‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 146 sur 154 · CHAPITRE VIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIL

nature que les hommes; car à quoi serviront aux hommes, dans cette supposition, la prévoyance et toutes les autres facultés qui les élèvent si fort au-dessus des bêtes, qu’à les remplir de chagrin, d'incertitude, de crainte et d'inquiétude pour des choses qui n’arriveront jamais? Quelle apparence que Dieu ait donné aux hommes des espérances qui ne doivent être jamais remplies, des désirs qui n’ont aucun objet qui leur réponde, et des frayeurs inévitables pour des choses qui n’ont point de réalité? C’est ce qui n’a point du tout de probabilité ?

8. La connaissance que tous les hommes ont de leurs actions ou le jugement intérieur qu’ils prononcent là-dessus, nous fournit une troisième preuve d’un état à venir. C’est ce que l’apôtre saint Paul exprime en ces termes : « Les gentils « n'ayant point la loi, font la loi à eux-mêmes. Ils montrent « l'œuvre de la loi écrite en leurs cœurs, leur conscience « rendant témoignage, et leurs pensées entre elles s’accu- « sant ou s’excusant. » Rom., Il, 44,13. En effet, il n'ya point d'hommes: qui, après avoir fait quelque action de bonté, de courage et de générosité, ne s’applaudisse dans le fond de son âme de lavoir faite. Il n’y a point d'homme, au contraire, qui ne se condamne lui-même et qui ne se fasse de secrets reproches lorsqu'il lui arrive de commettre des actions basses, vilaines, malhonnèêtes et méchantes. Les premiers sont remplis de glorieuses espérances dans lattente d’une récompense ; les autres sont dans une agitation continuelle, et tremblent dans la crainte d’une punition. Or, il n’est nullement probable que Dieu, qui ne fait rien en vain, ait donné à l’homme une âme qui prononce nécessairement sur elle-même un jugement qui ne doit jamais avoir aucune suite, et qui soit perpétuellement agitée dans l’appréhension d’une sentence qui ne doit jamais être mise en exécution.

4. Le dernier argument, enfin, que les lumières de la droite raison nous fournissent pour nous prouver un état à

venir de peines et de récompenses, êst pris de la nature de l’homme, qui est évidemment une créature en état de rendre compte de ses actions, capable d’être jugée. On ne va pas demander raison de leur conduite à ces créatures dont les actions sont toutes déterminées par quelque chose qui est hors d'elles, ou par ce qu’on appelle le pur instinct. N’étant pas capables de recevoir de règle et de sy conformer, il est évident qu’elles ne sont point responsables de leurs actions. Il n’en est pas de même de l’homme. Il trouve dans son propre fonds un principe libre; il a le pouvoir de se déterminer à agir en conséquence des motifs moraux qui lui sont proposés ; il a enfin une règle suivant laquelle il doit se gouverner, et cette règle est la droite raison. Il peut donc rendre compte de toutes ses actions, et il faut nécessairement qu’il en réponde. Chaque homme, en effet, revêtu qu'il est d’une volonté naturellement libre, peut et doit conformer toutes ses actions à quelque règle fixe, et rendre raison de sa conduite. Toutes ses actions morales étant libres, sans compulsion et sans nécessité naturelle, procèdent ou d’un bon ou d’un méchant motif ; elles sont conformes à la droite raison, ou n’y sont pas conformes; elles sont dignes de louange ou de blâme, de récompense ou de punition. Or, puisqu'il y aun Être suprême à qui nous sommes redevables de toutes nos facultés, et puisque dans le bon ou dans le mauvais usage que nous faisons de ces facultés consiste tout ce qu'il y a de bon ou de mauvais dans nos actions morales, nous avons toutes les raisons du monde de supposer que les principes, les motifs et les circonstances de ces actions seront soumis un jour à l'examen; que nous serons jugés sui vant l’observation ou la transgression de la règle qui nous a été prescrite, et que de là dépendra la sentence que le souverain juge du monde prononcera pour notre absolution ou pour notre condamnation. Sur ce fondement, les plus éclairés des anciens païens ont cru et enseigné qu'après la mort les actions de chaque homme passeraient par un examen

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