‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 145 sur 154 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

« raisonner sur cette matière; car son sentiment était qu'il « y a deux chemins, deux états différents dans lesquels les « âmes entrent au sortir de leurs corps : un état de bonheur « pour les gens de bien, et un état de malheur pour les mé- « chants, et c’est là-dessus que roula tout son entretien. » J'ajoute, en troisième lieu, que la pensée de l’immortalité de l’âme les remplissait de glorieuses espérances d’un heureux avenir. C’est ce qui paraît par ces belles paroles de Cicéron, dans l'excellent Traité qu’il composa sur la Vieillesse, dans le temps qu’il commençait lui-même à en sentir les incommodités. « O l’heureux jour que celui où j'aurai le « bonheur d’entrer dans la compagnie et dans l’assemblée « des esprits, et où je sortirai ? des embarras et de la confu- « Sion qui règne dans ce monde. » Enfin, je dis que cette pensée leur fournissait un puissant motif à la pratique des vertus morales, et qu’elle les animait surtout à mettre toute leur étude à tenir leurs affections corporelles sous l'empire de la raison. « Il faut, dit Platon, mettre toutes choses en œu- «vre pour acquérir, dans cette vie, la vertu et la sagesse ; «car la récompense est belle et l’espérance * grande. » Dans un autre endroit, après avoir fait l’énumération des avantages temporels que la vertu procure en ce monde: « Nous n'avons pas encore, dit-il, fait mention des plus con- « sidérables récompenses proposées à la vertu; car qu’y « a-t-1l qui puisse être véritablement grand tandis qu’il est

#* « His et talibus abductus Socrates, nec patronum quæsivit ad judicium capitis, nec judicibus supplex fuit, et supremo vitæ die, de hoc ipso multa disseruit, et paucis ante diebus cum facile posset educi e custodia, noluit. — Ita enim censebat, itaque disseruit, duas esse vias, duplicesque cursus animorum € corpore excedentium. » Cic., Tusc. queæst., lib. TI.

? « O præclarum diem! cum in illud animorum concilium cœtumque proficiscar, et cum ex hac turba et colluvione discedam! » In., de Senect.

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«renfermé dans les bornes étroites du temps? La plus « longue vie n’est rien en comparaison de l'éternité !. » « Toutes ces choses, dit-il encore, soit qu’on en considère «le nombre, soit qu’on en considère la grandeur, ne sont «rien en comparaison de celles qui sont réservées à l’homme « après la mort?.» « Ceux qui se flattent, dit-il enfin5, de « gagner les prix de la lutte ou de la course, ou de tels «autres jeux, se préparent au combat par l’abstinence. « Pourquoi nos disciples, à qui une plus grande récompense «est proposée, ne mettront-ils pas en usage tout ce qu’ils «ont de force et de patience pour s’en rendre dignes ? » Paroles toutes semblables à celles de l’apôtre saint Paul, 1,

Cor. IX, 24. «Ne savez-vous pas que quand on court à # «lice, tous courent bien, mais un seul remporte le prix? « Courez tellement que vous l’emportiez. Or, quiconque «lutte vit de régime, et quant à ceux-là ils le font pour «avoir une couronne corruptible, mais nous une incor— « ruptible. »

9. Un second argument très-probable qu’on peut alléguer en faveur de cet état à venir dont je parle, c’est ce désir ardent de l’immortalité qui semble avoir été gravé par la nature dans le cœur de tous les hommes. On s'intéresse, malgré qu’on en ait, à l’avenir. Or, s’il n’y à point d’existence après cette vie, et si tout meurt avec le corps, les créatures destituées de raison qui jouissent du bien présent sans que la pensée de l'avenir les trouble et les inquiète, sont plus heureuses, sans contredit, et plus favorisées de la

1 Té Où &y Év Je GAlyo ypôve péya yévouto; RAS AP oÙTÔs Ye 0 x maudds méype mpssédrov ypôvos mpès mévra d)lyos ToÙ Tus y ein. PLaro , de Repub., lib. X.

2 'adra roivvy oddéy Eore mAdet OÙ pueyéOet Tps éxstyx à TehEv- TÂTAYTA ÉXATEPOY TEPLMÉVEL In., ibid.

Où pëy äpx véxns Evexax nélns rat Êpopuy xai Ty TOLOUTUY, ÉTOÀ MN gay anéyecbae. == Où 0’ nmérepou naides AJVYATÉTOUTL *XOTE EU, TO)Ù xa)uovos Ever véens. Ip., ibid., lib. VIII.

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