‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 22 sur 154 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

tricables, où les a jetés l’idée de l’immensité, nous montrent que c’est une idée nécessaire qu’il n’est pas possible de bannir de notre esprit. Mais les cartésiens ont eu tort d'appliquer à la matière l’idée de l’immensité, puisqu’elle ne lui convient absolument point. En effet, je vais démontrer tout à l’heure qu’il est absolument impossible et contradictoire de supposer que la matière existe nécessairement,

Il s’ensuit en second lieu de ce principe qu’il n’y a point d'homme qui , faisant usage de sa raison, ne puisse s'assurer plus facilement de l'existence d’une cause suprême et indépendante que de l’existence d'aucune autre chose que ce soit , excepté la sienne propre. J’avoue que, comme les vérités les plus certaines des mathématiques sont quelquefois difficiles à démontrer, il se peut faire aussi qu’il y ait de la dificulté à démontrer les autres attributs de l’Être suprême; mais iln’en est pas ainsi de son existence; car une des premières et des plus naturelles conclusions qu’un homme qui pense puisse tirer, est celle-ci : Qu'il y a un Être éternel, infini, existant par lui-même, qui est la cause et l'original de tous les autres êtres. Il n’y a point d'homme qui puisse.révoquer en doute cette vérité, à moins qu'il ne renonce à toute certitude , et qu'il ne veuille révoquer aussi en doute l’égalité entre deux fois deux et quatre. Il est vrai qu’un homme entièrement stupide et qui ne pense point du tout, pourra peut-être ignorer cette dernière vérité, si claire et si sen-

« d'attention, je vois bien qu’il y a cette différence , entre l’idée de l’é- « tendue et celle d’un palais enchanté , que la première étant naturelle, « c’est-à-dire indépendante de ma volonté, elle suppose un objet qui

est nécessairement tel qu’elle l’exprime. Au lieu que l’autre étant arti- «ficielle , elle suppose aussi un objet, mais il n’est pas nécessaire que «cet objet soit absolument tel qu’elle le représente, parce que la volonté « peut ajouter à cet objet, ou en diminuer ce qu’elle veut, comme on l’a « dit, etc.» RéGis, Metaph., liv. I, Part. T, ch. 3.

« Puto implicare contradictionem, ut mundus sit finitus. » CARTES, Epist., 69, I Part.

sible. Peut-être n’y aura-t-il jamais fait attention; peut-être n'aura-t-il jamais laissé rouler ses pensées là-dessus. Mais qu'il s’imagine le contraire, qu’il décide positivement que deux et deux ne font pas quatre : c'est ce que je crois abso: lument impossible. Quoi qu'il en soit, je pose en fait qu’un homme qui pense et qui raisonne peut avoir une plus grande certitude de l'existence d’un Être éternel, infini et existant par lui-même que de l'existence d'aucune autre chose que 0e soif : 717 __ Je remarque en troisième lieu que la première certitude que nous ayons de l'existence de Dieu, ne vient pas de ce que nous faisons entrer l'existence par soi-même, dans l’idée que nous en avons, ou plutôt dans la définition que nous donnons de ce mot Dieu, en tant qu’il signifie un être qui possède toutes les perfections possibles. Cette certitude nous vient de ce que nous démontrons d’un côté négativement que tout ce qui existe ne peut pas être sorti du néant, ni s'être produit l’un l’autre dans un progrès à l’infini, et de l’autre positivement qu’il doit y avoir dans l’univers un Être qui existe actuellement hors de nous, et dont on ne saurait nier l'existence sans tomber dans une contradiction manifeste. Je ne veux pas prononcer positivement contre l’argument pris de ce que l'existence par soi-même entre dans l’idée de Dieu, ou de ce que cette existence est renfermée dans la défi: nition de l’Être qui a toutes les perfections. Je ne déciderai pas si c’est à juste titre qu'on infère de là son existence actuelle , ou si cet argument est un süphisme ; mais je dis qu’il paraît par les disputes éternelles des savants qui n’ont pu éncore ni s’entendre ni s’actorder là-dessus, que ce n’est pas un argument clair et démonstratif, propre à convaincre un athée et à le réduire au silence. Il me semble que lobscurité et le défaut de cet argument consiste en ceci : c’est qu’il ne porte que sur l’idée nominale ou sur la définition de l'Être qui existe par lui-même, et que la liaison entre cette idée nominale et l’idée réelle d’un être actuellement existant

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