‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 127 sur 154 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Hobbes s’imagine avoir admirablement bien pourvu à la défense de cette étrange thèse, en disant que l’unique raison qui assujettit les hommes à Dieu et qui les met dans la nécessité de lui obéir, c’est qu'ils sont faibles et qu’ils manquent de pouvoir; car, S'ils étaient tout-puissants", rien, ditil, ne les obligerait d’obéir à Dieu, et leur puissance les mettrait en droit de faire tout ce qui leur plairait. Javoue que si les hommes n’étaient pas des êtres créés, ils ne pourraient pas être dans l’obligation de se soumettre à la volonté et aux commandements d’un autre être dans les choses positives. Mais, quelque étendue qu’on donne à leur pouvoir, on ne les dispensera pourtant pas de l'obligation de pratiquer les vertus morales, comme sont la justice, l'équité, la sainteté, la pureté, la bonté, la bienfaisance, la fidélité et la vérité?, dont Hobbes s’efforce de les affranchir à la faveur de cet argument sophistique, et des autres raisonnements impies dont tout son système est rempli. La raison en est qu’il n’en va pas de l'obligation d'accomplir les devoirs, comme de l’obligation d’obéir aux autres devoirs dont l’établissement est positif et arbitraire, et qui n’ont d’autre fondement que la faiblesse, la sujétion et la dépendance des personnes à qui ils sont imposés. Les premiers sont fondés, outre cela, et principalement sur la raison éternelle et sur la nature immuable des choses mêmes. Cest la loi de Dieu lui-même, une loi qui n’est pas seulement pour les créa-

! « Quod si jus regnandi habeat Deus ab omnipotentia sua, manifestum est obligationem ad præstandum ipsi obedientiam, incumbere hominibus propter imbecillitatem. » Il s'explique dans sa note, où il ajoute : « Si cui durum hoc videbitur, illum rogo ut tacita cogitatione considerare velit, si essent duo omnipotentes, uter utri obedire obligaretur. Confitebitur, credo , neutrum neutri obligari. Hoc si verum est, verum quoque est quod posui, homines ideo Deo subjectos esse, quia omnipotentes non sunt. » De Cive, cap. XV, par. 7. L

2 & Ut enim omittam vim et naturam deorum; ne homines quidem censetis, nisi imbecilli essent, futuros beneficos, et benignos fuisse. » Gic., de Nat. Deor., Up I.

tures, mais que le créateur lui-même ne perd jamais de vue, et qui est la règle de tout ce qu’il fait en qualité de gouverneur de l’univers.

. Je me suis étendu fort au long sur la matière qui fait le sujet de ce chapitre par la raison que la vertu morale est la base, le sommaire, l’essence et l'âme de la véritable religion. C’est pour lui donner plus de relief et plus de poids que les lois positives ont été principalement faites. Cest pour lui redonner sa première splendeur qu’il a plu à Dieu de se révéler aux hommes. Toute doctrine, quelle qu’elle soit, qui la combat et qui ne s’accorde pas avec elle, est aussi certainement et aussi nécessairement fausse que Dieu est véritable, de quelque raison et de quelque autorité qu’elle puisse être soutenue d’ailleurs.

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