‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 25 sur 154 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

que son opinion entraine après elle, s’enveloppe, dans la suite de son discours, dans l’obscurité de ses expressions ambiguës , à dessein d’éluder les arguments par lesquels il a prévu que son système serait attaqué. Car après avoir avancé sans détour, que toute ! substance existe nécessairement, on dirait qu'il a eu peur d’en avoir trop dit, et que sous prétexte de s’expliquer, il se rétracte; car il ajoute que la raison pour laquelle chaque chose ? existe nécessairement, et n’a pu être, à aucun égard, autre qu’elle est maintenant, c’est parce que chaque chose découle nécessairement de la nature divine. Le lecteur qui n’est pas sur ses gardes pourrait peut-être s’imaginer qu'il entend par là que, si les choses sont nécessairement ce que nous les voyons aujourd’hui, c’est parce qu’une sagesse et une bonté infinies n’ont pu les faire que dans l’ordre le plus convenable et le plus sage. Mais ce n’est là nullement la pensée de Spinoza. Car une nécessité semblable n’est pas une nécessité naturelle, ce n’est qu’une nécessité morale, une nécessité de conséquence, directement contraire aux vues et aux véritables intentions de cet auteur. Mais péut-être a-t-il voulu dire que Dieu a été déterminé à faire l’univers tel qu’il est aujourd’hui, non pas par une nécessité de bonté et de sagesse, mais par une nécessité purement naturelle, sans liberté et sans choix? C’est bien une partie de sa pensée, mais ce n’est pas encore tout ce qu’il a voulu dire. Car dans ce sentiment, tout absurde qu'il est, Dieu est au moins supposé distinct du monde matériel , ce que Spinoza nie en termes exprès 5. Je poursuis et je dis que l’on se tromperait encore, si l’on croyait que sa

* « Ad naturam substantiæ pertinet existere, » ubi sup.

? « Res nullo alio ordine neque alio modo a Deo produci potuerunt, quam productæ sunt. » Prop. XXXIII.

« Ex necessitate divinæ naturæ, infinita infinitis modis (hoc est omnia quæ sub intellectum infinitum cadere possunt) sequi debent. » Prop. XVI.

# « Vid. loc. sup. citat. »

pensée ait été d'enseigner que toutes les substances qui sont dans le monde, ne sont que des modifications de l’essence divine : ce n’est pas encore tout. Car dans cette supposition, Dieu serait un agent qui agirait au moins sur lui-même, et qui se manifesterait en différentes manières, conformément à sa volonté propre, ce que Spinoza ne veut pas ". On aperçoit, au travers de ses expressions obscures et ambiguës, que s’il a voulu dire quelque chose, et s’il a eu quelque chose de suivi dans son sentiment, ce doit être ceci : « Qu’une « substance ne pouvant être produite par une substance , et « Dieu n'ayant pu produire les choses autrement, ni dans «un autre orüre, qu'elles sont maintenant ? : » il faut que chaque chose qui existe soit nécessairement une partie de la substance divine, et cela en vertu d’une nécessité absolue à tous égards, et non pas simplement en tant qu’elle est une modification produite par une cause douée de volonté, de bon plaisir ou de sagesse. Ainsi l'opinion de Spinoza , exprimée en termes clairs et suivis, revient évidemment à ceci : c’est que tout le monde matériel et chacune de ses parties, aussi bien que leur ordre et leur manière d'exister, que tout cela, dis-je, est l’unique Être, qui existe nécessairement et par lui-même. Il faut donc qu’il se charge de toutes les absurdités dont je viens de parler, et que j'ai prouvé démonstrativement être des suites de l’opinion de l’existence nécessaire du monde. Il faut qu’il avoue que les choses de ce monde ont dù nécessairement être ce qu’elles sont, et qu’il y a de la contradiction à dire ou à s'imaginer le contraire, j'entends une contradiction réelle, une contradiction dans les termes mêmes, et non pas « eu « égard aux perfections de Dieu, » comme Spinoza le dit. Car cette expression venant d’un homme comme lui, qui soutient que l'univers n’est qu’un seul et même Être, ne si-

« Deum non operari ex libertate voluntatis, » Spin., Prop. XXXII, Corol. I, et Schol. ad Prop. XVII. + 2 « SPIN., locis supra cilalis. »

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