‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 38 sur 154 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

que les couleurs, les sons, le goût et telles autres choses: semblables, proviennent bien de la figure et-du mouvement, qui de soi-même ne possèdent pas ces qualités ; où que la figure, lac ivi isibilité et telles autres qualités, sont des choses que Dieu, de A de tout le monde, a communiquées à là. matière , bien il n'y ait en lui ni divisibilité ni figure, et. que ce soit même un énorme blasphème que de lui attribuer aucune de ces qualités. Ainsi , dira-t-on , la connaissance a pu dela même manière sortir d’un fonds sans intelligence ‘. mi La réponse à ces objections est très-facile: car premièrement il n’est pas vrai, que les couleurs, les sons, les goûts, etc., : soient: des effets produits par-la figure et le mouvement‘ simple. Il n’y a rien dans les corps, qui sont les objets des sens, qui ait le moindre rapport avec ces qualités. Il est. clair que ce sont des pensées ou des modifications de l’âme, qüi est un être intelligent; et que les impressions de la figure et du mouvement n’en sont point, à parler proprement, la cause, mais seulement l’occasion. Quand nous por terions la complaisance envers l’athée jusqu’à Jui passer cette supposition absurde, que l'âme est purement matérielle, cela ne lui servirait de rien pour la question présente, Car il faut nécessairement qu'il avoue, que c’est au moins une matière douée de raison et d'intelligence ; et cet aveu me suffit pour la décision de la thèse en question ; qu'il est aussi impossible que les couleurs, les sons, elc., qui sont des perceptions de l'âme et non pas des qualités d’un corps sans intelligence, qu'il est, dis-je, aussi impossible que les sons et les couleurs soient la production d’un être AR UPiEance,

! Le raisonnement est de M. Toland. Si l’on infère, dl, comme fait un des interlocuteurs de Cicéron, que le tout doit être ee puisque quelques parties le sont : nous rétorquerons l'argument, nous répondrons avec l’autre interlocuteur dans Cicéron ; qu ail # faudra aussi ‘conclure, que le tout doit être courlisan, musicien, maître à danser, ou philosophe, puisque plusieurs de ses parties le sont. Voyez Tor. Letl., où il prétend prouver, que Le mouvement est essentiel à la matière. MA

qu'il est impossible qu’une ‘couleur soit un triangle, un son, un paires ou que le néant ait produit quelque chose. La réponse à la seconde partie de l'objection, qui porte que puisque Dieu (à qui, de notre propre aveu, on ne peut, sans blasphème, attribuer ni divisibilité, ni figure ), a pourtant communiqué ces qualités à la matière, rien n ’empèche que la connaissance ne puisse sortir de même du fonds d’une matière inintelligente ; la réponse, dis-je, à cette partie de lobjection est plus facile encore. Car la figure, la divisibilité et telles autres qualités de la matière, ne sont pas des puissances réelles, propres, distinctes et positives, ce ne sont que des qualités négatives et des imperfections. Or, quoiqu’aucune cause ne puisse communiquer à son effet aucune perfection réelle qu’elle n’a pas elle-même , il est pourtant vrai qu'il peut y avoir dans l'effet des imperfections, des défectuosités, et des qualités négatives qui ne sont pas dans la cause. Ainsi quoique la figure et la divisibilité ( qui sont des négations pures, comme sont toutes les limitations ) puissent se rencontrer dans l'effet sans être dans la cause ; il ne s’ensuit pas que cela doive se rencontrer. aussi dans intéienees que nous supposons ici être une qualité distincte de la matière. Mais ce n’est pas assez de le supposer, il faut le prouver. Or que la perception ou l'intelligence soit réellement une . qualité ou une perfection distincte de la matière , et non pas un simple composé de figure et de mouvement sans intelligence, € est ce que je prouve par cette raison évidente, que l'intelligence n'est pas une figure, ni la perception un mouvement, Tout ce qui est fait ou composé d’une chose, est toujours cette même chose dont il est composé. Qu'on la compose, qu’on la divise à l'infini, elle demeurera éternellement la même. Par exemple, tous les changements, toutes les compositions, toutes les divisions possibles de la figure, ne sont pourtant autre chose que figure ; et toutes les compositions, tous les effets possibles du mouvement, ne seront jamais autre chose qu'un pur mouvement. Si donc il y a eu

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CHAPITRE IX. 61 un temps, où il n’y ait eu dans l'univers autre chose que matière et que mouvement, il faudra dire qu’il est impossible . que jamais il y ait pu avoir dans lunivers autre chose que mouvement et que matière. Dans cette supposition , il- est aussi impossible que l'intelligence, la réflexion, et même ce que.nous appelons les qualités secondaires de la matière,

. comme la lumière, la chaleur, les sons et les couleurs, il est dis-je, aussi impossible que toutes ces choses aient jamais commencé à exister, qu’il est maintenant impossible, que le - mouvement soit bleu ou rouge , et que le triangle soit transformé en un son. Ce qui a: trompé les gens en ce point, c’est: qu’ils se sont imaginé que les composés sont réellement différents des.choses, dont ils sont les composés. ‘Il en est tout autrement. Car si les choses que l’on croit être composées, se trouvent réellement différentes de celles dont on s’imagine qu’elles sont composées, ‘il faut conclure qu’on s’est trompé lorsqu'on a jugé qu'elles en étaiént effectivement composées. C'est ainsi que le vulgaire se représente faussement les couleurs et les sons, qui ne sont à parler proprement, que des pensées de l’âme, comme des propriétés inhérentes dans les corps. Mais si les choses qu’on croit composées, le sont réellement, ellés ne seront point différentes de celles qui entrent dans leur composition, elles demeureront toujours malgré leur composition précisément les mêmes. Partagez un carré en deux triangles, ces deux triangles ne sont autre chose que les deux moitiés du carré. Mettez au contraire ensemble deux triangles égaux et rectangles, ils composeront un carré, mais ce carré ne sera pourtant autre chose que ces deux triangles mis ensemble. Le mélange du bleu et du jaune, compose la couleur verte ; le vert pourtant n’est autre chose après tout, que du bleu ét du jaune mêlés ensemble, comme on le découvre clairement par le moyen des microscopes. En un mot la composition, la division, ou le mouvement ne changent absolument rien

dans la nature des choses composées, divisées ou mues ;

elles demeurent les mêmes qu ’elles étaient avant ces 5 changements. C’est ce que Hobbes paräit avoir très-bien compris ; et c’est ce qui lui a fait imaginer un autre subterfuge, mais si pitoyable qu'il parait en avoir eu honte lui- même, puis qu'il passé légèrement là-dessus et ne s "explique qu’ à demi. Ne pouvant se débarrasser des difficultés, qui ne Jui permettaient pas de croire que la perception et la pensée puissent: être des effets ainsi proprement dits de la figure et du mouvement ; ne trouvant d’äilleurs point son compte dans la sup position, (dont j'aurai occasion de- parler dans la suite) qui porte que Dieu, par un acte immédiat et volontaire de sa toute-puissance, a communiqué à certaines portions de la matière la connaissance et la pensée ; il est obligé: d’avoir re- -cours à l’hypothèse la plus absurde et la plus surprenante, qui ait peut-être jamais été avancée ; que la matière, en tant que matière, n’est pas seulement capable de ‘figure et de mouvement, mais aussi de $entiment et de perception, et qu'il ne lui manque pour exprimer ses. sensations, que des organes et une mémoire, comme on en voit aux animaux !. Je prouve en troisième lieu, que l’Ëtre existant par lui même, et à qui toutes choses doivent leur origine, est un Être intelligent : par la beauté, la variété, l'ordre et la symétrie qui éclatent dans l'univers, et surtout par la justesse merveilleuse avec laquelle chaque chose se rapporte à sa fin. Cet argument a été si souvent rebattu, et manié si savamment par une infinité d'auteurs tant anciens que modernes, que je ne Bal que l'indiquer, Je + os sou-

! « Scio fuisse Seb 5 cosdemque ni docins. qui corpora omnia sensu prædita esse sustinuerunt : nec video, si natura sensionis in reactione sola collocaretur, quomodo refutari possint. Sed et si ex reactione etiam corporum aliorum, phantasma aliquod nasceretur, illud. tamen remoto objecto statim cessaret : nam nisi ad retinendum motum impressum, etiam remoto objecto, apta habeant organa, ut habent animalia ; ita tamen sentiunt, ut numquam sensisse se recordentur. — Sensioni ergo, quæ vulgo ita appellatur, necessario adhæret memoria aliqua, ete,» Hozges; Phil., c. xxv, sect. v.

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