‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 139 sur 154 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

qu’ils ont pour elle ne leur doit jamais procurer aucun avantage. On ne saurait disconvenir que la vertu élevée sur son trône, et jouissant sans aucun empêchement de tous les biens qui en sont l'apanage, ne soit le souverain bien, puisqu’alors elle renferme la jouissance de Dieu lui-même dont elle est limitation; mais de la manière dont les choses vont dans le monde, et vu l’état où nous le voyons aujourd'hui ?, il est clair que la pratique de la vertu n’est pas elle-même le souverain bien, mais seulement le chemin qui y mène. Il en est comme d’un homme qui court dans la carrière, sa course n’est pas le prix qu’il se propose, ‘elle n’est que le moyen dont il se sert pour y parvenir.

Il est donc absolument impossible que Dieu, qui est un être infini, sage, juste et bon, n’ait eu d’autre vue et ne se soit proposé d'autre fin, lorsqu'il a créé des êtres doués de raison, tels que sont les hommes; qu'il les a revêtus de facultés si nobles et si excellentes, et leur a donné la connaissance de la distinction éternelle et immuable entre le bien et le mal ; il est, dis-je, impossible qu’en tout cela Dieu ne se soit proposé d'autre fin que de conserver éternellement une suc— cession d'êtres d'aussi courte durée dans le triste état de corruption et de désordre qu'on trouve aujourd’hui dans le monde, où les règles éternelles du bien et du mal sont si mal observées , où les différences nécessaires des chosés ne pro— duisent presque aucun effet sensible, où la vertu et le vice

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2 « Porro ipsa virtus, Cum sibi bonorum culmen vindicet humanorum, quid hic agit nisi perpelua bella cum vitiis, nec exterioribus sed interioribus, nec alienis sed plane nostris et propriis ? — Absit ergo, ut quandiu in hoc bello intestino sumus , jam nos beatitudinem, ad quam vincendo volumus pervenire, adeptos esse credamus. » AuGusr., de Civit. Dei , lib. XIX, cap. IV.

« Non enim virtus ipsa est summum bonum, sed effectrix el mater est summi boni; quoniam pervenire ad illud sine virtute non potesl. » LacTanT., lib. IIT. :

ne sont pas suffisamment distingués par leurs fruits respectifs, et où la gloire de Dieu et la majesté de ses lois sont la plupart du temps foulées aux pieds, les gens de bien n’y recevant pas la récompense qui leur est due, ni les scélérats la punition qu’ils méritent. Nous pouvons donc conclure, avec la même certitude qui se rencontre dans la démonstration que nous avons donnée ci-dessus des attributs moraux de la Divinité, qu’au lieu d’une succession éternelle de nouvelles générations, telles qu’elles sont aujourd’hui, il faut nécessairement qu’un jour les choses changent entièrement de face, et que les mêmes personnes qui existent aujourd’hui existent aussi dans un état à venir, où les peines et les récompenses soient dispensées à chacun à proportion de la conduite qu’il a tenue ; où tous les désordres du monde présent soient ré parés ; d’où toute partialité soit bannie, et où les voies de la Providence qui nous paraissent maintenant si embrouillées et si inexplicables, à cause que nous n’en connaissons qu'une très-petite partie, soient mises enfin dans une pleine évidence, et nous paraissent dignes d’un être infiniment bon, juste et sage. Sans cette vérité, tout le reste devient entièrement inutile; et si vous Ôtez les peines et les récompenses d’un état à venir, vous anéantissez la justice, la bonté, l’ordre, la raison, et il ne restera pas un seul principe dans le monde qui puisse servir de fondement à un argument dans les matières de morale ?. Maïs quand bien même il nous faudrait mettre à quartier les raisons prises de la considération des attributs moraux de la Divinité, pour ne faire attention qu’à ses perfections naturelles, la vérité dont je parle ne laisserait pas d’être évidente. Pour en être convaincu, il n’y a qu'à faire attention à la connaissance et à la sagesse du créateur qui éclatent d’une manière si sensible dans la structure de l’univers; car à qui persuadera-t-on que Dieu

«Ita fit ut si ab illa rerum summa, quam superius comprehendimus, aberraveris ; omnis ratio intereat, et ad nihilum omnia revertantur, » LacTANT., lib. VIT.

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