‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 26 sur 154 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

gnifie rien et n’est mise là que pour donner le change. Il faut qu’il dise que c’est une contradiction de supposer que les principales parties de l’univers aient pu être autres que nous ne les voyons aujourd’hui, soit en nombre, soit en figure, soit en arrangement. Il faut qu'il soutienne que le mouvement est nécessaire par lui-même , et par conséquent , qu’il y a une contradiction formelle à supposer qu'aucune partie de la matière est en repos. Il ne saurait éviter cette absurdité , qu'il ne se précipite dans une autre qui est encore pire, comme je l’ai fait voir dans la démonstration de ma seconde proposition générale : car il faut qu’il soutienne que le mouvement (considéré comme un être dépendant) a été communiqué de toute éternité d'une partie de la matière à l’autre, sans avoir eu aucune cause originale de son existence, ni interne ni externe. Ce parti cependant, tout absurde qu’il est, est celui que : Spinoza a cru devoir prendre. Ce sont là les conséquences absurdes que l’opinion de Spinoza entraine nécessairement après elle. Or c’est, à mon avis, avoir réfuté suffisamment une opinion , que d’avoir démontré que de pareilles absurdités en découlent inévitablement. De sorte qu'il n’est pas besoin d’autres preuves pour faire voir la fausseté de cette proposition, « que le monde entier est l’Être qui existe nécessairement et par soi-même. »

On à pu s’apercevoir qu’en prouvant qu’il n’est pas pos— sible que le monde matériel soit « l’Étre incréé, indépendant, existant par lui-même, etc., » j'ai laissé à quartier l'argument ordinaire, pris de l'impossibilité naturelle et absolue que le monde ait été de toute éternité, c’est-à-dire qu’il ait existé successivement depuis un temps infini, je ne l'ai pas fait sans dessein. Je n’ai pas voulu me servir de cet argument pour deux raisons que voici : Premièrement, parce

1 « Corpus motum, vel quiescens, ad motum debuit determinari, vel quietem, ab alio corpore, quod etiam ad moôtum vel quietem determinatum fuit ab alio, et illud itérum ab alio, et sic in infinitum, » Srin,, Eth, Part, II, Prop, XII, Lem. 3.

3h DE L’EXISTENCE DE DIEU.

qu'il ne s’agit pas entre nous et les athées de savoir « sil est possible que le monde soit éternel : » mais « s’il est possible qu’il soit l’Être original, indépendant, existant par luimême. » Ce sont deux questions très-différentes. Plusieurs de ceux qui ont embrassé la première se sont déclarés sans détour contre la seconde. La plupart des anciens philosophes, dont nos athées modernes vantent si fort l’autorité, et dont ils étalent les raisons d’une manière si triomphante, croyaient bien à l'éternité du monde, mais les arguments dont ils se servaient montrent qu’encore qu'ils aient cru le monde éternel, ils n’ont pas cru pourtant qu'il fût l’Être original, indépendant et existant par lui-même. Ils n’ont pas nié pour cela - l’existence d’une intelligence suprême qui préside sur lunivers et qui le gouverne, qui est précisément ce que nous appelons Dieu. De sorte que, quand bien même il nous serait impossible de répondre aux arguments qu’on allègue pour établir l’opinion de l'éternité du monde, les athées n’y gagneraient rien, et leur cause n’en deviendrait pas pour cela meilleure. En effet, presque tous les anciens philosophes, qui ont cru le monde éternel, ne l’ont pas cru pour cela indépendant et existant par lui-même. Il n’y a, comme je viens de le dire, qu’à considérer leurs arguments , pour voir que ce n'a pas été leur pensée. Les uns se contentent de prouver que quelque chose doit avoir été de toute éternité, et que l'univers n’a pu sortir du néant : c’est à quoi aboutissent tous les arguments d’Ocellus Lucanus. Les autres se sont représenté le monde comme une production éternelle et nécessaire, qui est sortie de la toute-puissance essentielle et immuable de la nature divine; cette seconde opinion paraît avoir été celle d’Aristote. Les autres enfin ont dit que le monde était une émanation éternelle et volontaire de la cause suprème et infiniment sage; c'est le sentiment d’un grand nombre de platoniciens. Il est clair qu'aucune de ces opinions n’accommode nos athées modernes, qui nient sans détour lexistence d’un esprit, d’une intelligence suprême. Je

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