CHAPITRE VIT
IVe Pror. Qu’originairement la nature des choses et la constitution de. l'univers sont telles, que l’observation des règles éternelles de la bonté et de la justice, tend, par une conséquence directe et naturelle, à rendre toutes les créatures heureuses ; et l’inobservation de ces règles au contraire à les rendre malheureuses, par où la différence entre les fruits de la vertu et du vice, si raisonnable en elle-même et si nécessaire à la justification de la gloire de Dieu, est établie et mise hors de toute contestation; mais que le genre humain se trouve maintenant dans un état où l’ordre naturel des choses de ce monde est manifestement renversé, la vertu n’ayant pas à beaucoup près le privilége de rendre les hommes heureux, ce qui vient d’une corruption grande et générale, dont l’origine nous serait à peine connue sans le secours de la révélation. Qu’ainsi il est absolument impossible de concevoir que Dieu n’ait eu, en créant des êtres raisonnables, tels que sont les hommes, et les plaçant sur la terre, d’autre fin que de conserver éternellement une succession d'êtres d'aussi courte durée, dans ce triste état de corruption, de confusion et de désordre qu’on trouve aujourd’hui dans le monde où les règles éternelles du bien et du mal sont si mal observées}, fet où la gloire de Dieu et la majesté de ses lois sont la plupart du temps foulées aux pieds, puisque les gens de bien n'y reçoivent pas la récompense qui leur est due , ni les scélérats la punition qu’ils méritent. Ce qui doit faire conclure qu’au lieu d’une succession éternelle de nouvelles générations, telles qu’elles sont aujourd’hui, il faut nécessairement qu’un jour les choses changent entièrement de face, et qu’il y ait un état à venir où les punitions et les récompenses soient distribuées à qui elles sont dues ; un état d’où tous les désordres et toutes les inégalités soient bannis, et où tout le système de la Providence, qui nous paraît maintenant si confus et si inexplicable à cause que nous n’en connaissons qu’une petite partie, soit mis en évidence et reconnu à tous égards digne d’une sagesse infinie, d’une justice et d’une bonté souveraine.
A. Cette proposition a plusieurs branches. La première, qu'originairement la nature des choses et la constitution de l'univers sont telles, que l’observation des règles éternelles de la piété, de la justice, de léquité, de la’ bonté et de la tempérance, tend par une conséquence directe et naturelle