‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 129 sur 154 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Car les mêmes raisons qui nous persuadent que Dieu doit être nécessairement et infiniment saint, et infiniment juste, et infiniment bon, prouvent évidemment, par le même moyen, qu'il doit aussi vouloir que toutes ses créatures soient saintes, justes et bonnes à proportion de leurs facultés et des talents qu'il leur a donnés. J’ai déjà fait voir fort amplement qu'il y a dans les choses des différences éternelles et nécessaires, des concordances et des discordances, des proportions et des disproportions, des convenances et des disconvenances, et que tout cela est entièrement fondé sur leur nature même. J’ai fait voir aussi qu’il résulte de ces proportions et de ces convenances inaltérables que la volonté de Dieu se porte toujours et nécessairement à choisir ce qui contribue le plus au bien commun de l'univers, et ce qui s’accorde le mieux avec les règles immuables de la justice, de l’équité, de la bonté et de la vérité; puisque cet Être suprême est infiniment au-dessus des influences d’aucune puissance externe, et à l’abri de toute sorte d’erreur ou de tromperie. J'ai prouvé encore que, dans l’ordre, ces mémes considérations doivent déterminer la volonté de tous les êtres raisonnables subordonnés, et les porter à se conformer dans toutes leurs actions à ces règles éternelles. Il ne me reste donc maintenant autre chose à prouver, sinon que ces mêmes règles de morale qui, par elles-mêmes et de leur nature, sont obligatoires, le sont aussi en vertu de la volonté positive de Dieu et du commandement exprès qu’il en fait à toutes les créatures raisonnables, et, par conséquent, que quiconque les néglige ou les transgresse volontairement, non-seulement confond, autant qu’il est en lui, et renverse les raisons naturelles des choses et leurs proportions, mais foule aussi insolemment aux pieds l'autorité suprême de Dieu. Or, c’est ce qui résulte clairement des principes que j'ai posés; car les mêmes raisons qui nous persuadent que Dieu possède nécessairement une sagesse, une justice et une bonté infinies, nous assurent pareillement qu’il ne saurait

approuver l'iniquité dans les hommes. D'un autre côté, la beauté, l'excellence et l'importance des lois de la justice éternelle que Dieu prend toujours pour la règle constante de ses propres actions, ne nous permettent pas de douter qu'il ne veuille et ne souhaite que toutes les créatures raisonnables les prennent aussi pour la règle de leur conduite. Parmi les hommes même, on ne voit point de père qui ne souhaite que ses enfants l’imitent dans les choses où il croit exceller ; à plus forte raison, Dieu, qui est infiniment éloigné d’être sujet aux passions et au changement, comme sont les faibles mortels, et qui s'intéresse infiniment plus à la félicité de ses créatures que les hommes ne s'intéressent au bien de leur postérité, désire-t-il que ses créatures lui ressemblent dans les perfections qui sont le fondement de sa félicité immuable. Nous ne pouvons pas l’imiter dans l'exercice de sa puissance souveraine; nous ne pouvons pas prétendre lui ressembler dans sa connaissance qui ne s’égare jamais ; nous ne pouvons pas {onner comme lui de la voix, ni pénétrer jusqu’au fond des abîmes impénétrables de sa sagesse ; mais sa sainteté, sa bonté, sa justice, sa droiture et sa vérité sont des choses que nous pouvons connaître. C’est par ces endroits que nous pouvons l’imiter, et ce n’est même qu'en limitant dans la pratique de ces vertus que nous pouvons prétendre au rôle d'enfants obéissants. Si Dieu par son essence est infiniment pur et saint (comme la lumière naturelle nous le découvre manifestement), il s'ensuit qu'il a les yeux trop purs pour voir * et pour approuver l'impureté de ses créatures. Il faut donc nécessairement qu’il exige d’elles qu’elles soient saintes comme il est saint, autant que les bornes de leur nature faible et finie le peuvent permettre. S'il est infiniment juste et véritable, comme il n’en faut point douter, il est clair qu’il doit nécessairement vouloir

L'FOD AE * Habac:, L, 48.

Page 1