‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 122 sur 154 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

de Dieu ‘, Ce n’est que pour mettre dans «un plus grand jour la distinction naturelle entre le bien et le mal, qu’on fait de semblables suppositions.

Ce que je viens de dire est très-clair. On aurait tort pourtant d’inférer de là qu’un homme de bien ne doit avoir aucun égard aux peines et aux récompenses, ou que les peines et les récompenses ne sont pas nécessaires pour porter les hommes , dans ce monde, à la pratique de la vertu et de la justice. Il est vrai qu'il y a entre la vertu et le vice une distinction nécessaire et éternelle. Il est certain que la vertu mérite par elle-même d’être aimée et pratiquée, et que le vice au contraire doit être fui sur toutes choses ; ilest certain enfin que telles doivent être Les dispositions de l’homme à l'égard de la vertu et du vice, quand bien même il serait sûr qu’en son particulier il n'aurait rien à gagner ou à perdre en s’attachant à l’un plutôt qu’à l’autre. Si telle était réellement la situation d'esprit et de cœur du genre humain, il est certain qu’il faudrait avoir une âme horriblement dépravée pour balancer un seul moment sur le choix de l’un où de l’autre de ces deux partis ; mais il s’en faut bien que les choses n’en soient sur ce pied-là dans le monde. De la manière dont le monde est maintenant bâti, il est inutile de demander ‘si l’homme prendra le parti de la vertu pour l'amour de la vertu même, toute attente de récompense ou de punition étant mise à part : car qui ne sait que la pratique du vice est ordinairement accompagnée de profit et de plaisir, deux puissants attraits qui donnent facilement le branle à nos actions, et que la pratique de la vertu mène au contraire aux plus grandes calamités, et quelquefois même à la mort. Or cela change beaucoup l’état de la question, fait pencher évidemment la balance du côté du vice, et montre la nécessité des récompenses et des peines. Car,

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quoique la vertu soit incontestablement préférable au vice indépendamment des récompenses qui y sont attachées, elle n’est pourtant pas suffisante à elle-même, ni capable de soutenir un homme au milieu des souffrances et contre la crainte de la mort, si vous lui ôtez l'espérance d’une rémunération future. Les stoïciens enseignaient le contraire; ils prétendaient que le souverain bien consistait dans la pratique de la vertu , et qu’elle était seule suffisante pour rendre l’homme heureux au milieu de toutes les calamités auxquelles il se trouve exposé sur la terre. Il faut avouer que ces philosophes ont parfaitement bien plaidé la cause de la vertu. Ils ont bien vu que sa beauté était intérieure, fondée sur la nature même des choses, et indépendante de toute circonstance extérieure : de là ils ont conclu que la vertu était aimable par elle-même, sans aucun égard aux avantages qu’elle est capable de procurer, et que les disgräces qui l’'accompagnent ne peuvent diminuer en rien sa beauté in— térieure, et ne doivent pas empêcher qu'elle ne fasse toujours l’objet de nos plus ardents désirs. Imbus de ces principes, ils ont été obligés de soutenir, pour ne pas se contredire, que la pratique de la vertu porte toujours avec elle sa propre récompense, et que les plaisirs qu’elle donne dédommagent amplement des plus grandes souffrances du monde. Il fallait bien qu'ils prissent ce parti dans l’ignorance où ils étaient touchant une vie à venir dans laquelle la vertu sera récompensée. Il est vrai que les plus éclairés d’entre eux ont espéré cet heureux avenir, et qu'ils en ont parlé ‘ comme d’une chose probable, mais ce n’était après tout que des conjectures sur lesquelles ils ne pouvaient pas faire grand

‘ «Mors quam pertimescimus ac recusamus, intermittit vitam, non

eripit. Veniet iterum qui nos in lucem reponat dies.» SENEC., Epist., ep. XXX VI.

«Cogitemus ergo, Lucili carissime, cito nos eo perventuros, quo illum ( Flaccum ) pervenisse mœremus. Et fortasse { si modo sapientum vera fama est, recipitque nos locus aliquis), quem putamus periisse, præmissus est. » In., epist. LXITI.

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