CHAPITRE Vi
connus, et où tout ce qui existe, les choses à venir aussi bien que les présentes, ne soient aussi soumises à son pouvoir suprême, que s'il ny avait point de succession réelle,
et qu’elles fussent toutes actuellement présentes. Jusque-là , il n’y a rien dans ce que nous disons de la durée éternelle de l’Être existant par lui-même, qui ne soit très-intelligible , et l'athée ne peut pas dire que nous ayons avancé rien d’im— . possible ou d’absurde. Cette durée éternelle est, à parler proprement et dans le sens le plus naturel et le plus excellent, interminabilis vilæ tota simul et perfecta possessio, c’està-dire la jouissance entière et parfaité d’une vie sans fin.
D'autres ont dit que la différence entre la manière d’exister de la cause suprême et celle des êtres créés consiste en ceci: c’est qu'au lieu que la manière d'exister des derniers est une succession continuelle, une durée qui s'écoule, celle de la cause -suprême. n’est qu’un point ou un instant qui renferme toute l'éternité, et dans lequel toutes choses coexistent réellement. Je n’insisterai pas maintenant sur cette distinction, elle ne m'est d'aucun usage dans cette dispute. Quand on la supposerait juste et, véritable, je ne crois pas qu’il fût possible de la mettre dans un assez grand jour pour convaincre un athée , et pour empêcher qu'il ne la regarde comme un véritable jeu de mots ; à quoi ajoute que si d’un
côté l’on voit la généralité des scolastiques en faire cas, et
faire tous leurs efforts pour la défendre; on trouve d’un autre côté des personnes qui ne leur cèdent en rien ni en savoir, ni en pénétration, ni en jugement, qui la rejettent et qui s’en moquent !.
! « Crucem ingenio figere ; ut rem capiat fugientem captum.— Tam fieri non potest , ut instans ({emporis) coexistat rei successivæ, quam impossibile est punctum coexistere (coeætendi ) lineæ. — Usus merus non intellectorum verborum. » Gassenpus, Phys., lib. I.
«Je n’ai pas dessein de vous parler des notions obscures et peu so- « lides des scolastiques, qui disent que (l’éternité de Dieu) est duratio
« 1o1a simul, une durée dans laquelle il ne faut pas concevoir de succes- « sion, mais qu’il faut imaginer comme un instant. J'aimerais autant