‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 119 sur 154 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

« ancienne que ni aucune loi écrite , ni aucun gouverne- « ment politique. Cette loi, que l'esprit humain n’a point in- « ventée, dont aucun peuple n’est l’auteur ?, mais qui est « éternelle, et à laquelle l'univers entier est soumis. Cette « loi qui a son fondement dans la nature des choses, qui n’a « pas commencé à être loi ;par la promulgation que les « hommes en ont faite, mais qui est aussi ancienne que « Dieu lui-même. De sorte que, supposé qu'à Rome il n’y eût « point eu de loi écrite contre ceux qui violent les femmes, « Tarquin n'aurait pas laissé de pécher contre cette loi éter- « nelle lorsqu'il viola Lucrèce 5. » Cette loi enfin, dont un moderne dit très-justement « qu’il n’y a pas plus d’unifor- « mité parmi les animaux dans le mouvement de leur cœur « et de leurs artères, et qu’il n’y à pas un plus grand accord « parmi les hommes dans le jugement qu’ils portent sur la « splendeur du soleil, qu'il y en a sur la bonté des règles « qu’elle prescrit. » J'avoue qu’il y a de certains cas embrouillés où les bornes précises du juste et de l’injuste ne sont pas fort faciles à déterminer, comme je l’ai remarqué ci-dessus. J’avoue qu’il y en a quelque peu d’autres dans lesquels certaines nations barbares ne s’accordent pas avec le reste du monde. On en voit en effet qui ont des lois et des

! «Lex quæ seculis omnibus ante nala est, quam scripta lex ulla aut quam omnino civitas constituta. » Cic., de Leg., lib. I.

? « Legem, neque hominum ingeniis excogitatam, neque scitum aliquod esse populorum, sed æternum quiddam, quod universum mundum regat. » In, ibid., lib. IL.

# « Nec si regnante Tarquinio, nulla erat Romæ scripta lex de stupris, idcirco non contra illam legem sempiternam Sextus Tarquinius vim Lucretiæ attulit. Erat enim ratio profecta a rerum natura, et ad recte faciendum impellens, et a delicto avocans : qua non tum denique incipit lex esse, cum scripta est, sed tum cum orta est, Orta autem simul est cum mente divina. » In., ébid., lib. IT.

“ « In judicio de bonitate harum rerum, æque omnes ubique conveniunt, ac omnia animalia in motu cordis et arteriarum pulsu, aut omnes homines in opinione de nivis candore et splendore solis. » CUMBERL., dé Leg. nalur., pag. 167.

coutumes contraires les unes aux autres. Cette variété de lois et de coutumes a fourni à quelques-uns la matière d’une objection contre la distinction naturelle entre le bien et le mal moral; mais cette objection est la faiblesse même : car il ny a rien dans cette diversité « qui renverse le consentement « universel du genre humain sur la nature du bien en géné- « ral !. Ilen est tout comme de la variété des traits du vi- « sage qui n'empêche pas que les hommes en général ne se « ressemblent tous. » Quelque différence en effet que lon trouve dans les lois de quelques nations particulières, elles ne laissent pas de s’accorder toutes dans l’essentiel. « Il n’y «a point de nation qui n’ait reconnu qu'il fallait aimer, « Dieu. Il n’y en à point qui n’ait cru qu'il est nécessaire « d’avoir de la reconnaissance pour ceux qui nous ont mis «au monde et pour ceux qui nous ont fait du bien. Il n’y a «point de diversité de tempérament qui empêche que les « hommes ne s’accordent à croire qu’on fait une bonne ac- « tion lorsqu'on conserve les biens, les membres et la liberté « d’une personne innocente, etc. » C’est outre cela cette loi naturelle qui, ayant son fondement dans la raison éternelle des choses, est aussi immuable que les vérités mathémati—

* « Hoc tamen non magis tollit consensum hominum de generali natura boni,— quam levis vultuum diversitas tollit convenientiam inter homines in Communi kominum definitione, aut similitudinem inter eos in partium principalium conformatione et usu. Nulla gens est, quæ non sentiat actus Deum diligendi. — Nulla gens non sentit gratitudinem erga parentes et benefactores toti humano generi salutarem esse. Nulla temperamentorum diversitas facit ut quisquam non bonum sentiat esse universis, ut singulorum innocentium vitæ, membra, et libertas conserventur.» CumBerL., de Leg. nat., pag. 166.

Hobbes parle à peu près sur le même ton, quoiqu'en parlant ainsi il s’écarte de ses principes. « Neque enim , » dit-il, «an honorifice de Deo sentiendum sit, neque an sit amandus, timendus, colendus dubitari potest. Sunt enim hæc religionum per omnes gentes communia — Deum eo ipso quod homines fecerit rationales, hoc illis præcepisse, et cordibus omnium inscripsisse, ne quisquam cuiquam faceret, quod alium sibi facere iniquam duceret.» Hors, de Hom., Cap. 14.

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