CHAPITRE VII
ait créé des êtres aussi excellents que: les hommes, qu’il leur ait donné des facultés si éminentes, et qu’il les ait placés sur le globe terrestre avec des marques de distinction si éclatantes qu’il faudrait être aveugle pour ne pas voir que cette partie inférieure de la création, à tout le moins, est faite pour eux et se rapporte à leur usage ; à qui est-ce, dis-je, que l’on persuadera que tout cela ait été fait sans autre dessein ‘ que de perpétuer à l’infini des êtres d’une durée aussi courte, condamnés à passer le peu d'années qui com- . posent leur vie dans un affreux désordre et une confusion étrange, et à tomber ensuite pour jamais dans le néant? Dans cette supposition, que peut-on imaginer * de plus vain que la fabrique du monde ? Quoi de plus absurde et de plus contraire aux règles de la sagesse que la création du genre humain? Ajoutez aux preuves que fournissent les perfections naturelles de la Divinité celles que nous avons tirées de ses attributs moraux, et vous aurez une démonstration complète de cet état à venir dont je parle. |
Mais, dira-t-on, n’est-il pas bien étonnant de voir que dans le monde matériel, inanimé et irraisonnable, tout prèche hautement la sagesse du Créateur ? Que chaque créature fournisse un si grand nombre de preuves, si aisées, si claires et si incontestables, qui font voir à l’œil que le monde est la production d’un ouvrier infiniment habile? Que, de- - puis la plus brillante des étoiles du firmament jusqu’à la plus vile de toutes les plantes qui sont sur la terre, tout soit si mesuré, si exactement proportionné et si artistement agencé,
! « Non enim temere, nec fortuito sati et creati sumus, sed profecto fuit quædam vis, quæ generi humano consuleret nec id gigneret aut aleret, quod cum exantlavisset omnes labores, tum incideret in mortis malum sempiternum. » Cic., Tusc. quest., lib. I.
? « Si sine Causa gignimur; si in hominibus procreandis providentia nulla versatur, si casu nobismet ipsis, ac voluptatis nostræ gratia nascimur, si nibil post mortem sumus : quid potest esse tam supervacuum,
tam inane, tam vanum, quam humana res est, quam mundus ipse ? » LacrTanr., lib, VIL. |
que l’homme avec tout son esprit et toute sa pénétration n’a jamais pu, je ne dis pas rien faire de pareil, mais en péné-— trer même et en comprendre tout l’artifice ? Et que cependant le monde moral et raisonnable, si je puis l'appeler ainsi, pour l’amour duquel tout le reste a été fait, et pour l'usage duquel uniquement Dieu le conserve encore, ne nous ait pas donné, depuis tant de siècles, des preuves de la sagesse, de la bonté, de la justice et de la providence de Dieu, assez claires pour convaincre tout le genre humain qu’il veille sur les affaires du monde, qu’il les connaît et qu'il . les dirige ? Je conviens qu’il y a là dedans en effet je ne sais quoi qui, du premier abord, parait très-surprenant et trèsextraordinaire ; mais quand on examine la chose de plus près et qu’on l’envisage attentivement, la surprise cesse, et l'on voit sans peine qu’il n’y a point là de si grand sujet d’étonnement qu’on s’imagine ; car, comme dans une grande machine qu’un machiniste consommé dans son art a inventée, qu'il a travaillée, ajustée et polie avec tout le soin et l'adresse imaginables, à dessein de la faire servir à lexécution de quelque entreprise profonde et difficile; comme, disje, un homme du métier qui n’examinerait que deux ou trois roues de cette machine ne laisserait pas de remarquer, dans ces parties séparées du reste, l’habileté et la pénétration admirable de l’ouvrier , encore qu’il lui fût impossible de dé— couvrir la fin pour laquelle elle a été inventée, et l’usage qu'on en veut faire, à moins de la voir démontée, et d’en étudier tous les ressorts en particulier à mesure qu’on les ajuste ensemble. Ainsi, quoique la sagesse du Créateur se manifeste d'une manière assez sensible dans chaque partie du monde naturél , prise à part, je concois cependant qu'il peut fort bien arriver que dans le gouvernement du monde moral qui a une connexion nécessaire avec le système entier de la Providence, sa sagesse, sa bonté et sa justice ne puissent être ni clairement aperçues, ni parfaitement comprises par des créatures d’une intelligence bornée, jusqu’à ce qu’elles soient ar-
CHAPITRE VIIL. 311 rivées au période marqué pour l’accomplissement de quelque grande révolution. Or, si celles-là ne les peuvent comprendre, que sera-ce des créatures qui, outre qu’elles sont finies, sont de plus, faibles, fragiles et de courte durée ? Nous avons toutes les raisons du monde de penser et de croire qu'on verra un jour à l'égard du monde moral, ce qu’on a vu dans le monde naturel ; et que, comme les grandes découvertes en astronomie et en philosophie naturelle, dont nous sommes redevables au travail assidu et à la pénétration des observateurs modernes, ont porté la puissance et la sagesse du Créateur à un degré surprenant d’évidence, auquel les savants des siècles précédents ne se seraient seu— lement pas imaginé qu’il fût possible d’arriver ; de même, lorsqu'on en sera venu à l’époque de la conclusion de l’état présent des choses , et au développement du système entier de la Providence, les hommes seront remplis d’admiration à la vue des preuves éclatantes de bonté et de justice qui se présenteront à eux dans l’enchaînement et dans toute la suite des voies de Dieu dans le gouvernement du monde moral.