‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 118 sur 154 · CHAPITRE - III · texte numérisé non relu

CHAPITRE - III

à lui-même, toutes les fois qu’il croit avoir quelque sujet de mécontentement. Mais il n’est pas nécessaire d’insister plus | longtemps là-dessus, puisque l’auteur lui-même s’est rétracté publiquement, et qu'il a eu la bonne foi de publier qu'il avait tort.

Je poursuis donc, et je dis que les mêmes raisons qui prouvent qu’un homme doit avoir soin de conserver sa vie, prouvent pareillement qu'il ne doit rien négliger pour tenir toujours ses facultés en bon état, c’est-à-dire qu’étant toujours en garde contre ses passions et ses convoitises, il ne doit rien oublier pour se tenir dans la situation d’esprit et de corps la plus propre pour la pratique des devoirs auxquels il est engagé. Car, comme il importe peu de savoir si un soldat a déserté de son poste, ou si à force de boire il s’est mis dans l'incapacité de le garder : ainsi il y a très-peu de différence, au moins pour ce temps-là, entre un homme qui s’ôte la vie et celui qui se met dans l’impuissance d’en remplir les devoirs nécessaires par son intempérance ou par quelque excès de passion. Ce n’est pas même tout : car l’intempérance et les passions déréglées ne mettent pas seulement un homme hors d'état de s’acquitter de ses devoirs, elles lui font donner tête baissée dans les crimes les plus énormes. En effet, 1l n’est point de violence, point d’injustice qu'un homme, à qui lintempérance ou la passion a fait perdre l’usage de la raison, ne soit capable de commettre. De sorte que toutes les raisons particulières qui portent les hommes à s’abstenir des crimes les plus énormes, les doivent porter aussi à réprimer leurs passions et à refréner leurs désirs. Quiconque néglige de le faire, est toujours dans un danger éminent de tomber dans toute sorte d’excès. J'avoue que de toutes les choses de la vie, il n’en est point de plus difficile que la conquête des passions et des convoitises mauvaises ; mais c’est une conquête qui est d’une absolue nécessité. C’est même ce que l’homme peut faire de plus glorieux

et de plus ‘ digne de lui. Enfin, les mêmes raisons qui nous obligent à ne pas abandonner de gaîté de cœur la vie, qui est le poste général que Dieu a assigné aux hommes, nous obligent aussi à nous acquitter avec soin et sans répugnance des devoirs attachés à la situation particulière dans laquelle la Providence nous a placés (quelle qu’elle puisse être), et au genre de vie dont nous avons fait choix. Nous devons regarder sans envie et sans murmure ceux que la Providence a élevés ici-bas à des postes plus éminents que ceux que nous occupons, et prendre garde que la trop grande ambition d'améliorer à l’avenir notre état, ne nous jette dans la négligence des devoirs de notre condition présente. Ce sont là les trois branches générales des devoirs de la morale ou de la religion naturelle. De ceux-là découlent tous les autres de moindre importance, et il n’est pas difficile de faire voir qu'ils en sont des conséquences naturelles.

5. J'ajoute que cette règle éternelle de justice, dont je viens de donner un petit abrégé, est la même chose que la droite raison par laquelle homme est distingué principalement des bêtes destituées d’intelligence. C’est cette « loi de « nature dont l'étendue est universelle et la durée éternelle » (comme Cicéron le dit avec beaucoup de solidité et d’élégance). Cette loi « qui ne peut être affaiblie par aucune « autre loi, à laquelle il n’est pas permis de déroger, et qui « ne peut être entièrement abrogée *. Cette loi qui est plus

1 Où pëvy dpu véxns Evexx méns rat dpopuy xal réy rououréiy Ero)paca aneyecbar.— Où dé uérepor raides àdvvarobor xxprepeiy, roÀU z%))}lovos Évexa vixns. PLar., de Leg., lib. VIENT. |

? « Est quidem vera lex, recta ratio naturæ congruens, diffusa in omnes, constans sempiterna, quæ vocet ad officium jubendo, vetando, a fraude detérreat.— Huic legi nec abrogari fas est, neque derogari ex hac aliquid licet, neque tota abrogari potest. Nec vero aut per senatum aut per populum solvi bac lege possumus, » Cic., de Rep., lib. 1. Fragment.

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