‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 134 sur 154 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

évident qu'étant revêtu d’une puissance absolue et d’une autorité devant laquelle tout plie, en tant qu’il est le maître souverain et le directeur de tout ce qui existe, il faut que d’une ou d'autre manière il déclare et fasse connaître l’approbation qu’il donne aux unes, et le désaveu qu’il fait des autres; et pour le faire avec fruit, 1l faut qu'il y ait des récompenses attachées à l’observation de ces règles, et des peines infligées à ceux qui les violent. Or, si les personnes vertueuses ne recevaient jamais la récompense de leurs vertus , et si le vice demeurait toujours impuni, Dieu ne donnerait aucune marque à laquelle on püt reconnaître qu’il approuve la vertu et qu’il désapprouve le vice. S'il ne donnait aucune marque sensible de la différence qu'il met entre le vice et la vertu, on ne pourrait point être assuré que la vertu lui füt réellement agréable, ni que le vice lui fût odieux. D'où il s’ensuivrait qu’on n'aurait aucune raison valable de croire qu’il ait commandé l’une et défendu Pautre. Or, cela étant une fois supposé, il ne faudra plus parler de ses attributs moraux dont il ne restera plus aucune preuve certaine ; mais toutes ces choses étant visiblement absurdes, comme on l’a démontré ci-dessus , il est clair qu’il doit nécessairement y avoir des récompenses et des peines annexées à l'observation ou à l’inobservation des devoirs éternels de la morale.

2, Ma seconde preuve de la certitude des récompenses et des peines en général, c’est que ces récompenses et ces peines sont nécessaires pour le maintien de la gloire de Dieu, de la majesté de ses lois et de l'honneur de son gouvernement. Voici comment je le prouve. Il est évident que les motifs les plus puissants de devoir et de reconnaissance nous “obligent à rendre à Dieu qui nous a donné lêtre, et avec l'être les facultés et les biens dont nous jouissons, tout l’honneur dont nous sommes capables ; il est évident aussi que Dieu étant souverainement heureux par lui-même , et toutes les créatures dans une entière incapacité de contribuer le

moins du monde à l'accroissement de sa félicité, le seul moyen de l’honorer consiste dans le respect qu’on a pour ses lois, et que le respect qu’on a pour ses lois se manifeste par l'observation qu'on en fait. Or, Dieu accepte l'honneur fait à ses lois, comme un honneur qu’on lui rend immédiatement à lui-même; et quoique nous soyons dans une obligation absolue de l’honorer de cette manière, indépendamment de l'espoir de la récompense, il est clair pourtant que la sagesse et la bonté infinie du maître souverain de l'univers l’enga-— gent à honorer ceux qui l’honorent ! , c’est-à-dire, à leur donner des marques éclatantes de sa faveur. D’un autre côté, il est évident qu'encore que la gloire et la félicité de Dieu ne puissent recevoir aucune atteinte par les actions de créatures faibles et finies, comme nous sommes , le mépris pourtant qué nous avons pour ses lois retombe sur Dieu lui-même, puisqu’en les méprisant nous foulons aux pieds, autant qu’il est en nous, son autorité sacrée. Les mêmes raisons donc qui nous persuadent que nous devons respecter les lois de Dieu, nous montrent aussi qu’il doit se ressentir du mépris qu’on a pour elles, et punir ceux qui les transeressent : car tout législateur qui a le droit de faire des lois et d'exiger qu’on les observe, ne doit pas soufirir qu’on les méprise et qu’on les transgresse sans donner à ceux qui ont l’audace de le faire des marques de son ressentiment. La majesté des lois, la dignité de son caractère, le soin qu’il doit avoir de soutenir son autorité, et le bien du gouvernement le demandent ainsi, Or, il n’y a que deux voies pour réparer l’outrage fait à la loi et à la majesté du législateur par la commission volontaire du péché : la repentance et la réformation du pécheur, ou bien sa punition et sa ruine. De sorte que Dieu, pour venger l'outrage fait à ses lois et à son gouvernement, se trouve nécessairement obligé de punir les pécheurs impénitents qui ont la présomp-

: Sam., II, 20.

CHAPITRE Yi. 299 tion de violer ses commandements. Si donc Dieu ne mettait aucune différence entre ceux qui observent ses lois, et ceux qui ne les observent point, s’il ne récompensait pas les uns et ne punissait pas les autres, il laisserait l’infracteur au même état que lobservateur, et la majesté de ses lois serait méprisée et foulée aux pieds impunément. On serait en droit de conclure que ces lois que Dieu laisserait ainsi violer impunément ne sont pas effectivement des lois divines, et qu’il ne s y intéresse pas autant qu'on s’imagine. Ce qui ne va pas à moins qu’à nier les attributs moraux de la Divinité. Mais j'ai fait voir ci-dessus qu'on ne saurait nier ces attributs moraux sans tomber dans la dernière de toutes les ab— surdités. La certitude des peines et des récompenses en général est done une chose qui ne souffre aucune difficulté.

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