CHAPITRE PREMIER
leurs facultés naturelles; les autres y ont renoncé, et déclarent qu’on ne doit pas argumenter avec eux comme avec des créatures raisonnables. Ce ne sont donc que les athées de la troisième espèce que j'ai en vue, c'est-à-dire ceux qui le sont par voie de raisonnement, et qui, fondés sur les principes de la philosophie, soutiennent que leurs arguments contre l’existence de Dieu, leur paraissent, après l'examen le plus exact et le plus sévère, et plus forts et plus concluants que ceux par lesquels on s'efforce de prouver ces grandes vérités. Ces derniers sont les seuls athées que je puisse prendre à partie dans ce discours, puisque ce sont les seuls avec lesquels on puisse raisonner.
Mais avant de commencer à argumenter contre eux, il est bon de leur mettre devant les yeux quelques concessions préliminaires qu’ils sont HO nanen obligés de faire dans leurs propres principes.
Car premièrement, il faut qu’ils avouent de toute nécessité que, quand bien même l'existence d’un Dieu, c’est-à-dire d'un être sage, intelligent, juste et bon, par qui le monde est gouverné, serait une chose impossible à prouver, il serait au moins fort à souhaiter qu’elle fût vraie, et qu’il n’y a point d'homme sage qui n’en dût être ravi pour le bien et pour la félicité commune du genre humain. Que pour bannir du monde Dieu et la Providence, ils se forgent télles hypothèses qu’il leur plaira, qu’ils invéntent de nouveaux arguments, ces hypothèses, ces arguments les conduiront nécessairement à faire cet aveu. Diront-ils que l’idée que nous avons de Dieu, ne nous vient ni de la raison ni de la nature; que cette idée doit son origine aux artifices et aux desseins des politiques? Mais en parlant ainsi, ne confessent-ils pas que l'intérêt du genre humain demande manifestement que les hommes s'accordent à croire qu’il y a un Dieu ? Supposeront-ils que le monde est l'ouvrage du hasard, et que le même hasard qui l’a fait, le peut à chaque moment détruire? Mais il n’y a point d'homme qui porte l’extravagance jus-
qu’à soutenir qu’il ne valüt infiniment mieux, et qu'il ne fût par conséquent plus souhaitable de vivre sous la protection et sous la conduite d’un Dieu bon, puissant et sage, que d’être dans un état d'incertitude continuelle, sujet à tous moments à périr ! sans espérance de retour. Opposeront-ils à l'existence de Dieu le peu d'ordre et de sagesse qu'ils s’imaginent de trouver dans la-fabrique du monde et dans l’assemblage de toutes les créatures visibles? Cette supposition les engage à reconnaître qu'il aurait mieux valu que le monde eût été fait par un Être intelligent et sage, capable de prévenir toutes ces imperfections et tous ces désordres. La considération des désordres et de l'inégalité qu’ils prétendent trouver dans la conduite du monde moral, leur fournit-elle des armes pour combattre la Providence? Par là ils confessent clairement qu’il serait bien meilleur et plus souhaitable que le monde fût gouverné par un Être juste et bon, que de le voir abandonné à une nécessité sans intelligence et aux caprices d’un pur hasard. S'ils supposent enfin que l’univers existe par lui-même éternellement et nécessairement, et par conséquent que toutes les choses qui y sont s'y maintiennent par une aveugle et éternelle fatalité, il n’y a point d'homme raisonnable qui ne doive convenir que le pouvoir d'agir librement et avec choix ne soit préférable à la contrainte d’un destin absolu et inévitable, qui détermine nos RE de la même manière qu’une pierre est déterminée à se mouvoir vers le bas plutôt que vers le haut. En un mot, de quelque côté qu'ils se tournent et quelque choix qu’ils fassent d’une hypothèse sur l’origine et sur l’ar-
« Maria ac terras cœluinque = Una dies dabit exitio, multosque per annos Sustentata ruet moles ét machina mundi.
— Dictis dabit ipsa fidem res Forsitan, et graviter terrarum motibus orbis es Omnia conquassari in parvo tempore cernes: »
Lucaer,, lib, V, 93, 96, 97, 105,