INTRODUCTION, PETER
tion logique dont je n’ai nulle conscience et nul besoin , de 5 , oi
son existence possible , son existence réelle. Je ne vais pas
de la pensée à l'être, de l’idée à l’objet. Ges distinctions et ces détours ne sont que subtilités philosophiques, étransères aux procédés de la nature. Dans le fait, je crois à l'être nécessaire du même coup que je le conçois. Il en est de cette croyance comme de ma croyance au monde extérieur ; celle-ci est immédiate et intuitive ! ; la perception des corps est un fait simple, qui contient ensemble , dans une indivisible unité , et la notion que j'en acquiers et l’affirmation , mentale au moins, de l'existence de son objet. Quiconque brise, sous prétexte de l'expliquer , l'unité de ce fait, tombe forcément dans l’idealisme , conséquence nécessaire du réalisme hypothcnique. C’est de même une sorte de théisme hypothétique, si l'on peut dire ainsi, que la doctrine, si orthodoxe qu’elle paraisse, qui, mettant à part l’idée de Dieu d’un côté, sa réalité de P autre, fait de. l'existence de Dieu.un problème d’abord , et ensuite une ‘onclusion ; cette doctrine mènera droit à l’athéisme un rit conséquent , parce que , ici comme là , la connais-
$ ance est , en fait, convertible avec l'existence , et qu’on ne
tente pas impunément de substituer d’autres voies à celles de la nature. 11 èst vrai que je ne touche ni ne vois Dieu, par la grand raison qu’il n’est ni visible ni tangible ; je n'en ai pas non plus conscience , à proprement parler, parce qu’il n’est pas moi ; mais, le concevant , je connais qu'ilest, comme je sais que je suis, et comme Je perçois que la matière existe. Il serait étrange d’ailleurs que l'être nécessaire ne me fût donné que comme possible, tandis
! Voy£z Fragments de it CA hie de W. Hamilton, rad. Peisse; art, Reid et Brown.
x € INTRODUCTION.
que l'être contingent qu’il m'explique est bien réellement actuel ; mon esprit irait donc chercher dans une existence problématique la raison d’une existence certaine. | Voilà en peu de mots, non pas la preuve de l'existence de Dieu, mais l'histoire du procédé tout à fait simple suivant lequel l'esprit humain, de lui-même et sous la seule direction de ses lois, s'élève à propos du fini à l’infini, et conçoit Dieu au-dessus du monde, Cette histoire x resterait cependant trop incomplète, et dans ce Dieu absolu et parfait, on ne reconnaîtrait pas encore le Dieu des religions antiques, si nous n'ajoutions les remarques suivantes : Dieu existe nécessairement, et par suite, infiniment ; il possède donc tout l'être, et il semble qu'aucun mode d'existence, réel ou possible, ne puisse lui être refusé; d’ailleurs , il est la raison de ce monde, et pour en être la raison, il faut qu’il contienne en soi au moins tout ce qui est de ce monde: il doit v avoir dans la caüse autant ou plus que dans l'effet. Guidé, peut-être à son insu, par ce principe qui peut n'être longtemps qu'un vague soupcon à peine exprimé, le genre humain compose à se dieux un assemblage variable, et d’abord informe, d’attributs souvent contradictoires, Tout ce que l’homme connaît d’existant, ill’élève comme instinctivement à l’infinité, pour le rapporter à Dieu : se sentant cause et force, il fait de Dieu une force très-puissante à laquelle rien ne résiste ; intelligent, il attribue à Dieu une infaillible saoesse; juste lui-même par moments, il le fait juste et saint par essence ; passionné, il lui prête ses passions; durant d’une durée successive et bornée, il place l'existence divine dans une durée inépuisable , qui n’a ni commence-
INTRODUCTION. | “x ment ni fin; s’agitant dans un coin du monde, par de les limites duquel il conçoit à l'infini des espaces sans | bornes, il étend la présence divine dans cette immensité; assujetti pour agir à des organes, il va quelquefois jusqu’à soumettre Dieu à la même condition, lui forgeant, dans son imagination, des membres et un corps pareils aux siens, et seulement plus puissants. Ainsi, l’homme fait Dieu à son image et à l’image du monde, parce qu'il pressent que lui-même, ainsi que le monde, a été fait à l'image de Dieu. Ainsi s’entassent confusément , sous le; mot de Dicu, autant de diverses idées que l'expérience en suggère qui semblent pouvoir s’allier entre elles et avec la notion de l'être nécessaire, Dans la première enfance intellectuelle des peuples, on ne songe pas à établir régulièrement cette concordance; la critique n’est pas née encore ; et l'enfance se contente aisément d’un Dieu plus humain que divin, chargé d’attributs incompatibles, mais qui, à défaut de régularité logique , a le mérite de se laisser ueux comprendre à l'imagination et aux sens, toujours éveillés avant la raison. De Rà, le fétichisme; de là, l’an-
thropomorphisme et toutes les chimères des religions pu-
rement humaines. Peu à peu cependant , et naturellement encore, par la force même des choses et sous la loi du progrès, ces notions grossières s’épurent ; ce chaos se débrouille et la lumière commence à y luire. À mesure et effet que la raison humaine croît et mûrit, les notions de nécessité, de perfection , d’infinitude , d’abord enveloppées de ténèbres, se dégagent et s’éclaircissent ; plus sûr d’elles, l'esprit voit mieux ce qui leur convient ou non ; et ie Dieu qu’il adore, perdant chaque jour quelqu'un de ses attributs supposés ; tandis que ses vrais attributs apparaissent avec
AR
Xi] “ie * - ANTRODUCTION.
. plus de clarté, ressemble de plus en plus au vrai Dieu de l'univers.
C'est ainsi formée, composée d'éléments hétérogènes, quelquefois discordants, plus ou moins épurée d’ailleurs suivant les temps et les lieux, que se trouve établie dans les esprits et souvent consacrée par un culte public, la notion de Dieu, quand la réflexion s’éveille et que naît la philosophie. La philosophie recueille donc cet héritage du travail intellectuel des générations antérieures, et c'est le fond sur lequel elle va travailler. C’est elle qui présidera dès lors, avec la prétention de le régler, au développement, désormais réfléchi, des idées religieuses, de celles-R , voulons-nous dire qui, n'étant pas fixées à jamais par l'autorité inflexible d’une révélation divine , relèvent de l'esprit humain, participent en conséquence de sa mobilité et suivent ses progrès. Or, quelle est ici la tâche de la * philosophie et de la réflexion ? que peut-elle et que doitelle faire de ce droit d'intervention qu’elle prénd dans l’avancement de la religion naturelle? Si nous ne nous trompons, sa tâche est fixée, l'emploi de ses pouvoirs … réglé, les limites de ses droits tracées par les considéra= tions qui précèdent. Car en ceci, comme en tout, la philosophie n’a et ne peut avoir d'autre tâche, d’autre devoir, d'autre droit que de suivre la nature, pour la conduire sans doute, pour en corriger les écarts, pour en redresser les déviations, pour en prévenir les chutes, mais toujours ‘à la condition de la connaître d’abord, et ensuite de ne la point violer. La nature humaine est en cela comme la nature extérieure, dont Bacon disait très - bien que, pour Jui commander, il faut commencer par lui obéir, En d’autres
termes, il y a en nous, pour connaître , autant de facultés se Ke, Le
INTRODUCTION. À 4 ‘Xiie distinctes qu'il y à de sortes de choses qu'il nous faut connaître ; Dieu nous les à données, parfaitement bien appropriées chacune à son but; les changer est impossible, et s’il était possible, serait insensé ; substituer l’une à l’autre dans la recherche des choses, demander par exemple à l’expérience ce que révèle la r'aison ou à la raison ce que constate l’expérience, c’est vouloir entendre par les yeux ou voir par les oreilles. Consultez chaque faculté sur son objet propre, et point sur d’autres ; voilà tout ce que vous pouvez faire. Sur Dieu, demandez d’abord à la raison ; elle vous le livrait toute seule, agissant en vous, sans vous , et comme à l'insu de vous-même; pénétrez le secret de ses opérations ; amenez l'esprit à la conscience nette de lui-même et des procédés qu’il suivait sans s’en douter d’abord ;, alors , il les gouvernera ; il pourra en contenir la précipitation naturelle; il en surveillera la marche et en contrôlera les produits. Ces produits eux-mêmes , examinez-les une fois obtenus ; discutez-les; tirez-les de leur obscurité primitive, et, par la puissance de la réflexion, entourez-les de toute la clarté possible ; fixez-les enfin dans des formes simples et bien appropriées. Voilà, encore une fois, tout ce que la philosophie peut faire. Au sujet de Dicu , de sa nature et de ses attributs, voici donc à AnOE se réduit sa tâche : #
Premièrement, étudier, décrire, exprimer cette rs tion par laquelle, à propos du monde, l'esprit conçoit Dieu ; opération rapide, accompagnée d’une croyance immédiate , et dont le résultat est la notion, formée a priori, d’un être nécessaire, de Dieu et d’un Dieu actuel. Poser ce résultat, l’analyser, s’il est complexe ; discerner les ca-
ractères de cette notion et en sonder le contenu ; éprouver à b
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xiv : INTRODUCTION.
par la critique ; chercher si ce ne serait pas par hasard une forme vide, une création arbitraire de notre esprit. Bien décrite, l'opération est légitimée par sa réalité même ; bien constaté, le produit est justifié par le seul fait de sa présence naturelle dans l’entendement. Il n’y à pas, il ne peut pas y avoir d'autre démonstration de l'existence de Dicu ;
Secondement , étant suggérée par la raison, la notion de l’être nécessaire, infini et parfait, comme en fait, et par une induction légitime et irrésistible , l'esprit humain revêt cet être des attributs, connus par expérience, de sa créature bornée, refaire cette induction, qui s’accomplira sous la règle suivante : attribuer à Dieu, de la nature humaine, ce qu'il y a en elle qui comporte la perfection et ne se détruit pas par l’infinitude, et ne lui en attribuer que cela. L'idée de l’infinitude, qui constitue l'essence même de Dieu, bien éclaircie, devient alors un criterium à la lumière duquel sont retirés à la nature divine les chimériques attributs que l'imagination lui avait prêtés, ct sont attachés solidement à cette même nature ses attributs véritables. Ainsi s’épure , en se réduisant, la liste des attributs de Dieu ;
Troisièmement, enfin, concilier ces attributs entre eux et avec les faits de l’expérience, justifiant et vérifiant par l'expérience, quand elle y est conforme, les résultats posés; dissipant, lorsqu'elle y semble contraire, les apparentes oppositions qui naissent d’une observation superficielle ou inattentive de ce monde : répondre aux objections. He ji La philosophie ne s’est pas ordinairement contentée de ces humbles fonctions, qui la réduisent à n’être que l'in
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