vous signifiera que sa volonté est que vous sortiez de « votre station, vous devez l’abandonner sans peine. En at- « tendant ne vous impatientez pas, demeurez dans le lieu « où il vous a placé. Attendez, et ne vous en allez pas hors « de propos et sans raison. » Les raisons que l’auteur de la Défense du Meurtre de soi-même a mises en avant pour affaiblir l'argument que je viens de proposer, et qu'il a fait imprimer à la tête du livre intitulé les Oracles de la Raison, sont si faibles et si puériles qu’il est aisé de voir que l’auteur lui-même qui les a proposées n’en était guère persuadé, et n’y pouvait pas faire grand fond. Il dit, par exemple, que la raison pourquoi une sentinelle ne peut pas quitter son poste sans l’ordre de son commandant, c’est parce qu’elle s’est mise volontairement dans le service. Mais qui lui a dit que Dieu n’a pas un pouvoir légitime de prescrire à ses créatures tout ce qu’il lui plaît sans les consulter et sans attendre leur consentement ? Il dit encore qu’il y a plusieurs voies de chercher la mort qui sont légitimes. Mais quoiqu'il soit très-vrai qu’un homme peut légitimement hasarder sa vie pour le service du public, il ne s’ensuit pas de là qu’il lui soit permis de se donner de gaîté de cœur la mort

1 'EydéExc0s Tèv Oedv Gray Exeivos camévn xa Üro)van dus Tadrns Tüs Unepesias" Tadrns Ünolvec0s mpès avTdy. Eri 0 To a4pôvtos dydsyeste Évouxodytes Tévrny Ty yopay els fiv Éxeluos duxs Ëtaëer. Meivars, un Goyiorms àané)ÿnres. Amriax., lib. 1.

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