‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 31 sur 154 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

V® Prop. Que VÊtre qui existe par lui-même est nécessairement : | éternel.

Mais bien que la substance ou l'essence de l'Être suprème soit en elle-même absolument incompréhensible, nous pou- __ vons cependant démontrer plusieurs de ses attributs essen—

tiels aussi bien que son existence. Et premièrement, il est certain que « l’Être existant par lui-même doit nécessaire- « ment être éternel. » L'idée de l'éternité et celle de l’existence par sginème, ont entre elles une connexion si intime,

« Padsret : me dicere non intelligere, si ipsi intelligerent qui tracta- . runt.» Meich: Can., lib, IT, cap. 7.

h6 DE L'EXISTENCE DE DIEU.

que si vous posez l'éternité: d’un être indépendant, qui n'a aucung eause extérieure de son existence, vous posez par le même moyen son existence par lui-même; et si vous établissez la nécessité d’un Être existant par lui-même, vous établissez aussi qu’il doit.être nécessairement éternel. Noûs avons fait voir ci-dessus qu’exister par soi-même, c’est exister d’une nécessité absolue, d’une nécessité de nature; or cette nécessité étant absolue, et ne dépendant d'aucune cause extérieure, il est clair qu’elle doit être toujours la même, et que rien n’est capable de la changer, tout ce qui est sujet au changement ne l’étant que par l impression qui lui vient de la part de quelque agent extérieur. Il est donc évident qu’un être qui existe par une nécessité de nature, et qui ne reconnaît d'autre cause de son existence que soi-même, doit nécessairement avoir existé de toute éternité, n’avoir point eu de commencement, et continuer à exister encore aux Siècles des siècles, sans qu’il y ait jamais de fin à son existence. Il est bon au reste d’avertir qu'il faut concevoir une différence infinie entre la manière dont Dieu existe éternellement, et la manière d'exister de tous les autres êtres, de ceux-là même qui sont destinés à durer éternellement; car . au lieu que ceux-ci, à cause des bornes étroites de leur esprit, ne peuvent ni embrasser tout le passé, ni connaître parfaitement le présent, ni prévoir tout ce qui est à venir, ni disposer de cet avenir à leur bon plaisir ; au lieu que leurs pensées, leur connaissance et leur puissance ont leurs limites au delà desquelles il ne leur est pas possible d'aller, et qu’elles sont de plus successives et passagères aussi bien que les choses sur quoi elles s’exercent ; l’Être éternel, au contraire, la cause suprême (supposé que ce soit un être intelligent, comme on le fera voir dans la suite de ce discours): l’Être éternel, dis-je, doit nécessairement avoir une connaissance de toutes choses si parfaite, si indépendante, si immuable, qu'il n’y a point d’instant dans sa durée éternelle, où le passé, le présent et l'avenir ne lui soient parfaitement

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