CHAPITRE VIII. J'ES
la chose du monde la plus absurde et la plus déraisonnable que de supposer que, comme la matière est nécessairement composée de parties innombrables, l’âme est pareïllement un composé de connaissances innombrables ; au contraire , il n’est rien qui soit plus conforme à la raison que de croire que le siége de la pensée est une substance simple qui ne peut être naturellement divisée, ni mise en pièces, comme il arrive manifestement à la matière. Or, de tous ces principes il suit que la dissolution du corps ne peut pas entrainer avec elle la dissolution de l'âme, et par conséquent que âme est immortelle de sa nature. C’est ce que la considération des facultés de penser, de sentir et de connaître, dont l'âme est revêtue, nous donne, ce semble, droit de conclure d’une manière au moins tout à fait probable. « Je ne saurais « m'imaginer, dit Cyrus à ses enfants, dans ce beau discours « qu’il leur fit quelques heures avant sa mort, comme Xéno- « phon le rapporte ‘, je ne saurais m’imaginer que l'âme « vive tandis qu’elle est dans ce corps mortel, et qu’elle « cesse de vivre dès le moment qu’elle en est séparée. Je ne « Saurais me persuader que l’âme, lorsqu'elle cesse d’être « unie au Corps qui n’a point de sentiment, en soit elle-même « tout aussitôt privée ; j’ai au contraire plus de penchant à « croire qu'alors l'esprit devient plus pénétrant et plus pur.» L’argument devient beaucoup plus fort quand on réfléchit sur les nobles facultés de l’âme, et sur les belles choses qu’elle est capable de faire en, matière d'arts et de sciences. « Je « suis persuadé , dit Cicéron ?, qu’une nature telle qu'est
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« Quid multa? Sic mihi persuasi, sic sentio : cum tanta celeritas animorum sit, tanta memoria præteritorum , futurorum providentia,