‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 136 sur 154 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

à rendre toutes les créatures heureuses, et l’inobservation de ces règles, au contraire, à les rendre malheureuses ; ce qui met une différence juste et convenable entre les fruits respectifs de la vertu et du vice. Cette première partie de ma proposition est en général très-évidente. En effet, pratiquer la vertu universelle c’est pratiquer ce qui contribue le plus au bien de l'univers entier ; et ce qui fäit le bien de l’univers doit naturellement, et par une conséquence nécessaire, procurer l’avantage de chaque partie individuelle du monde créé. Pour descendre à quelque chose de plus particulier, je dis qu’il est clair que les meilleurs moyens d'acquérir cette paix de l’âme et ce contentement d’esprit qui entrent nécessairement dans la composition de la véritable félicité, sont ceux-ci : la contemplation fréquente et habituelle des infinies perfections de l’être souverain (qui a créé le monde par sa toute-puissance, qui le gouverne par sa sagesse infinie, et qui est perpétuellement occupé à faire du bien à ses créatures), contemplation qui doit faire de si vives impressions Sur nos cœurs et sur nos esprits, qu’elle les remplisse de sentiments d’adoration et d'amour : le bon emploi de toutes nos puissances et de toutes nos facultés pour les fins et pour les vues seules auxquelles la nature les conduit originairement , et la sujétion de nos appétits et de nos passions à l’empire de la droite raison. Qui peut douter, en effet, que la tempérance qui nous enseigne à jouir avec modération des biens de ce monde et des plaisirs de la vie, sans franchir les bornes que la droite raison et la simple nature prescrivent, ne soit le moyen le plus direct et le plus certain pour entretenir la force et la santé du corps? Qu’y a-t-il d’ailleurs de plus propre à entretenir la paix et l’ordre dans le monde, et à procurer le bien public et la félicité commune du genre humain, que la pratique de la justice et de la bienveillance universelle? Il n’y a point de mouvement physique, point d'opération géométrique qui produise plus naturellement son effet, comme je l’ai déjà dit ci-dessus. Si donc

tous les hommes étaient véritablement vertueux, s'ils se faisaient une étude d'observer les règles de léquité, s'ils avaient soin, en un mot, de prévenir par une conduite sage les misères et les calamités qui naissent ordinairement du nombre infini de vices et de folies dans lesquelles ils sont sujets à tomber, cette grande vérité dont je parle deviendrait incontestable. L'événement la vérifierait hautement, et les hommes connaîtraient par expérience que la pratique de la vertu est le moyen le plus propre à faire le bonheur du monde. Qu’y at-il, au contraire, qui remplisse plus l’âme de trouble, de chagrin et de confusion que le mépris de Dieu, la négligence des devoirs qui naissent des relations que nous avons avec lui, le mauvais usage des puissances et des facultés de nos âmes, nos convoitises déréglées et nos passions violentes et effrénées? Qu’y a-t-il qui altère plus efficacement la santé du corps et qui l’expose à plus de douleurs et d'infirmités que l’intempérance? Qu’y a-t-1l enfin qui soit plus fatal à la société, et qui la remplisse plus de calamités et de misères que l'injustice, la fraude, la violence, l'oppression, les guerres, les désolations, les meurtres, la rapine et la cruauté ? Il parait donc que-la constitution originale des choses et leur ordre naturel, tendent évidemment à distinguer en général la vertu du vice, en mettant de la différence entre les effets de l’une et de l’autre.

2. Je dis en second lieu qu’encore que la constitution originale des choses soit telle que dans l’ordre naturel il y a des récompenses annexées à la vertu et des peines attachées au vice , l'expérience cependant nous fait voir que le genre humain se trouve maintenant dans un état où cet ordre na-— turel des choses de ce monde est évidemment renversé, la vertu n'ayant pas à beaucoup près le privilége dé rendre les hommes heureux à proportion de lexactitude avec laquelle ils s'appliquent à l’observer, et le vice ne recevant pas toujours la juste punition qu’il mérite. Car il arrive souvent que les méchants, à la faveur de leur stupidité, de leur inatten-

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