CHAPITRE
sont aussi des devoirs sur lesquels Dieu a déclaré positivement sa volonté et qu’il a expressément commandés.
2. C'est ce que nous pouvons recueillir, en quelque manière, de la considération des êtres que Dieu a.créés: car, en les créant, il a déclaré suffisamment que son bon plaisir était que ces êtres fussent ce qu'ils sont en effet. Il faut porter le même jugement de sa providence par laquelle il les maintient dans l’état où ils sont, d’une manière miracu— leuse ; et comme c’est la volonté de Dieu que tous les agents nécessaires, soumis constamment et régulièrement aux lois de leur nature, emploient tout ce qu'ils ont de puissance naturelle à la conservation des choses dans l’état où Dieu les a mis, il est évident qu’il doit nécessairement vouloir que toutes les créatures raisonnables à qui il a donné un entendement, une volonté, un libre arbitre (nobles et excellentes facultés qui les élèvent infiniment au-dessus de tous les autres ouvrages de ses mains), emploient aussi ces belles facultés dont il les a ornées à maintenir, autant qu’il leur est possible, le bel ordre et l’harmonie de l'univers‘, ‘et à en bannir la confusion et le désordre. Je sais que la nature des choses, leurs relations, leurs proportions et leurs disproportions, leurs convenances et leurs discordances, sont éternelles et immuables ; mais ce n’est que dans la supposition que les choses existent réellement, et qu’elles existent de la manière dans laquelle nous les voyons à présent. Or, et la lumière de l'existence, et l’existence elle-même sont des choses qui dépendent entièrement de la volonté arbitraire de Dieu et de son plaisir. Comme donc, en créant les choses au
# «Mens humäna non potest non judicare, esse longe eredibilius, quod eadem constantissima voluntas, a qua hominibus datum est esse, pariter mallet ipsos porro esse et valere, hoc-est, conservari et felicitate frui ,quam illo deturbari de statu, in quo ipsos collocavit. — Sic scilicet e voluntate creandi, cognoscitur voluntas conservandi tuendique homines.#Æx hac autem innotescit obligatio, qua tenémur ad inserviendum eidem voluntati notæ.» CuurerL., de Leg. nat., pag. 227.
commencement, et en leur conservant, par les soins continuels de sa providence, l’être qu’il leur a donné, Dieu donne clairement à connaître que sa volonté est qu’elles existent et qu’elles soient telles qu’elles sont, il déclare de même manifestement, par le même moyen et de la même manière, que tous les devoirs de morale, qui résultent nécessairement des relations et des proportions. que les choses ont entre elles, sont de plus conformes à sa volonté, et qu’il les a positivement commandés. Tout homme donc qui n'agit pas conformément à ces relations et à ces proportions, qui ne rend pas à Dieu l’honneur qui lui est dû, qui traite inégalement des personnes égales, qui se donne la mort à luimême, et qui corrompt les facultés que Dieu lui a données, qui en fait un mauvais usage, et qui les applique mal, foule aux pieds les commandements de Dieu, et transgresse sa volonté positive dont 1l peut avoir une connaissance sufiisante par cette voie.
3. Je prouve la même chose par la réflexion suivante. Tout ce qui tend directement et certainement au bien commun et à la félicité de l’univers, et qui contribue aussi au bien particulier de chacune des parties dont il est composé, est nécessairement eonforme à la volonté de Dieu ‘, qui seul suffisant à soi-même, et n’ayant.besoin pour être heureux de l'existence d'aucune des créatures, n’a pu avoir en les créant d'autre motif que de leur faire part de sa félicité , et
! « Dubitari non potest, quin Deus, qui ita naturalem rerum omnium ordinem constituit, ut talia sint actionum humanarum consequentia erga ipsos auctores, fecitque ut ordinaria hæc consequentia ab ipsis præsciri possint, aut summa cum probabilitate exspectari; voluerit hæc ab ipsis considerari, antequam ad agendum se accingerent; atque eos his provisis velut argumentis in legum sanctione contenlis determinari. » Cum8ErL., de Leg. nat, pag. 228.
«Rector, seu.causa prima rationalis, cujus voluntate res ita disponuntur, ut hominibus satis evidenter indicetur, actus quosdam illorum esse media necessaria ad finem ipsis necessarium ; vult homines ad has actus obligari, vel hos actus imperat. » Ip., p. 285.