CHAPITRE VII
tion et de leur attache aux plaisirs sensuels dans lesquels ils se vautrent, trouvent le moyen d'imposer silence aux reproches de leur conscience. Ils ne sentent que très-faiblement la confusion et les remords qui devraient être les fruits naturels dé leur conduite vicieuse. Ils surmontent souvent par la bonté de leur tempérament et par leur constitution vigou— reuse les maladies qui devraient être les suites naturelles de leur intempérance et de leurs débauches. Ils possèdent quelquefois, malgré leurs déréglements, une santé aussi ferme que ceux qui vivent d’une manière sobre et régulière. Et quoique l'injustice, la fraude, la violence et la cruauté traînent toujours après elles, généralement parlant, mille conséquences tristes et fatales, il arrive pourtant assez sou— vent que toutes ces calamités ne tombent pas précisément sur ceux qui ont la plus grande part à ces crimes; elles tombent assez ordinairement sur ceux qui en sont les moins
coupables. D'un autre côté, la vertu, la piété, la tempé- rance, la sobriété, la fidélité, l'honneur et la charité, reçoivent rarement parmi les hommes la récompense qui leur est due. Elles sont, à la vérité, les vraies sources de la félicité, elles procurent personnellement à ceux qui les pratiquent la paix de l’âme, le contentement d’esprit et plusieurs autres grands avantages, tant pour le corps que pour l’âme; mais l’expérience nous montre que les fruits que le public retire de la pratique des vertus qui ont la société en général pour objet, ne sont pas fort considérables. Les vices de la plus grande partie du genre humain l’emportent tellement sur la raison et sur la nature, qu’il n’est pas rare d’y trouver la vertu opprimée. Les plus gens de bien sont si éloignés de jouir des avantages que leur vertu devrait leur procurer naturellement et dans l’ordre, que cette vertu même leur attire souvent les plus grandes calamités temporelles. Cest une chose qui n’est que trop connue, que les gens de bien sémissent très-souvent sous le poids des afflictions et de la pauvreté; qu'ils sont livrés en proie à l'ambition et à l’ava-
rice des méchants, et que leur bonté elle-même les expose quelquefois aux plus cruelles et aux plus injustes persécutions. Dans toutes ces occasions, la Providence ne paraît presque point s'intéresser à la protection des ‘personnes justes : et non-seulement cela, mais il arrive aussi très-sou— vent que dans les châtiments où la main de Dieu se manifeste d’une manière plus sensible, les justes sont frappés avec les coupables, et que, mêlés ensemble dans le train des af-, faires du monde, ils sont enveloppés aussi dans les mêmes calamités.
Or, puisque l'événement justifie d’une manière si authentique qu’il n’y a point dans ce monde de distinction sufisante entre la vertu et le vice, point de récompense certaine attachée à la vertu à proportion de son excellence, ni de peine infligée au vice qui réponde à son atrocité, et puisqu'il est certain et indubitable que s’il y a un Dieu, si ce Dieu est un être infiniment bon et infiniment juste, s’il fait attention à la conduite de chaque créature *, s’il approuve ceux qui font sa volonté et qui imitent sa nature, s’il désapprouve au contraire ceux qui prennent une route tout opposée , puis , dis-je, qu'il est certain que, si toutes ces choses sont vraies, il faut nécessairement que cet être suprême, pour maintenir l'honneur de ses lois et de son gouvernement, donne: enfin quelque jour des marques éclatantes de son approbation ou de son désaveu, et qu’il manifeste l'extrême différence qu’il met entre ceux qui obéissent à ses lois et ceux qui les foulent insolemment aux pieds : qui est-ce qui ne voit qu'il faut en venir, malgré qu'on en ait, à l’une ou à l’autre de ces conclusions ? Il faudra dire, ou que toutes les idées que nous nous faisons de Dieu sont fausses, qu’il n’y a point de providence, que Dieu ne voit point ce que font les créatures,
TEÙ dë pen lavôdyeroy Tods Ocods, © pèy dixatos Oeoprdñs àv ein, 0 de dduxos Osomisñs. — Téi 0 Oeoprhet Gox ye Ùnd sci yéyverar, Téyra yiyyerar ds-oîévre dpisra. PLar., de Republ., lib. X,