‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 130 sur 154 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

que toutes les créatures raisonnables qu'il a créées à son image, à qui ila communiqué quelques rayons de ses divines perfections, et qu’il a ornées d'excellentes facultés qui les mettent en état de distinguer le bien d’avec le mal, limitent dans la pratique de ces glorieux attributs, en conformant toutes leurs actions aux lois éternelles et immuables de la justice *. « Si Dieu est un être infiniment bon, s’il fait lever son soleil «sur les bons et sur les méchants, s’il envoie sa pluie sur «les justes et sur les injustes, s’il ne se laisse jamais sans « témoignage en faisant dù bien aux hommes?, s’il leur « donne du ciel des pluies et des saisons fertiles, et s’il rem- « plit leurs cœurs de viande et de joie, » il doit nécessairement vouloir que tout ce qu’il y a de créatures raisonnables contribuent, chacune selon son pouvoir, à se procurer les unes les autres la jouissance de ces précieux effets de la bonté divine 5. Enfin, si Dieu est un être dont « les compassions et les miséricordes sont infinies, » comme sa lenteur à punir les iniquités des hommes, et sa promptitude à leur quitter « les dix mille talents » qu’ils lui doivent, le donnent assez à connaître, il doit nécessairement vouloir qu’ils se fassent gräce les uns aux autres « des cent deniers * » qu’ils ont à prétendre; qu’ils soient miséricordieux envers leurs semblables, « comme leur père céleste leur est miséricordieux, » et qu'ils « aient pitié de leurs compagnons de service comme lui, » qui est leur maître commun, a pitié d'eux. C’est ainsi que de degré en degré la raison naturelle conduit les hommes de la connaissance des attributs de Dieu à la connaissance de sa volonté. Les mêmes raisons, les mêmes

arguments qui prouvent les perfections ou les attributs né- cessaires de Dieu, et qui établissent les proportions natu-

* Matth., V, 45.

? ACÉMNENA ET:

® Matth, XVIIE, 24, 98.

# Lacs, VAS.

‘.Matth., 11522

En)

relles et les convenances des choses, prouvent et établissent aussi en même temps que la véritable loi de nature ou la raison des choses est pareillement la.volonté de Dieu‘. Les plus sages et les plus habiles d’entre les païens , dans tous les siècles, ont conclu de là.avec beaucoup de solidité et de raison; que la partie la plus certaine et la meilleure de la religion naturelle, celle qu’il importe le plus de cultiver, et où l’on doit le moins craindre de donner à gauche, est celle qui nous enseigne d’imiter les attributs moraux de Dieu ? en menant une vie pure, juste et charitable. Leur culte extérieur, en effet, n'avait rien de fixe, rien d’assuré; car, sans une révélation expresse, il est absolument impossible de s'assurer qu'un acte extérieur de religion soit agréable à Dieu plutôt qu'un autre.

Cette méthode, qui de la considération des attributs de Dieu nous mène à la connaissance de sa volonté, est certainement la plus claire, la meilleure, la plus certaine, la plus universelle de celles que la lumière naturelle nous fournit. Mais nous avons, outre cela, comme je l'ai déjà dit, d’autres raisons collatérales qui nous servent aussi à prouver et à confirmer la même chose, et ces raisons sont que tous les devoirs de la morale, fondés sur la nature même des choses,

! «Ita principem legem illam et ultimam mentem esse omnia ratione aut cogentis aut vetantis Dei.» Crc., de Leg., lib. II.

« Quæ vis non modo senior est quam ætas populorum et civilatum, sed æqualis illius cœlum atque terras tuentis et regentis Dei. Neque enim esse mens divina sine ralione potest, nec ratio divina non banc vim in rectis pravisque sanciendis habere. » Ibid.

? « Vis deos propitiare? bonus esto. Satis illos coluit, qui imitatus est. » SEN., epist. XCVI. »

Kat yap deuvdy ày ein, et mpès Ta déipa aui Tus Avoias aro8kérau- |ouy Auéy où Oeoi, a)X pn pds Th buy, dy Tis Oouos xai dixaos &v Tuyxdvn. Ho) yz pälloy, otuar, À mpès us mokvrelets Tadras rnouräs Te at Ovoixs. PLaro, in Alcibiade.

« Colitur autem, non taurorum opimis corporibus contrucidatis, nec auro argentoque suspenso, nec in thesauros DRE infusa , sed pia et recta voluntate. » SEN., epist, CXVI.

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