CHAPITRE PREMIER
Des causes de l’athéisme,
- Tous ceux qui nient l’existence de Dieu appartiennent à quelqu’une de ces trois classes : les uns ne croient pas que Dieu soit; les autres affectent de passer pour incrédules sur cet article; les autres enfin, peu différents des premiers , nient les principaux attributs de la nature divine, et supposent que Dieu est un être sans intelligence, qui agit purement par nécessité; c’est-à-dire un être qui, à parler proprement, n’agit point du tout, mais qui est toujours passif. L'erreur de ces gens-là vient nécessairement de quelqu’une de ces trois sources.
Elle vient premièrement de l’ignorance et de la stupidité. Il y a des gens dans le monde qui n’ont jamais rien examiné avec attention, qui n’ont jamais fait un bon usage de leurs lumières naturelles, non pas même pour acquérir la connaissance des vérités les plus claires et les plus faciles à trouver,
Ils passent leur vie dans une oisiveté d’esprit qui les abaisse, peu s’en faut, à la condition des bêtes.
La seconde source de l’athéisme, c’est la débauche et la corruption des mœurs. On trouve des gens qui, à force de vices et de déréglements, ont presque éteint leurs lumières naturelles et corrompu leur raison. Au lieu de s’appliquer à la recherche de la vérité d’une manière impartiale, et de s'informer avec soin des règles et des devoirs que la nature prescrit, ils s’accoutument à tourner la religion en ridicule. Soumis à la puissance de leurs mauvaises habitudes , esclaves de leurs passions déréglées auxquelles ils s’abandonnent, ils sont résolus de fermer l'oreille à toutes les raisons qui les obligeraient à renoncer à des vices qui leur sont chers.
Il y a enfin des athées de spéculation et de raisonnement, qui, se fondant sur des principes de philosophie, soutiennent que les arguments contre l'existence et les attributs de Dieu, après l’examen le plus mür et le plus exact dont ils sont capables, leur paraissent plus forts et plus concluants que ceux qu’on emploie pour établir ces grandes vérités.
Ce sont là, je pense, les seules causes qu’on puisse imaginer de la rejection que les hommes font du dogme de lexistence de Dieu et de ses attributs ; et l'on ne saurait supposer d’athée qui ne le soit pour l’une ou pour l’autre de ces trois raisons. Je n’en veux point, dans ce discours, à ceux du premier ni du second ordre, je veux dire à ceux qui le sont par ignorance et par stupidité, ni à ceux qui, par le train de débauche qu’ils ont pris, se sont fait une coutume de plaisanter sur la religion, qui en font le sujet ordinaire de leurs railleries, et qui ferment l'oreille aux raisonnements solides qu’on leur propose.
Les premiers ont besoin d’être instruits sur les premiers principes de la raison, aussi bien que sur ceux de la religion. Les autres, aveuglés par un faux intérêt présent, ne veulent pas croire ce qu’on leur dit, parce qu’ils souhaitent qu’il ne soit pas véritable. Les premiers ne font point d'usage de