‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 27 sur 154 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

conviens que l'opinion de l'éternité du monde est incompatible avec le sentiment commun : cependant, puisque les défenseurs de cette opinion ne l’ont pas crue incompatible avec la croyance d’un Être éternel, tout-puissant et tout sage, auteur et créateur de l'univers ; et puisque les arguments dont ils se sont servis pour défendre leur sentiment sont beaucoup plus propres à renverser l'existence nécessaire et l’indépendance du monde matériel, qu’à l’établir : qu’y a-t-il de plus injuste et de plus déraisonnable que la prétention de nos athées modernes qui se parent de l’autorité de ces anciens auteurs, et qui les allèguent, comme ayant été de leur parti? Qui ne voit en effet, que c’est en vain qu'ils allégueront ce que ces anciens ont dit de l’éternité du monde, tandis qu'ils ne pourront pas faire voir qu'ils ont aussi nié l’existence et le pouvoir suprême d’une intelligence éternelle? Ocellus Lucanus, un des plus anciens défenseurs de l'éternité du monde, que M. Blount fait aller de pair avec Moïse pour son antiquité et pour son autorité, Ocellus Lucanus, dis-je, s'exprime, il est vrai, en certains endroits, comme aurait pu faire un homme qui aurait cru que le monde matériel existe par lui-même. Car il dit « qu’il ne « peut ni être engendré ni se corrompre ‘; qu'il n’a ni « commencement ni fin *; qu'il est éternel par lui-même, « parfait et permanent à jamais °; » il ajoute enfin que « la « forme et les parties de l’univers doivent nécessairement « être éternelles aussi bien que sa substance et sa matière 4. » Mais quand il vient à produire les raisons qu’il a eues d’embrasser cette opinion, elles sont si pitoyables et si

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