‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 120 sur 154 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

ques où arithmétiques, que la lumière et les ténèbres, que le doux et l’amer, que, le bien et le mal physique. « L’obser- « vation de cette loi est en elle-même digne de louange, « quand bien même personne ne la louerait. » Il est aussi absurde de supposer qu’elle dépend de l’opinion des hommes et des coutumes des nations, et que ce qui porte le nom de vertu parmi les hommes est une affaire de pure imagination et de mode, « qu’il est absurde de dire que la fécondité d’un « arbre ou la force d’un cheval ? ne sont pas des choses « réelles, qu’elles n’existent que dans l'opinion de ceux qui «en jugent. » En un mot, si cette loi tirait son origine des hommes, si c'était à eux qu’elle dût toute son autorité, ets’il était en leur pouvoir de la changer comme bon leur semble, qui ne voit que tous les ordres des plus cruels tyrans seraient aussi légitimes et aussi justes * que les lois qui passent dans le monde pour les plus sages ? « En ce cas, le « meurtre, le vol de grand chemin, l’adultère, la supposition « de faux testaments et de faux contrats pourraient devenir « légitimes par l'approbation d’une folle multitude. Si les « suffrages et les lois d’une foule insensée ont tant de pou- «voir, dit admirablement bien Cicéron 4, qu’elle puisse

1 « Quod vere dicimus, etiamsi a nullo laudetur, laudabile esse natura. » Cic., de Offie., lib. I.

2 « Hæc autem in opinione existimare, non in natura ponere, dementis est. Nam nec arboris nec equi virtus , in opinione sua est, sed in natura.» In., de Leg., lib. I.

3 «Jam vero stultissimum illud, existimare omnia justa esse, quæ scita sint in populorum institutis aut legibus. Etiamne si quæ sunt tyrannorum leges, si triginta illi Athenis leges imposuisse voluissent, aut si omnes Athenienses delectarentur tyrannicis legibus, num idcirco hæ leges justæ haberentur ? » In., &bid., lib. I.

“ « Quod si populorum jussis, si principum decretis, si sententiis judicum, jura constituerentur ; jus esset latrocinari, jus adulterare, jus testamenta falsa supponere, si hæc suffragiis aut scitis multitudinis probarentur. Quæ si tanta potentia est stultorum sententiis atque jussis, ut eorum suffragiis rerum natura vertatur; Cur non sanciunt, ut quæ mala perniciosaque sunt habeantur pro bonis et salutaribus? aut cur,

« changer à son bon plaisir la nature des choses, d’où vient « que les hommes n’ont pas fait une loi qui ordonne que ce « qui est mauvais et contraire à la santé devienne à l’ave- « nir bon et salutaire? D'où vient qu'ayant le pouvoir de « rendre juste ce qui était injuste, ils n’ont pas aussi celui « de faire que ce qui est mauvais devienne bon ? »

6. Je poursuis , et je dis que cette loi naturelle, qui est supérieure à toute autorité humiaine et qui en est indépendante, oblige aussi antécédemment ! à la déclaration positive que Dieu a faite que c'était sa volonté , et au commandement exprès qu'il a donné aux hommes de s’y conformer. Car, comme l’addition de certains nombres compose nécessairement une certaine somme, et comme certaines opérations géométriques et mécaniques donnent constamment la solution de certains problèmes et de certaines propositions *, ainsi en matière de morale: il y a de certaines relations des choses qui sont nécessaires et immuables , et qui bien loin de devoir leur origine à un établissement positif et arbitraire, sont de leur nature d’une nécessité éternelle. Par exemple , comme en fait de sens, «une chose n’est pas vi- « sible parce qu’on la voit, mais on la voit parce qu’elle est « visible ; ainsi en matière de morale ©, les choses ne sont

cum jus ex injuria lex facere possit, bonum eadem facere non possit ? » Crc., de Leg., lib. I. |

1 « Virtutis et viliorum, sine ulla divina ratione, grave ipsius conscientiæ pondus est.» Ip., de Nat. Deor., lib. II.

? « Denique ne quis obligationem legum naturalium, arbitrariam et mutabilem a nobis fingi suspicetur, hoë adjiciendum censui; virtutum exercitium habere rationem medii necessarii ad finem (seposita consideratione imperii divini) manente rerum natura tali qualis nunc est. Hoc autem intelligo, uti plerique omnes agnoscunt, additionem duarum unitatum duabus prius positis necessario constituere numerum quaternarium ; aut uti praxes geometricæ et mechanicæ problemata proposita solvunt immutabiliter ; adeo ut nec sapientia, nec voluntas divina cogitari possit quicquam in contrarium constiluere posse.» CUMLER,., de Leg. nal., page 231.

5 PLar., in Eutyphr

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