‹ Œuvres philosophiques de Samuel ClarkeChapitre 39 sur 154 · CHAPITRE EX. à · texte numérisé non relu

CHAPITRE EX. à

lement, que si Descartes et ses sectateurs ont entrepris

d expliquer, comment par les lois seules du mouvement, le monde a pu être formé; entreprise non-seulement vaine,

mais ridicule ; ils n ont D jamais porté leurs prétentions plus loin qu’ à imaginer un système de la formation possible de cette partie du monde, qui est inanimée, et qui

par conséquent est la moins considérable. Pour ce qui est

des plantes et des animaux, qui manifestent la sagesse du

Créateur d’une manière plus sensible, ils n’ont point songé

à expliquer la manière de leur formation par les lois du

mouvement, ou s'ils l’ont fait, ils y ont si mal réussi, qu’il

vaudrait mieux ne l'avoir pas entrepris. Les lois du mouve-

ment ne servent en effet de rien, lorsqu'il s’agit des plantes

et des animaux. Pour ce qui regarde l'hypothèse d’Épicure,

qui porte qu’ils ont été formés de la terre par un pur hasard

(outre que je la crois maintenant abandonnée par tous les athées), les découvertes qu’on a faites depuis. quelque temps

dans la philosophie, montrent évidemment qu’il n’est rien au

monde de plus ridicule. Car on a trouvé que les moindres ‘plantes et les plus vils de tous les animaux sont produits par

leurs semblables, qu'il n’y .a point en eux de génération équivoque, et que nile Soleil, ni la terre, ni l’eau, ni toutes les puissances de la nai re unies ensemble, ne sont pas capables de produire un seul être vivant, non pas même de la

vie végétable. Et à propos de cette excellente découverte, |

je remarqueraï ici en passant qu’en matière même de volt.

gion, da philosophie naturelle et expérimentale est quelque- Jois d un très-grand usage. Or les choses étant telles que je viens de le dire, il faut que l’athée le plus opiniätre demeure

d'accord malgré qu’il en ait: ou que les plantes ét les-animaux sont dans leur origine l'ouvrage d’un Être intelligent,

qui les a créés dans le temps; ou qu ayant été ‘de toute éter-

nité construits et arrangés comme nous les voyons aujour— d’hui, ils sont une production éternelle d’une cause éternelle * et intellieties qui déploie sans relâche sa puissance et sa

us

sagesse infinie ; ou enfin: qu'ils dérivent de toute éternité les

uns des Lure, dans un progrès à l'infini de causes. dépen-

dantes, sans cause originale existante par elle-même. La

première de ces assertions,' est précisément ce que nous cherchons. La seconde revient au fond à la même chose et n’est d'aucun usage à l’athée. Et là troisième est absurde, impossible et contradictoire, comme je lai démontré a ma seconde proposition générale.

Mais quand tout ce que je viens de dire ne serait pas, et quand on passerait à l’ athée cette supposition , si absurde et si déraisonnable, que. la forme de lunivers et toutes les

choses visibles qui y sont, que l’ordre qui y règne , que la

beauté et la proportion ae de toutes ses parties qui se répondent les unes aux autres, que tout cela, dis-je,

n’est pas l'ouvrage d’une intelligence souveraine; quand on lui accorderait même qu'il n’est pas impossible que la Con-

naissance, la réflexion et la pensée sortent du sein d’une matière sans intelligence, il n’en serait pas pour cela plus

‘avancé; car, malgré toutes ces concessions, il nous resterait toujours une démonstration incontestable de lintelligence de l’Être existant par lui-même. En effet, comment :

veut-on que les principes mêmes, desquels orl Di Liobd que la pensée est sortie, je veux dire. hi figure et.le mouvement, comment veut-on , dis-] -je , que ces principes aient pu exister,

à moins qu'il n°y mi eu une cause. intelligente préexistante ?

Pour ne parler maintenant que du mouvement, il est évident qu'il y en a aujourd'hui dans lunivers. Or, il faut que ce mouvement ait eu un commencement , ou qu il soit éternel. Si l’on avoue qu’il a eu un commencement, la question est vidée ; l’auteur de ce mouvemént ne peut être qu'un Être intelligent. Çar il est évident qu’une matière, sans intelli-

. gence , qui est en repos, ne se-mouvra jamais d'elle-même. .Si l'on prétend, au contraire, que le mouvement soit éter-.

‘nel, il faudra opter entre Le où l’autre de ces trois partis : il fadène dire, ou . pa mouvement a été produit de toute

se

FM CHAPITRE ne. 65

Manité par un Être intelligent etéternel, ou qu’il existe né-

‘ cessairement et par lui-même, ou bien Gain que , sans être

nécessairement et par ièe, et sans avoir de cause exté

rieure de Son existence , 1l te de toute éternité en vertu d’une communication et d’une succession à l'infini. Dira-t-on que le mouvement a été produit de toute éternité par une intelligence éternelle? Mais ce serait nous accorder tont ce que nous demandons , et décider en notre faveur le point maintenant en apres Dira-t-on qu'il existe nécessairement et par lui-même ? Mais de là il s’ensuivrait qu'il y aurait une contradiction dans les termes à supposer la moindre portion de la matère en repos. Cependant, il ne pourrait résulter de la. supposition d’un mouvement existan

par lui-même qu’un repos éternel , puisque , alors, ce mou vement se trouvérait déterminé de tous côtés en même temps. D'ailleurs (comme il n’y a point de fin aux absurdités , lorsqu'on commence par là), il s’ensuivrait encore que, sans une contradiction formelle , il n’est pas possible de supposer qu’originairement il y ait pu avoir dans le monde plus

ou moins de mouvement qu'il y en a aujourd’hui; consé-

quence si absurde, que Spinoza lui-même, qui prétend que toutes choses sont nécessairement ce qu’elles sont, n’a pourtant pas osé trancher le mot,eta mieux aimé se contredire sur la question e l'origine du mouvement que de dire rondement sa pensée ‘. Dira-on enfin que, sans avoir une existence nécessaire et naturelle, et sans être redevable de: son existence à aucune cause extérieure, le mouvement a

ist de toute éternité par communication dans un progrès ‘infini? ia semble avoir embrassé ce parti ?. Mais

ge

* Vid. Sans. s) Ethic., Part. I , Prop. XXXIII, A avec Part. IT, = Prop XII, Lemme III.

Co ‘pus motum vel quiescens, ad motum sel quietèm determinari ab alio corpore, quod etiam ad motum vel quietem déterminatum

fuit ab a alio, etillud iterum ab alio, etsic in infinitum. » Fthies, Part: ET À

Prop. XII, Lemme JI. Re DS

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jai fait voir, dans la preuve de ma seconde proposition ge ,

nérale , que c’était une contradiction manifeste. Je Ed Ai donc qu'il faut de toute nécessité que le mouvement ait été produit, par un Être intelligent . , Puisque, si cela n° était pas, il n’y aurait jamais eu de mouvement dans le monde; et, par conséquent, que l'Être existant par lui-même, qui ét là cause originale de toutes choses, doit être nécessairement un Être intelligent. Je conelus encore, de tout ce que je viens de dire, que le monde matériel n pe pas l’Être qui existe par lui-même. Car, puisqu'il vient d’être démontré que l’Être existant par lui-même doit être intelligent, et que , d’un autre côté , il est clair que le monde matériel n’a point d'intelligence , il est aisé de conclure que le monde matériel: ne peut pas exister par lui-même. Je sàis qu’il y a, des gens qui ont imaginé je ne sais quoi, qu'ils ont appelé Tâme du monde. Mais s'ils ont entendu par là un être créé et dépen-

dant, mon argument subsiste toujours dans toute sa force.

S'ils ont au contraire prétendu désigner par là un Être nécessaire et existant par lui-même, c’est au fond la notion de Dieu, mais une notion fausse, corrompue et imparfaite.

CHAPITRE X, IX° Pror. Que lÉtre existant par lui-même doit être un agen! libre,

Spinoza et ses sectateurs soutiennent chaudement la négative de cette proposition. Ils prétendent que l'Étre existant par Lui-méme est un agent nécessaire, sans liberté et sans choix. C’est le grand fondement de leur système sur la nature de Dieu. J’examinerai en peu de mots les raisons qu’ils allèguent en faveur de leur opinion, à mesure que je mettrai en

ayant les propres de la proposition quüi fait le sujet de ce

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