XXXV] INTRODUCTION
égarements systématiques , qui ne suffit pas toujours à en démêler les causes, ni par suite à leur fermer le retour. Les grands esprits donnent volontiers dans l’abus, parce qu'il y a peu de grands esprits tout à fait complets ; telle est en effet la faiblesse de notre nature, que la supériorité intellectuelle tient presque toujours , Chez nous à l’exaltation naturelle de quelqu’une des facultés de l'esprit, qui n’atteint ce haut degré de puissance qu’au détriment des autres; développée par l'habitude, cette disposition s’exagérant parfois jusqu’à devenir une sorte de démence , les plus étranges erreurs sont ainsi le plus souvent l’œuvre des plus hauts génies. Au contraire, la puissance intelligente, en se partageant, s’affaiblit; et la pensée perd ordinairement en vigueur ce qu'elle gagne en étendue. Clarke appartient à cette classe. d’intelligences droites, mais un peu faibles, et moins pénétrantes que sûres. Aussk, et c’est le sort habituel de ceux qui jouent le rôle, difficile d’ailleurs, de la modération, il n’a contenté personne , el ‘a soulevé contre lui tous les partis. Il tenait à Descartes par sa première éducation, et il s'était volontairement attaché à Newton, dont il faisait servir la physique à corri- -gér celle de Rohault; par là, il a pu avoir à la fois pour adversaires les hontmes les plus opposés, les philosophes anglais qui sortaient de la même souche que Newton, et Jes plus illustres cartésiens. Tlavait pris du reste l'initiative dans sa polémique persévérante contre deux doctrines si différentes à leur point de départ, quoiqu’elles eussent l'air de se rencontrer, au terme, dans la même négation des grandes vérités de sens commun, la doctrine de Spinoza et celle de ‘Hobbes. \ La vie entière de Clarke a été une guerre constante
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