‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 28 sur 154 · NE · texte numérisé non relu

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ridicules , qu’il n’y a point d’athée dans ce siècle qui n’eùt honte de les proposer sérieusement. Qui ne rirait, par exemple, de lui entendre prouver « que le monde doit être « éternel, sans commencement ni fin, par cette raison « qu'il est d’une figure sphérique, et que son mouvement « est circulaire, et que le cercle n’a ni commencement, ni « fin !, » Il s'attache aussi à prouver des choses que personne n’a jamais contestées : il prouve, par exemple, que quelque chose a dû être de toute éternité, parce qu’il est umpossible que tout ce qui existe soit sorti du néant ou tombe dans le néant. Il ajoute que « le monde est éternel, « parce qu’il y a de la contradiction à dire que l'univers a « eu un commencement, puisque, s’il avait eu un commen- « cement, quelqu’autre chose le lui aurait donné, ce qui «est impossible, puisque, qui dit l'univers, dit tout, n’y « ayant rien au delà. » Tout ce qu’il dit dans son livre se réduit à ce seul argument. De sorte que tout ce qu’il prouve réeliement n’est autre chose que ceci : c’est qu’il doit né-— cessairement y avoir dans l'univers un Être éternel; mais il ne prouve pas que la matière soit existante par elle-même, par opposition à l'esprit et à l'intelligence. ILest vrai qu’il avance que « l’ordre et les parties de l’univers sont néces- . «saires d’une nécessité absolue ; » mais ce qu’il dit là-dessus est tout à fait. ridicule, et ne prouve absolument rien. Outre cela , on trouve, dans ce même livre, où il débite ces pauvretés, aussi bien que dans quelques autres fragments que nous avons de lui, on y trouve, dis-je, des endroits où il est obligé de reconnaître que toutes les choses de ce monde , quelque éternelles et nécessaires qu’on les imagine, sont pourtant la production « d’un esprit éternel et « intelligent * ; » que c’est aux perfections de cette intelli-

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Hres yXp Toù cyÂuaros idéx, xvx)os oùros Où mévrobsy icoe vai Gmouos, duTEp drapyas xul areksotatos. In., ibid,

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; CHAPITRE LV. 31 gence «que lé monde doit sa beauté et son harmonie, » et que c’est de là en particulier que viennent «les organes des sens, «les facultés et les appétits de l’homme ?, » toutes choses qui ont leur dessein, et qui se rapportent vblotients à une fin.

Aristote a été aussi un grand défenseur de l'éternité du monde; jamais pourtant il n’a nié l'existence de Dieu , ni prétendu: donner la moindre atteinte à son pouvoir, à sa . bonté ou à sa sagesse. Au contraire ; il ne s’est rangé à cette opinion de l’éternité du monde que parce qu’il s'était imaginé qu'un si bel ouvrage devait nécessairement être la pro— duction éternelle d’une cause éternelle aussi excellente qu'est Dieu. Il était si- éloigné de croire que la matière fût la première et originale cause de toutes choses que ‘dans la description qu'il donne de Dieu, il le représente, au contraire, «comme un Être intelligent et immatériel *; le pre- «mier moteur dé toutes choses qui ne peut être mû (lui: « même #, » et qu'il décide en termes exprès «« que ,Siln'y « avait dans l'univers que matière, il n’y aurait point de « cause première et originale, mais une # progression de cau- « ses à l'infini, ce qui est absurde. » |

Je sais qu’il y a d’autres philosophes qui ont enseigné clairement et sans détour, que la matière était non-seulement éternelle, mais aussi existante par elle-même et entière ment indépendante, et qui en ont fait un second principe coexistant de toute éternité avec Dieu, et indépendant aussi bien que lui. Mais j'ai déjà fait voir, dès le commencement

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a . DE L’EXISTENCE DE DIEU.

de ce chapitre, l’absurdité de cette opinion, lorsque j'ai démontré qu’il est: impossible que la matière existe par ellemême, et j'en démontrerai plus amplement la fausseté lorsque je traiterai de l’unité de l'Être existant par lui-même. Quel que puisse avoir été le sentiment de Platon sur Vbrs. gine de la matière, ce philosophe s ”est expliqué sur la formation du monde d’une manière très-ample et très-nette.. Il dit que le monde a été créé et formé par un Dieu intelligent , et sage. Il n’y a même aucun des philosophes anciens qui ait parlé de la nature de Dieu et de ses attributs en de plus beaux termes !, et d’une manière plus sage qu’il le fait dans tous ses ouvrages. Il semble cependant qu’il renvoie l’épo-

que de Ia formation du monde à un temps indéfini, lorsqu'il

dit dans son Timée : « Que le monde * doit être nécessaire- « ment une ressemblance éternelle de Pidée éternelle.» Quoi qu'il en soit, ceux de ses-disciples qui sont venus après lui, ont prétendu.que, par la création du monde, il ne fallait pas entendre une création arrivée dans le temps, mais une création faite de toute éternité. Platon a voulu dire, selon eux, que Dieu n’est pas avant le monde, d’une priorité de ternps, mais seulement d’une priorité de nature. C'est le tour qu’ils ont donné à sa pensée et le sens qu’ils ont cru devoir assigner à ses expressions. Ils ont supposé que la volonté de.

10 motThs 24 TATAP TOÙdE TOÙ AUTOS.

“O fr, oùpardy at Oeods, xt névra A à odpavés, (XA\ TA Ëv 400%, xx UT 0 As Amavra épyasdmevos. De Republ., Livre. 10.

? Häca avéyrn Tovde #66 moy eixGVA TUVdS Eva. PLAT. in Tim. Voici comment Cicéron rapporte ce passage, qui dans les exemplaires de Platon, est très-imparfait : |

« Si ergo generatus est (mundus ) ad id effectus est, se ratione sapientiaque comprehenditur, atque immutabili &ternitate continetur. Ex quo efficitur, ut sit necesse hunc,quem cernimus, mundum, simulachrum Lin esse alicujus œlerni.» Cic., de Univers.

« Qui autem à Deo quidem factum fatentur, non tamen volunt eutn temporis habere, sed suæ creationis inilium ; ut modo quodam vix intelligibili, semper sit factus.» Aucusr., de Civil. Dei, lib. 11, cap. 4.

« De mundo, et de his quos in mundo deos à deo factos scribit Plato,

CHAPITRE IV. 39 Dieu et le pouvoir qu’il à d’agir étant nécessairement de toute éternité, aussi bien que son essence, les effets de cette volonté et de cette puissance doivent avoir été aussi de toute éternité, ni plus ni moins que la volonté et la puissance méme la même manière que la lumière doit être conçue coéternelle au soleil, l'ombre à l’interposition du corps opaque, et l'empreinte du sceau au sceau mêmé, supposé que les causes de ces effets soient éternelles.

De tout ce que je viens de dire, il paraît très-clairement que c’est à tort que nos athées Hodetics se glorifient du consentement de ces anciens philosophes, qui ont enseigné l'éternité du monde, et qu’ils n’ont aucune raison de se parer de leur autorité. Car, puisque ces anciens auteurs n’ont jamais ni prouvé, ni entrepris de prouver que le monde matériel est ‘indépendant, existant nécessairement et par luimême; qu'ils ont, au contraire, enseigné qu'il était un effet éternel d’une cause éternelle; et que cette cause est Dieu ; il est évident que, Supposé même qu’il ne fût pas possible de réfuter leur opinion, la cause des athées de nos jours n’v

apertissime dicit èos cœæpisse esse, et habere initium. — Verum id quomodo intelligant, invenerunt (Platonici) non esse hoc videlicet temporis, sed substilutionis initium. » Lib, X, cap. 31.

« Sed mundum quidem fuisse semper, philosophia auctor est; conditore quidem Deo, sed non ex tempore. » Macror., in Somn. Scip., du Lt Cap: 10.

Kat ei Boÿer, mapadsiypare dé ride TG Papipu, EsvaryÂco TpÔs Tè. Énromesoy" past YAp ôTt x204Trep atTioy Tà Mu TOÙ ÉxdoTOU gxias ‘yivETAte “Ouéypovas dë ro copare Y arxlx mai oùy nb éd Oùru da xai dde à 0 z0u05 De dt bel A écTt TOÙ Deoù œiriov éyTos TE) Toù elyat, xai Evyatlouos éste té Ozéi* oùxéte dE «ai Oporuos. Zachar. Scholast. Disputa.

« Sicut enim, inquiunt ( Platonici } si pes ex æternitate semper fuisset in pulvere, semper ei subesset vestigium ; quod tamen vesligium à calcante faetum nemo dubitaret; nec alterüm altero prius esset, quamvis alterum ab altero factum esset : sic, inquiunt, et mundus atque in illo dii creati, et semper fuerunt, semper existente qui fecit, et tamen facti sunt. » Auausr:, de Civitat. Dei, lib, X, Cap. 31.

gagnerait rien; puisqu'ils ne veulent point reconnaître dans l'univers intellisthes suprême , et qu'ils n ’admettent pour. cause suprême et originale de toutes choses que la pure mé Fe tière, et je ne sais quelle aveugle nécessité. à

La seconde raison qui m'a déterminé à ne. pas porter en ligne de compte l’argument ordinaire pris de l’absolue im: possibilité, que le monde ait été de toute éternité, ou qu’il ait existé depuis une succession de temps infinie; la raison, dis- . je, qui m'a fait omettre cet argument de la démonstration de cette proposition : « que le monde matériel ne peut pas « être l'Être premier, l Etre original, incréé, indépendant et « existant par lui-même, » c’est que je ne le crois pas propre à convaincre un athée, ni à faire aucune impression sur un esprit qui ne serait pas rempli par avance de l’idée transcendante de léternité de Dieu. L’athée, en effet, qui ne se paye pas des distinctions subtiles de l’école, ne manquera pas de rétorquer contre l'éternité de quelqu’ être que ce soit, tout ce qu’on mettra en avant pour réfuter la possibilité de l'éternité du monde. Il dira que c’est un argument qui ne prouve rien, puisqu'il prouve trop; que ce n’est qu'une difficulté qui vient de ce que nous ne pouvons pas concevoir au Juste la notion de l'éternité. J'ai déjà fait voir qu’on peut, par les seules lumières de la droite raison, prouver démonstrativement contre l’athée le plus déterminé, que le monde matériel n’existe ni nécessairement ni par luimême, et qu'il est l'ouvrage d’un agent supérieur distinct de la Rae, Mais ces questions, en quel temps le monde a-t-il été créé? la création at-elle été faite, à proprement parler, dans le temps ? ces questions, dis-je, ne Sont nullement faciles à décider par la raison (eomme il paraît par la diversité des opinions que les anciens philosophes ont eues sur cette matière ); ce sont.des choses dont il faut aller chercher la décision dans la révélation. Ceux qui s'efforcent de prouver qu’un espace infini où une durée infinie sont des chimères fondées sur l'impossibilité, qu’une addition de par-

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