‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 3 sur 154 · INTRODUCTION. | V · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. | V

philosophie dominante, trop faible pour la renverser, trop

honnête pour y céder. A ce dernier titre, Clarke mérite toutes nos sympathies; sa défense du libre arbitre, de limmortalité de l'âme et des perfections divines lui marquait une place dans cette publication.

- Les écrits de Clarke sont clairs et d’une lecture facile, même aux écoliers en philosophie. L'abondance , et quelquefois même la diffusion des développements, dispensent l'éditeur de commentaire. Il ne s’agit plus ici ni d’oriénter le lecteur dans les tâtonnements laborieux de la peñsée de Descartes, ni de le préparer aux singularités de Malebranche, ni de lui éclairer les obscurités de Spinoza, ni

enfin de le conduire dans les tortueux circuits des livres de Leibniz. On nous pardonnera donc de donner très-peu à l'exposition et beaucoup à la critique; et comme la eri-

tique suppose une doctrine déjà formée, qui sert de mesure, nous expliquerons d'abord cette doctrine avec quelque détail, C’est des preuves de l'existence de Dieu, c’està-dire du point qui a principalement occupé Clarke, et auquel il subordonne tous les autres, ques nous ous parler. #0.

L'esprit humain n’a pas attendu les tardifs efforts de ï philosophie pour concevoir un Dieu, pour croire à: son existence, pour se composer une idée quelconque, confuse ou claire et vraie ou fausse , de sa nature et de ses attributs. Cette croyance et cette idée sont comme un fruit naturel de notre constitution pensante ; la réflexion peut bien le mûrir , mais elle le trouve tout formé. Il est né en nous et s’y est développé d’abord par la seule vertu de notre nature intellectuelle, de l’activité toute spontanée qui lui est pr Dpre et des lois irrésistibles qui la gouver-

Se)

v) ES INTRODUCTION.

nent. Autrement, une inspiration primitive révèle Dieu à l’homme, et cette inspiration, qui s’ignore elle-même, = est le fond éternel de toute philosophie religieuse. La réflexion, quand elle s’éveille, tâche d’abord d’en déméler les ressorts cachés, pour ensuite la diriger et la contenir : elle en retrace la marche et s'efforce de la discipliner ; simple, elle la divise .et, après qu’elle en a décomposé le produit, elle exprime sous ses formes propres et ce pro-: duit, et tout le travail intérieur qui l’engendre, désormais élevé à la conscience de lui-même et distingué dans ses divers moments. De là, ce qu’on nomme les preuves de l'existence de Dieu. Leur diversité est l’œuvre de l’analyse , leur forme n’est qu’un vêtement que la réflexion applique aux procédés de Ja raison; leur source est cette raison même dont la philosophie se borne à recueillir et à interpréter les oracles. Or, cette image réfléchie de la | vérité naturelle peut être inexacte, cette analyse défectueuse, ce vêtement mal approprié, ce commentaire trompeur. Alors, il faut revenir à la raison, comparer la copie à son modèle , les parties au tout primitif d'où elles sont détachées, la forme au corps, la traduction au texte. Jà seulement, mais là certainement est la lumière ; je veux dire dans l’exposé simple et vrai des lois sous l'empire desquelles l'esprit s'élève naturellement à Dieu : et ce n'est qu’en les rapportant à leur source qu’on obtient l’intelligence et qu'on prépare la critique des preuves philoso- phiques de l'existence de Dieu.

Je suis et je sais que je suis, mais je sais clairement aussi qu'étant, je pourrais ne pas être, que j'ai dû commencer et que je pourrai finir ; je Sais, en d’autres termes, que je n'ai pas en moi la raison de mon existence, Tradui-

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INTRODUCTION. G vi) sez : Je sais que la raison de mon existence, qui n’est pas en moi, est en un autre que moi-même ; et cet autre, il faut qu’il ait en soi sa raison d’être , sans quoi, ne s’expliquant pas par lui-même, il ne suffirait pas à m'expliquer, et je demeurerais aussi peu avancé qu'auparavant, Cet autre est donc nécessaire, absolu, existant par soi, Ainsi , l’inévitable sentiment que j'ai de la contingence de mon être, appelle , inévitablement aussi, dans mon esprit, Ja conception de la nécessité d’un être sans lequel je ne serais pas, et sans la notion duquel, me sachant ainsi insuffisant à me donner comme à me conserver l'être, je ne puis me comprendre. Et ceci n’est pas un raisonne-

ment, mais un fait ; c’est l’histoire de ce qui se passe dans __ toute intelligence humaine par la force d’une loi commune

de notre uniforme constitution. Il n°v a de différence, sous ce rapport, entre les esprits, que dans le plus ou moins.

de lumière qui accompagne et éclaire en chacun de nous,

et l'opération intime en laquelle consiste cette sorte de révélation naturelle, et la conception qu'elle apporte à nos

| nn . âmes. Claire ou confuse, elle est en tous, et en tous elle

est l'effet d’un acte simple et rapide, d’une suggestion involontaire , d’une intuition immédiate de nos esprits. La

philosophie, pour exprimer ce caractère de l'acte , le qualifie de conception a priori , et elle appelle raison pure la faculté intellectuelle dont il est l'opération.

Être contingent, être dépendant, être imparfait, être. borné , c'est tout un; et je n’ai pas plus vite ni plus clairement le sentiment de ma contingence que celui de mon imperfection et. de ma faiblesse. Par contre, l'être que je conçois comme nécessaire , je le conçois aussi comme absolument parfait et infini; il existe sans bornes, puisqu'il

vi = + INTRODUCTION.

existe sans conditions ; il est éternel, puisqu'il ne peut pas ne pas Ctre; il est immense, puisque rien ne le limite, ni par conséquent ne le mesure ; ilestparfait, puisque rien

ne lui manque. Il faut peut-être quelque attention pour découvrir ces attributs de sa nature dans l’idée de l’absolue existence; il en faut surtout pour ne pasméler incon-

sidérément à la pure lumière de cette idée et de ce qu’elle implique, les fausses lueurs de mon imagination. Trop jeune ou mal contenue, elle obscurcira de ses chimères ma raison troublée ; et ce n’est pas en un jour que l'esprit parvient à dégager de cet impur alliage la notion qu'il se

forme de l’Être parfait. Mais cette attention, nécessaire assurément, difficile peut-être, est suffisante, sans le rai- -Sonnement, pour nous faire apercevoir, dans la nécessité …

de l'être par soi, son infinitude et sa perfection, et pour écarter toute assimilation trompeuse de son éternité et de son immensité, avec la durée successive et l'étendue com- posée de notre existence mortelle et fluide". C’est encore

la raison , la raison bien consultée , la raison soustraite aux

séductions de l'imagination et des sens, qui affirmera alors, avec la nécessité de l'être par soi, la perfection, l’infu Ke

tude, limmutabilité, l'éternité , l'immensité , l'unité de ce même être.

Et cet être absolu , parfait , infini , que je concois immédiatement, en même temps que j'ai conscience de moi, je le connais, immédiatement aussi, comme actuel et réel ; autrement, je ne commence pas par l’imaginer comme simplement possible , pour ensuite chercher si réellement il est, et conclure , par la vertu de je ne sais quelle déduc-

Voyez br: Traité de l'Exislence de Dieu, part. I, ch. art: et 4,

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