CHAPITRE lil
« pas bonnes et saintes parce qu’elles sont commandées, « mais Dieu les a commandées parce qu'elles sont bonnes « et saintes. » J'avoue que l'existence de ces choses, dont nous examinons les proportions et les relations , dépend entièrement de la volonté libre et du bon plaisir de Dieu, qui peut créer des êtres et les anéantir quand il lui plaît. Mais quand une fois les choses sont créées, tandis que Dieu trouve à propos de leur laisser l’existence qu’il leur a donnée , les proportions qu’elles ont entre elles ( qui sont d’une éternelle nécessité considérées dans un sens abstrait) Sont aussi absolument invariables en elles-mêmes. De là vient que Dieu lui-même, tout élevé qu'il est au-dessus de tout ce qui existe, en possession de donner la loi à tout l’univers et de ne la recevoir de personne , ne dédaigne pourtant pas de suivre la règle de l'équité et de la bonté , et d'y conformer tout ce qu’il fait dans le gouvernement du monde ‘. Il en appelle même quelquefois aux hommes, et il soumet en quelque manière à leur jugement la rectitude et la justice de ses actions. (Ezech. XVIIL.) Les perfections infinies de sa nature le mettent dans une espèce de nécessité, comme je l'ai déjà prouvé, d’avoir cette loi perpétuellement devant les yeux. C'est même dans les règles de cette loi éternelle , et non pas dans sa puissance infinie, qu’il faut chercher le véritable fondement de l'empire qu’il exerce sur les ouvrages de ses mains, comme un savant prélat anglais l’a parfaitement bien prouvé ?. Or, les mêmes raisons qui portent Dieu, tout
1 KaË” nas yap à avrn àperA ÉcTL TOY MaAxapioy TÉVTOY dote Ad à adrn apata &wOporov xat Osod. Onicex., contra Celsum., lib. LV.
3 « Dictamina divini intellectus sanciuntur in leges apud ipsum valituras, per immutabilitatem suarum perfectionum. » Cumsert., de Leg. nal., pag. 343. |
« Soleham ipse quidem, cum aliis plurimis, antequam dominii jurisque omnis originem universaliter et distincte Considerassem, dominium Dei, in creationem, velut integram ejus originem, resolvere. Veram, etc.—in hanc tandem concessi sententiam, dominium Dei esse jus vel potestatem ei à sua sapientia et bonitate, velut a lege, datam ad
indépendant qu’il est, à conformer toutes ses actions à la rè— gle éternelle de la justice et de la bonté, doivent porter aussi toutes les créatures intelligentes à prendre cette règle pour le modèle de leur conduite, chacune dans la situation où elle se trouve placée, quand bien même on supposerait que Dieu n’aurait donné aucun précepte positif pour signi— fier aux hommes que cette règle s'accorde avec sa volonté. Preuve de cela, c’est qu’il s’est trouvé des gens dans tous les siècles du paganisme qui ont eu de grands sentiments de droiture, et qui ont été pleinement persuadés de l'immutabilité de plusieurs devoirs de la morale, quoique, faute d’une bonne philosophie, ils eussent des idées obscures et fausses des attributs de Dieu , et que leur erreur en ce point ne leur permiît pas de parvenir à une connaissance claire et certaine de sa volonté. Mais cette observation qui, dans un discours comme celui-ci, doit nécessairement trouver sa place, ne peut pas être d’un grand usage à des gens pleinement persuadés comme nous sommes que tous les devoirs de la morale, éternels et immuables par eux-mêmes , ont outre cela été prescrits aux hommes par une loi expresse et positive. C’est ce que nous examinerons plus particulièrement en son lieu. |
7. Enfin, je dis que cette loi naturelle est pleinement obligatoire, antécédemment à toute vue de récompense ou
regimen eorum omnium quæ ab ipso unquam creatæ fuerint vel creabuntur.— Nec poterit quisquam merito conqueri, dominium Dei intra nimis angustos limites hac explicatione coerceri ; qua hoc unum dicitur, illius nullam partem consistere in potestate quicquam faciendi contra finem optimum, bonum commune.» In., ibid., pag. 345, 346.
« Contra autem, Hobbiana resolutio domini divini in potentiam ejus irresistibilem adeo aperte ducit ad , etc., ut mihi dubium non sit illud ab eo fictum esse, Deoque attributum, in eum tantum finem, ut juri suo omnium in omnia patrocinaretur. » In., ibid., page 344.
« Nos e contrario, fontem indicavimus, ex quo demonstrari potest, justitiam universalem, omnemque adeo virtutem moralem, quæ in rectore requiritur, in Deo præ cæteris refulgere, eadem plane methodo, qua homines ad eas excolendas obligari ostendemus. » In., ébid., p. 347.
CHAPITRE LIL. 265 de punition personnelle, soit que cette récompense et cette punition soient des conséquences naturelles du soin qu’on prend d'observer cette loi, ou de la négligence qu’on a pour elle, soit qu’elles y aient été annexées en vertu d’un règlement positif. C’est encore ici une vérité très-évidente ; car si le bien et le mal, le juste et l’injuste , la convenance ou la disconvenance de certaines actions sont des choses , comme je l’ai fait voir ci-dessus, qui ont leur fondement dans la nature même, et cela originairement, éternellement et nécessairement , il est clair que la vue des peines et des récompenses, qui est postérieure à toutes ces autres considérations que j'ai rapportées, et qui ne change rien au fond dans la nature des choses, ne saurait être la cause première et originale qui fait que la loi est obligatoire. Elle ne fait que lui donner plus de poids, et qu’animer les hommes à pratiquer des devoirs dont la droite raison leur a déjà fait voir l’excellence et la nécessité. Tout homme qui a des idées saines de la distinction entre le bien et le mal moral, conviendra sans peine que la vertu et la bonté sont des choses aiïmables par elles-mêmes », et dont la beauté intérieure est telle qu'’elles méritent qu'on les pratique, dût-on n’en retrer aucun profit. Au contraire, la cruauté, la violence , l'oppression, la fraude, l'injustice , lui paraïîtront si haïssables en ellesmêmes qu’il avouera qu’il n’y a aucun de ces crimes qu'il ne doive fuir de tout son pouvoir, quand bien même il pourrait avoir une assurance positive qu’il ne court aucun risque en les pratiquant. Cest ce que Cicéron exprime encore admirablement bien. « La vertu, dit-il, est une chose * louable «et désirable par elle-même, quand même il n’en revien-
: « Digna itaque sunt, quæ propter intrinsecam sibi perfectionem appetantur, etiamsi nulla esset naturæ lex quæ illas imperaret.» CumBERL., de Leg.nat., p. 281. |
«Vide etiam Philemonis fragmenta.» Avÿp Oixards ëotiv, oÙy d pÀ AT LxÉY, XTÀ.
? « Honestum id intelligimus, quod tale est, ut detracta omni ulilitate,
« drait aucun profit: Les gens de bien, ajoute-t-il, font une € infinité de choses , uniquement parce qu’elles sont bonnes, « justes et honnêtes, sans se mettre en peine de savoir s’il « leur en reviendra quelque avantage ‘. Le vice au contraire « est si odieux de sa nature qu'il n’y a point d'homme, tant « soit peu philosophe, qui ne doive fuir l’avarice, Finjue- « tice ?, la convoitise, l’incontinence , quand même il serait « sûr de cacher ses vices à Dieu et aux hommes. Un homme «de bien, dit-il encore, eüût-il le secret de s'approprier le « bien de son prochain en remuant simplement les doigts, « se fera un scrupule de le mettre en pratique *, supposé « même qu'il fût en état de le faire sans crainte d’en être « soupçonné. Il n’y à même rien en cela qui doive paraître «admirable, si ce n’est à ceux qui ignorent ce que c’est « qu'un homme de bien. » Il ne faut pas s’imaginer au reste qu'un méchant homme puisse cacher ses actions aux yeux
sine ullis prœmiis fructibusque, per se ipsum jure possit laudari.» Crc., de Fin., lib. IT,
« Atque hæc omnia propter se solam, ut nihil adjungatur emolumenti, petenda sunt.» In., de Inv., If.
« Nihil est de quo minus dubitari possit, quam.et honesta expetenda per se}, et eodem modo turpia per se esse fugienda.» [n,, de Fin., lib, ILI.
! « Jus et omne fionestum sponte est expetendum. Etenim omnes viri boni, ipsam æquitatem et jus ipsum amant.» Ip , de Leg., lib. I.
« Optimi quique permulta ob eam unam causam faciunt, quia decet, quia rectum, quia honestum est; etsi nullum consecuturum emolu- M vident.» In., de Fin., lib. IL
«Satis énim tiôbis : si modo aliquid in philosophia profecimus, persuasum esse debet, si omnes deos hominesque celare possimus ; nihil taien avare, hihil injuste, nihil libidinose, nihil incontinenter esse fa : ciendum. » In., de Offic., lib. III.
« Si nemo sciturus, nemo ne suspicaturus cniioie sit, cum aliquid divitiarum potentiæ, dominationis, libidinis causa feceris ; si id diis hominibusque futurum semper sit ignotum, sisne facturus. » Ip., ibid.
8 «Itaque si vir bonus habeat hanc vim, ut, si digitis concrepuerit, possit in locupletum testamenta nomen ejus irrepere; hac vi ton utatur, ne si exploratum habeät id omnino neminem unquam suspicaturum. Hoc qui admiratur, is se, quid sit vir bonus, nescire fatetur. » In., ibid, Nb. TI.